lundi 22 mars 2021

Crotte de chien

C'est une histoire un peu glauque, j'en conviens. Il est néanmoins nécessaire de nous confronter aux réalités les plus brutes pour atteindre une forme d'éveil... Bouddha, né dans la ouate, a dû fuir le luxe et le confort pour trouver quelque chose comme sa voie. C'est tout dire. 

Bref, Simon voulait atteindre le Nirvana un petit peu plus rapidement que les autres.

-J'veux mourir hostie! J'en peux plus de vivre! criait-il au grand étonnement des gens illégalement réunis en party dans ce condo, en pleine pandémie de COVID-19.

Simon, qui n'était pas le genre de pierre sur laquelle on fonderait une église, ouvrit la fenêtre du salon pour se défenestrer lui-même.

-Qu'est-ce qui fait là l'hostie d'malade? hurla le gros Bob en voyant Simon se jeter dehors par la fenêtre.

Simon tomba deux pieds plus bas dans de la crotte de chien.

Il avait une fois de plus manqué son suicide. 

-Tabarnak! Chu tombé dans 'a marde! 

Les gars riaient en-dedans mais pas trop pour ne pas pogner une amende.

-J'veux mourir hostie! chuinta Simon.

-Ta yeule Simon ciboire on va s'faire buster si tu rameutes les voisins! La vieille Rita au troisième est r'connue pour stouler tout l'monde!

-Allez chier... 

Simon se releva péniblement et retourna chez-lui à bord de son gros pick-up rouge vif.

Il était saoul raide.

Il ne portait pas de masque.

Il ne voulait plus vivre.

Et, tout compte fait, il avait le visage beurré de crotte de chien.



mercredi 17 mars 2021

Le racisme systémique n'existe pas


Le racisme systémique n'existe pas. Surtout au Québec. Ici, nos racistes ne sont pas plus racistes qu'ailleurs. On ne sait rien de ce qui se passe ailleurs. Surtout si ça se passe en anglais. Néanmoins on sait qu'ici nos racistes sont les moins racistes du monde. Ce sont des racistes québécois qui ne le sont que par méchanceté gratuite, comme ça arrive tout le temps au bar Chez Guili-Guili, une institution québécoise que tous les Québécois québécois connaissent...

S'il y avait un système associé au racisme, cela signifierait que ce système est nécessairement mauvais, sinon à abattre comme s'il s'agissait d'un vulgaire mur de Berlin ou bien d'un Veau d'Or à déboulonner.  Cela provoquerait des dommages irréversibles aux saigneurs de notre économie. Imaginez un monde où l'on donnerait raison à ceux et celles que l'on moleste presque de droit divin. Un monde où les victimes auraient raison des bourreaux. Brrr! J'en ai chaud dans le dos!

Depuis que le monde est monde que le système est comme ça. Il y a le pharaon, les pyramides de gypse, et tout plein de petits scribes à la solde des bourreaux. Ils ont trouvé le système parfait hors duquel il ne saurait y avoir de civilisation où l'on fouette les gens pour traîner des pierres. Ils ne savent pas encore que tout système, aussi parfait soit-il, finit toujours par s'effondrer. Parce qu'un jour ou l'autre les esclaves en ont marre de se faire rentrer dans la gorge soir et matin que chacun est bien à sa place comme ça, dusse-t-il se nourrir dans un dépotoir, tout simplement parce que le système est comme ça. Un système qui ne doit pas exister pour tromper les gens le plus longtemps possible. Ce n'est jamais le système qui rend ça systémique: c'est la vie. Les saigneurs poussent l'audace jusqu'à prétendre que la vie est faite comme ça. Allez donc chier. Le Système est l'état actuel de nos préjugés sociaux et économiques qui favorisent Untel plutôt qu'Unetelle. Ça ne prend pas un dessin pour le comprendre: vous prenez tout, scélérats fanfarons, et ne nous donnez que des miettes de ce que vous nous avez pris. Vous traitez ensuite de mendiants ingrats ceux et celles que vous avez volés. C'est la vie? Vraiment?

Vous êtes pauvre? C'est de votre faute. Tout un chacun s'entend là-dessus s'il veut se tailler une place parmi les chroniqueurs du Pharaon.

Vous êtes Noir? Ce n'est pas de notre faute. Il y a d'autres Noirs ailleurs et ici le Journal dit qu'ils sont biens et feraient mieux d'arrêter de critiquer tout le temps.

Vous êtes femme? Ressaisissez-vous. Il y a des femmes comme Denise Délurée qui savent faire oeuvrer leur charme pour accéder au pouvoir tant convoité par les moins que rien. 

Vous êtes transgenre? Oh la la! Pff...  Rire de quelqu'un n'a jamais fait de mal qu'à la personne consternée.

Vous êtes handicapés? Ça coûte cher à l'État. Vous ne pourriez pas faire attention un peu avec vos handicaps et cesser d'être handicapés?

Vous êtes Autochtone? On vous a apporté l'eau potable. Et si elle ne l'est pas c'est de la faute à Trudeau.

Évidemment, il y avait de l'eau vraiment potable avant l'arrivée du Système. Et le Système était là bien avant Trudeau.

Ne le dites pas trop fort.

Le Système n'aime pas qu'on le reconnaisse. Ni qu'on le contrarie. 

Il est bien dans l'indifférence générale, le traintrain quotidien des vexations et humiliations des personnes marginalisées. 

Il est confortable dans les honneurs que l'on rend aux bourreaux. Il est béat de volupté dans le mépris que l'on exprime envers les victimes.

C'est un réflexe d'adolescent que de critiquer le Système.

C'est nul de contredire le Système.

C'est aussi ça le Système.

Nous faire accroire que nous sommes une merde quand on se bat pour plus de justice.

Le Système n'existe pas mes frères et soeurs.

Le racisme systémique n'existe pas.

C'est la vie...


mardi 16 mars 2021

Ronny le Runner n'est pas toujours de bonne humeur

Ronny le Runner débarque de son vieux vélo volé, clopin-clopant, avec les lunettes de travers sur son nez. Elles n'ont qu'une seule branche depuis longtemps. Cela ne semble pas trop le contrarier. Il vit bien avec ça. Ou bien personne ne l'écoute si d'aventure il se plaint de cette situation.

Ronny le Runner a le dos voûté et le visage incrusté dans ses épaules. Il a une coupe Longueuil. Il est dans sa cinquantaine. Il regarde à gauche à droite tel un furet prêt à sauter sur une bonne occasion. C'est un voleur de bas étage: sous-marins de dépanneur, bouteilles de shampoing, chocolats et bouteilles vides. Le prix est toujours fixé à 25 piastres. C'est ce que Djo lui demande pour un quart de poudre de perlimpinpin. 

Ronny le Runner place son vélo sur le mur du bloc-appartement où Djo crèche. Il va cogner à la fenêtre de Djo. Djo demeure dans un demi sous-sol. 

Djo ne répond pas. 

Il court vers la porte d'entrée pour aller sonner.

Et il revient à toute vitesse voir par la fenêtre du demi sous-sol si Djo se lève pour aller répondre.

Djo ne répond pas.

Il retourne sonner à la porte.

Puis Djo finit par lui ouvrir au bout de deux ou trois allers-retours de la fenêtre du demi sous-sol à la porte d'entrée.

Ronny le Runner remonte sur son vélo tel Don Quichotte enfourchant sa Rossinante. 

Puis il repart vers d'autres aventures, d'autres livraisons.

Lorsqu'on voit Ronny, on se demande s'il n'a pas un peu de nos biens dans ses mains.

On souhaite aussi qu'il ne se mette pas à sacrer en donnant des coups de pieds dans les poubelles, comme l'autre nuit, en plein couvre-feu, seulement parce que Djo refusait de lui ouvrir.

Les policiers le connaissent et l'appellent par son petit nom.

Ils l'emmènent parfois au poste et le libèrent le lendemain, comme d'habitude.

Ils sont tannés de l'avoir dans les pattes mais finissent par s'y faire.

-C'est encore Ronny le Runner... au Parc Champlain... il crie et garroche son vélo sur un arbre...

Ronny le Runner n'est pas toujours de bonne humeur.

Ça doit être pour ça.


jeudi 11 mars 2021

4 petits formats

 J'ai peint 4 petits formats à l'acrylique. Ça tient dans une main. Ça ne rend pas nécessairement le travail plus facile... 







mardi 9 mars 2021

lundi 8 mars 2021

Femme

Je ne peux pas parler à la place des femmes.

Je ne puis que les écouter et surtout mieux les comprendre.

Nous sommes de la même espèce mais la culture a favorisé mon genre ainsi que l'expression de ma sexualité.

Je peux marcher sans crainte dans les rues et ruelles de ma ville à toute heure du jour ou de la nuit. 

Je n'ai pas à me soucier de l'homme qui me suit ou bien de l'inconnu qui me croise. 

La ville m'appartient presque. J'y suis un roi.

Et c'est pareil presque partout ailleurs. Dans le domaine du travail comme dans le domaine de n'importe quoi je fais partie des privilégiés, même si je ne goûte pas à tous mes privilèges.

J'ai le bon teint de peau, le bon sexe, la bonne grandeur et presque le bon gabarit pour en imposer sans même me forcer. Je suis né comme ça. Je brille sans même briller...

La perpétuation de mon patronyme s'est faite sur le dos de milliers de vies de femmes totalement ignorées.

On sait qu'il y a eu un bonhomme Bouchard, petit ou gros, qui s'occupait de tuer des grenouilles pour le seigneur de je ne sais trop quoi. 

On ne sait pas qui était sa mère, ni sa femme ni ses filles... Mais les gars! Houlala. On connaît presque leurs joies et leurs tristesses sur vingt générations... Les femmes sont mortes et enterrées depuis très longtemps. On retiendra une sorcière ou deux. Sinon Hildegarde de Bingen, obscure mystique médiévale qui a laissé un nom féminin aux arts et aux lettres. Toutes les autres sont disparues et oubliées à jamais pour que notre culture masculine survive des siècles et des siècles. Idem pour celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucun des deux genres identifiés plus haut.

Notre culture est imprégnée de masculinité que je n'hésite pas à qualifier de toxique.

La libération de l'homme est indissociable de la libération de la femme. Nous ne serons pas libres tant qu'un membre de notre tribu humaine sera tenu à l'écart, amoindri et ostracisé pour des raisons qui n'en sont pas.

L'homme autant que la femme souffrent de ces murs créés entre les humains selon l'état ambiant des préjugés sociaux. On vous tasse dans un coin parce que vous êtes pauvre. Encore plus si vous êtes une pauvre femme. Tout vous passera sur le dos. Vous ne devrez pas contrarier vos maîtres. Tout ce que vous direz se revirera contre vous. Vous devrez vous taire et, si vous parlez, vous devrez être plus compétente qu'une bande de dix gars pour que l'on feigne de vous suivre en maugréant sur la couleur ou bien la forme de vos vêtements.  

Femmes, je vous écoute sans doute mieux que je ne vous comprends.

Je me montrerai solidaire de vos luttes mais je ne saurais les mener à votre place.

J'essaierai, au mieux, de ne pas nuire à votre émancipation au sein d'une société ridiculement patriarcale qui prend une dérive autoritaire. Tout simplement parce que la bête ne se rendra pas sans tenter de vous mordre un peu...

Je me promets de tordre la bête, bien entendu.

C'est ma manière de vous offrir des fleurs pour ce 8 mars, Journée internationale de la femme.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mes soeurs et mes frères, pour que nous soyons enfin libres et nettement plus égaux.



mercredi 17 février 2021

Plus d'humanité au bout de tout ça

Il m'arrive de voir le monde comme si j'étais assis tout seul sur une chaise au beau milieu d'un désert de glace. Mes yeux fixent le vide. Et ce vide me remplit.

J'ai des idées. Elles importent moins que mes actes. Et ce n'est pas facile agir, se pencher, se relever, se blesser, se stresser, se ceci ou bien cela. J'agis et j'en porte des marques. Je ne fais pas pitié. Pas plus que l'un ou l'autre. Je fais mon chemin. Je perds mon chemin. Je retrouve mon chemin.

Je traverse cette pandémie en épuisant mon stock de stoïcisme.

Je ne peux même pas dire que je sois zen. C'est trop compliqué pour que ça soit simple à expliquer.

Je suis seulement au bout de mes ressources physiques et mentales.

Il ne me reste que l'idée de cette chaise au milieu d'un désert de glace.

Je ne suis pas au bord du gouffre, ne craignez rien!

Je suis, tout comme vous, fatigué de tout ça.

Il y a pire que ça, bien entendu.

Je ne veux pas jouer au type qui, les pieds au sec sur la berge, dit de ne pas regarder les naufragés au loin mais lui qui souffre de les voir mourir... C'est tiré du roman Les frères Karamazov. Je connais mes classiques...

Je suis, comme vous, tanné.

Souhaitons-nous plus d'humanité après tout ça.

Et puis c'est tout.


vendredi 12 février 2021

Le petit chapeau de paille de Nina / un récit de Jean-François Lapoche


Jean-François Lapoche est l'auteur de 32 livres portant sur l'indépendance du Québec ou bien le badminton québécois. Toute sa vie a été consacrée au Québec. Il est Québécois depuis toujours et compte le rester. Il anime sur les ondes de CKQW 78,1 FM l'émission Franc-Parler. Il tient une chronique régulière au Journal de Saint-Bédard. Il enseigne le badminton à la polyvalente Julien-Bédard de Saint-Bédard. C'est un libre-penseur québécois qui croit que le Québec est le Québec et que les Québécois sont québécois autant que le sirop d'érable et les fèves au lard. Jean-François Lapoche présente ici, pour la revue littéraire
Mollusques, un texte de très grande valeur qui nous rapproche de l'autre sans pour autant renier notre quintessence essentiellement québécoise.


***

Le petit chapeau de paille de Nina

Nina n'est pas d'ici. Elle est pourtant née ici. Mais les gens d'ici n'arrêtent pas de lui dire, plus ou moins subtilement, de retourner dans son pays. Si elle ne choquait pas autant, cela n'arriverait jamais.

Serait-elle née ailleurs que cela n'y changerait rien. La Terre n'appartient à personne qu'elle nous répète ad nauseam. «Arrêtez de faire chier les chevreuils et les humains avec les clôtures de fils barbelés!» Ina aurait très bien pu dire quelque chose comme ça. À force de se sentir à part, pour ne pas dire faussement ostracisée, elle avait développée une pensée marginale et dangereuse pour la patrie en danger. Quand les frontières tombent, il ne reste plus que les Huns et autres hordes sauvages pour mettre fin à la civilisation.

Il y a des gens trop sensibles comme ça. Ils sont incapables de laisser les injustices à leur place en attendant que ça passe. Il leur faut agir ou, pire encore, militer. Et laissez-moi vous dire qu'ils militent n'importe comment, sans ordre, sans discipline, en ne respectant d'ailleurs aucune tradition digne de ce nom. Ils se permettent n'importe quoi n'importe comment n'importe quand. 

Quand on veut changer les choses, on reste chez-soi et on ne fait rien. Tout le monde fait ça. Sauf les chicaniers et les teigneuses. Ina tenait sûrement des deux. Et il n'y a pas d'excuses pour ça. Il y a des limites à jalouser les gens qui sont au pouvoir et nous dirigent. Vous n'imaginez même pas le stress qu'ils doivent vivre que déjà vous montez sur vos grands chevaux pour réclamer leur destitution ou que sais-je encore. Foin de ces excentricités militantes! Chacun à sa place et les vaches seront bien sacrées!

Évidemment, il serait grossier de démolir Ina avant même que de savoir qui elle est. Je sais bien que c'est la coutume parmi les miens d'agir ainsi. Mais bon, il faut parfois savoir se plier à la modernité.

Ina a le teint très foncé. Elle est née ici. D'accord. Mais ses traits rappellent ceux de Tracy Chapman qui est pourtant née aux États-Unis elle aussi et donc ici en quelque sorte... Quant à moi: aucun problème. Tu peux être née ici avec un teint foncé. Ce n'est pas très grave. Il faut seulement ne pas jalouser les Québécois qui occupent tous les postes, tous les journaux, tous les micros. Ils ont le droit d'être chez-eux et de dire à des gens comme Ina qu'ils exagèrent avec leur racisme systémique, leur profilage racial et leurs mots à proscrire du vocabulaire par excès de sensibilité. Moi-même j'appelle les pauvres manants et aucun pauvre ne me le reproche au supermarché. Moi et mes collègues avons le sens de l'humour. Nous rions allègrement des édentés et autres laids en tous genres non-conformes à la nature naturelle des choses... Vous croyez que l'humour c'est un slogan? Palsembleu! Non!!!

Alors voilà. Ina n'a qu'à s'y faire mais non il faut toujours qu'elle trouve des poux là où il n'y en a pas.

Est-ce que je suis malheureux, moi, dans ma vie? Non, bien entendu. Je rayonne le bonheur. Je suis estimé de tous et de toutes. Comment voulez-vous que j'aie tort sinon par pure mesquinerie, voire infâmante jalousie! Ina ne comprend pas ça.

Ina me va à peu près aux épaules.

Elle doit avoir vingt ans je suppose. 

Comment le savoir? On dirait qu'ils ne vieillissent jamais les Étrangers, même quand ils sont nés ici.

Je vous parle d'elle parce qu'elle porte un beau petit chapeau de paille.

Je devais initialement ne vous parler que de son petit chapeau de paille. 

Puis, subitement, la passion pour ma nation en danger m'a reprise. 

Je ne me suis pas laisser embrouiller l'esprit par cette ensorceleuse qui tentait vainement de me ridiculiser, comme si des gens comme moi n'avaient pas toutes les raisons du monde de leur bord. Je la prenais en pitié, cette petite femme au teint foncé qui hurlait que j'étais un ceci ou un cela. Je pense même qu'elle a dit que j'étais un fasciste, imaginez!!!

Franchement, j'ai laissé tomber le petit chapeau de paille de Ina qui n'en vaut pas la peine. Et j'ai brandi fièrement mon fleurdelisé. Ouste petite dérangée! Tu retardes notre pays!

Quand tu craches ainsi sur le Québec et ses meilleurs représentants, tu mérites d'être tenu longtemps à l'écart. 

On devrait d'ailleurs laver nos écoles de toute cette racaille anti-québécoise et socialiste qui y pullulent. 

Bientôt, on ne pourra plus vivre notre culture québécoise entre Québécois et c'est le Québec tout entier qui va en pâtir, même les domestiques, quelle que soit la couleur de leur peau. D'ailleurs, on voit bien que même les domestiques ne veulent plus obéir. On s'en va vraiment nulle part. Jalousie quand tu nous tiens...

Alors franchement, je vous parlerai une autre fois du petit chapeau de paille de Ina.

Elle m'a vexé. Je refuse d'être réduit à une caricature de vieux mononcle gâteux des années '50 ma péronnelle! Tu vas voir de quel bois que je me chauffe, toi et tes satanés gauchistes décadents au teint pâle ou foncé!


@ Droits d'auteurs réservés. / Jean-François Lapoche. 12 février 2012


mardi 26 janvier 2021

Aimons-nous les uns les autres ciboire!


De longues et interminables nuits et journées de travail se sont succédées depuis l'annonce de la pandémie de la COVID-19 l'an dernier. Je suis préposé aux bénéficiaires. J'ai sué sang et eau, avec jamais plus de deux journées de congé, dans un stress constant dont j'ai su jusqu'à maintenant me prémunir en sifflant comme un cheval au bout de tous ses efforts. À la différence que le cheval n'avancerait plus... Il refuserait de continuer. Mais pas l'humain... Même s'il lui en coûte de continuer, même s'il faut courir 100 kilomètres, l'humain ne lâche jamais son but, aussi aléatoire soit-il.

La pandémie se poursuit. Et parallèlement à ce drame se joue toute une multitude d'autres tragédies tant individuelles que collectives, pour ne pas dire planétaires. Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de pressentiments pour se convaincre que le monde tel que nous l'avons connu ne reviendra plus jamais. Une page s'est tournée pour le meilleur et pour le pire. Et je ne serai jamais de ceux qui veulent détruire la Beauté pour quelque raison que ce soit.

Je ne saurais dire, en âme et conscience, quelle voie prendra l'humanité. Je me fais vieux moi aussi... J'approche de la moitié de ma cinquantaine. Mes repères culturels commencent à sentir le moisi. Les nouveaux qui les remplacent me sont tout à fait inconnus. J'apprends alors que je ne cherche plus qu'à sauver ma peau et peut-être un peu celle des autres au passage.

Attendre que tout ça passe n'est pas de la résignation mais de la philosophie.

Il faut que je demeure droit et stoïque pendant la tempête, même si mes muscles et mes os sont fatigués, même si les arts et les lettres ne valent plus un air de guitare que je gratte pour m'endormir de tout ça.

Mettre un masque. Porter des gants. Voir des gens pleurer. Et ne pas pleurer. Du moins pas tout de suite devant eux. Être une présence rassurante tout en étant au quatre-vingt-dix-neuvième kilomètre d'un marathon dont la limite est sans cesse repoussée. Fermer sa gueule. Ne rien dire. Étouffer toute cette humanité qui crie et qui souffre en soi-même...

Par-delà la philosophie, si fade quand on y réfléchit bien, il y a toujours ce havre qu'est l'amour, lequel se nourrit mieux dans le culte de la Beauté.

Ma plus grande chance, pour tout dire, ce n'est pas d'avoir Épictète ou bien les mânes de mes chers défunts à mes côtés quand ça va mal. C'est d'avoir de l'amour. Et de le partager intensément tous les jours avec Carole, la femme de ma vie. Puis avec la famille comme avec les amis, mes collègues de travail, etc. Tout est plus facile si mon environnement est constitué de personnes aimantes et aimables qui ont le coeur à la bonne place et n'hésitent pas à se porter au secours d'autrui. Je suis gâté de ce côté-là. Même trop gâté...

Tout le reste n'est que chimères et fariboles tout compte fait.

La pandémie se poursuit. Comme si la guerre se poursuivait.

Nous sommes rationnés de contacts humains, pour la plupart d'entre nous, et j'exerce le métier qui est le plus en contact avec l'humain. Il nous est interdit de nous toucher. J'ai plutôt le devoir de toucher. Le devoir de supporter. Le devoir de remettre sur pieds ceux et celles qui tombent de fatigue, de maladie ou de vieillesse, malgré la tempête.

-Tous et toutes sur le pont! N'ayez pas peur! Ce n'est qu'une petite ondée!

Et la tempête fait rage toujours plus. Il tonne. Il pleut des cordes. On perd des membres de l'équipage aussi bien que des passagers. On ne sait plus qui est au gouvernail. On se rassure les uns et les autres en souhaitant que le navire survive et retrouve un havre de paix au bout de tant d'effrois.

La Beauté sauvera le monde. Je le sais Dostoïevski.

Et elle n'est pas toujours facile à trouver cette Beauté.

Je vous souhaite à tout le moins de l'amour.

Je suis gâté de ce côté-là. Je vous l'ai déjà dit et je me répète.

Je ne vous ferai pas chier plus longtemps avec ça.

Aimons-nous les uns les autres ciboire!




lundi 25 janvier 2021

Johnny Boivin dévoile Églantin Délisle-Duthym

Un reportage de votre ami
Johnny Boivin

Tout écrivain qui se respecte doit préserver un fonds d'histoires vécues et à peu près vraisemblables, sans quoi personne ne s'y reconnaîtrait. 

En ces temps de pandémie et de peste brune il était pour le moins difficile de vivre des histoires tout court.

Il devenait donc essentiel de puiser dans le vieux fonds de commerce pour ramener à la surface quelque chose qui vaille la peine d'être lu par ces temps ravagés par tant de haine et tant de préjugés ridicules.

Il voyait la lumière au bout du tunnel, bien entendu, mais bon, il est possible que nous sautions une étape.

Il ne vous a même pas encore été présenté.

Il s'appelle Églantin Délisle-Duthym. Écrivain de son métier. Mais pas nécessairement reconnu par le milieu. Vous devriez voir à quoi ressemble ce milieu pour vous donner le goût de ne jamais en faire partie... Enfin! Églantin comme tant d'autres fait sa petite affaire tout seul dans son coin. Il rédige de jour la correspondance pour une compagnie de ferblanterie. La Ferblanterie Blanchette que ça s'appelle. Il y est écrivain à tout faire. En fait le seul de la boîte qui sache à peu près lire et compter, à son plus grand malheur, lui qui souhaite n'être utile en rien pour mieux se consacrer à ses rêveries littéraires.

Mais parlons-en de ses rêveries! 

Et pourquoi ne pas parler du physique d'Églantin? C'est vrai. Il faut faire ça quand on écrit un truc sur quelque chose. Ne devient pas Églantin Délisle-Duthym qui le veut bien, intensément, à la folie. Ça ne suffit pas.

Églantin a deux mentons, deux oreilles et deux yeux. Ses narines sont plutôt parallèles même quand il respire très fort. Il perd un peu de ses cheveux. Ils sont plutôt propres et jaunement frisés. Églantin ne porte pas de collier cervical. Il est célibataire et hydrosexuel. Etc.

Cela dit, revenons à ses rêveries puisque sa vie n'est pas vraiment digne d'intérêt, tant et si bien que lui-même le proclamerait s'il était moins humble et moins dépourvu de gloriole.

Églantin préfère ne rien dire sur lui-même.

Ce qui lui permet d'écrire ce petit bijou que nous avons trouvé à la Ferblanterie Blanchette, dans la salle des employés où tout le monde respecte bien sûr le port du masque, le lavage des mains et les mesures de distanciation sanitaire. Ça se trouvait dans un petit cahier Canada à lignes quadrillées. On s'est permis, moi et les gars de la shop, de reproduire ici l'un de ses récits. Il s'intitule Les nuages de mon enfance.

***


Les nuages de mon enfance

Églantin Délisle-Duthym

Il y avait beaucoup plus de nuages lorsqu'enfant j'étais.

Lors même que jeunesse je faisais, je contemplais sournoisement les nuages passés sous l'azur bleuté de mon pays ravagé par un sidéral ennui.

Les nuages d'enfance à moi où j'étais étaient des nuages de France ou d'Arizona, du Suroît ou bien de je ne sais quoi. Ils étaient parfois ronds, obliques ou bien octogonaux. Cela dépendait de vent qui ventoit et de bise qui baisoit. Nuages. Ô nuages! Ô oiseaux!

Et années passèrent comme passent les jours, les lois et les oies.

La marmotte sort son museau fureteur et le furet lui dit qu'il y a des limites à ne rien voir.

Nuages passent et gens ne changent pas, jamais, comme toujours et pourquoi pas.

Là y'a Johnny, de la Ferblanterie Blanchette qui essaie de lire par-dessus mon épaule.

Maudit Johnny Boivin l'écornifleux. Il rapporte tout au boss. Chu obligé de continuer à écrire n'importe quoi sans réfléchir parce Johnny est là à me watcher.

Bon. Il est parti.

Les nuages de mon enfance étaient ronds et multiformes. 

On n'en voit plus de pareil de nos jours.

Surtout dans mon bureau de la Ferblanterie Blanchette où moults hivers passé-je.

Bureau sans fenêtres et sans vie où même Johnny pourrait finir par ressembler à un nuage...