jeudi 17 novembre 2011

LA SOLDE, du McComber tout cru

Christian Mistral m'a fait découvrir l'écrivain, blogueur, cyclo-nomade et musicien Éric McComber.

Il vient de publier récemment La Solde aux Éditions La Mèche.

C'est l'histoire de Émile Duncan, un double littéraire sans doute.

Pour John Fante, ce double s'appelait Bandini.

Henry Chinaski pour Charles Bukowsky.

Et ce trio de doubles a peut-être ceci en commun: c'est du matériau brut.

Néanmoins, je crois que les éditeurs ont tort de rapprocher Bukowsky et McComber. Autant que j'aurais tort de le faire ici. Ce sont des raccourcis qui détournent de l'oeuvre. Qui la réduise à l'état d'une imitation pure et simple. D'un livre à la manière deuh.

Les livres à la manière deuh, qu'est-ce qu'on s'en crisse.

La Solde de Éric McComber est une oeuvre qui vaut l'ouvrier.

Son artisan a ceci de remarquable qu'il peut vous raconter une scène ordurière, heavy et plutôt poche avec une plume qui jamais ne vacille. Sa syntaxe est solide. Même dans l'utilisation des intonations, onomatopées et accents.

C'est dans la suite de ses romans précédents, Sans Connaissance et Antarctique.

Émile Duncan est assisté social, chômeur, guitariste et chanteur slaqué par son band.

Il est en grosse crisse de deppe sale dans un appartement où il semble se terrer pour survivre à Montréal.

Il se trouve une job de réviseur dans une fabrique d'agendas scolaires en anglais destinés à nos voisins américains.

Le roman La Solde semble lui-même bâti sur le modèle de l'agenda scolaire, avec des petits dessins et des proverbes didactiques en exergue.

Mais quel agenda scolaire!

Lundi. Émile Duncan se décrotte le nez.

Mardi. Émile Duncan se mérite une baise décevante, joue au mauvais gars pour une fille qui n'aime pas les bons gars. Petite scène porno.

Mercredi. La même fille pète une coche et casse toutte dans le logement.

Jeudi. Se décrotte encore le nez. Ne file pas un bon coton. Crises intérieures sur les actualités.

Etc.

Évidemment, j'en passe.

C'est plutôt underground.

Pas toujours très sensé.

Peut-être plus noir que Sans Connaissance.

Émile Duncan mange des pâtes au ketchup.

Et il ne file pas un bon coton.

Tout ce qui sort un peu de cette tête est un chaos de poésie et de froideur, comme chez le Lautréamont des Chants de Maldoror.

Il me semble que le meilleur reste à venir sur la trajectoire d'Émile Duncan. Que La Solde est la fin d'une cycle.

Bientôt, Montréal sera loin.

Montréal, Saturne dévorant ses propres enfants.

Montréal qui fait péter des coches pas rien qu'à Émile Duncan.

Montréal et cette vie à la con à faire semblant deuh.

À renier l'amour au nom d'une raison déraisonnante...

Vive la campagne calvaire! Et le grand air!

Bientôt, Émile Duncan sera à vélo, loin de Montréal, loin du Québec.

Et il jouera de la guitare sur les routes de France et de tous les machins trucs d'Europe.

Oua. Finies les pâtes au ketchup.

Et enfin un peu de gaieté.

La Solde, c'est la face sombre de la Lune pour l'oeuvre de McComber.

Il faut se la taper, cette face sombre, pour mieux apprécier la suite. Puisqu'il y aura certainement une suite.

Elle n'est pas sans humour, cette face sombre. On la traverse en y voyant quelques éclaircies.

C'est à lire au coin du feu ou bien ailleurs, dans une manufacture par exemple.

C'est du McComber tout cru.

Et la morale de l'histoire? Il n'y en a pas. Comme d'habitude.