vendredi 31 décembre 2021

Bonne et heureuse année 2022 !

 Je termine l'année 2021 avec cette toile intitulée «La lumière au bout du sentier». Je me suis largement inspiré de mes randonnées pédestres au parc de la rivière Batiscan pour la réaliser. Voici le résultat de mes souvenirs:




mardi 26 octobre 2021

Ces pissous qui traînent un Cheuf sur un bouclier

C'était quelque chose comme un petit peuple replié sur lui-même. 

Ce peuple promenait un Cheuf sur un bouclier et cultivait la peur du monde entier. 

C'était un peuple servile qui se croyait libre quand ça faisait l'affaire du Cheuf.

Et le Cheuf ne serait pas arrivé là où il est s'il ne savait pas Tout... n'est-ce pas? Ce peuple ne réfléchissait pas, voyez-vous. Ce peuple adorait soit des idoles, soit des statues de plâtre. Ils n'étaient pas très évolués mais très au fait qu'ils étaient les meilleurs en tout. Pouvait-il y avoir mieux que cette Nation sur la Terre? Non.

Toute remise en question des méthodes et traditions était perçue comme un crime condamnable de la pire peine qui soit.

Il fallait marcher les fesses serrées parmi ces pissous qui avait appris à ramper sous le bouclier du Cheuf.

«Et Nation par ici, et Nation par là!», le Cheuf n'avait que le mot Nation en bouche pour impressionner son peuple essentiellement constitué de peureux et de larbins dénués d'honneur autant que d'humanisme.

L'empire médiatique de la Nation était au service du Cheuf et mettait de l'avant toute une gamme de petits êtres vils et mesquins pour vider le coeur autant que les poches de tout ce petit peuple apeuré et facilement exploitable.

Les «Autres» étaient donc effrayants pour ce petit peuple soumis et toujours à genoux devant son Cheuf. Cette Nation n'était pourtant qu'une pitoyable colonie. Elle avait pris racine dans le sacrifice des Autres, de ceux et celles qui n'auraient pas dû être là puisque la Nation allait briller sur leur territoire non-cédé...

Les Autres ne seraient jamais comme Nous. Aussi bien les tenir à l'écart, dans des enclos.

Les Autres contaminaient l'esprit des enfants qui se mettaient à critiquer la Nation et à s'inventer des identités sexuelles jamais vues ni d'Ève ni d'Adam. 

Il fallait donc faire disparaître les Autres. Boucher toutes les entrées. Créer des espaces bleus ou je ne sais trop quelle merde nationaliste dégoûtante. Se masturber dans un drapeau en hurlant sa foi en la Nation. Crier sur tous les toits les noms des personnages des téléromans de la Nation. Chanter les louanges de tous les mangeux de marde racistes et sexistes. Tenir pour des essais en sociologie les vulgaires basses oeuvres des scribes du Cheuf. Tenir pour des intellectuels des poules et des dindes pas de tête. Avoir l'apparence d'un pays tout en n'étant qu'un marécage national où ça sent franchement mauvais.

Les Autres ne voulaient pas se laisser disparaître...

Ils étaient toujours plus nombreux et cette Nation de tarlais et de tarlaises toujours plus enfoncée dans un passé glauque et peu glorieux de larbins soumis à un Cheuf.

On savait tous et toutes que la non-histoire de cette Nation touchait à sa fin.

On savait aussi qu'avant de crever elle ferait encore quelques dégâts. Peut-être pour rappeler aux Autres de ne plus jamais ressusciter cette Nation-là . Cette abstraction avilissante qui rampait sous le bouclier d'un Cheuf porté à bout de bras par ces nullités qui se croyaient l'élite de la Nation.

Oui, ils étaient de plus en plus isolés, dans leur coin, à porter un Cheuf sur un bouclier.

Ils étaient de plus en plus près du bord de la Mer, dernier bastion avant que de se noyer.

Ils étaient depuis trop longtemps nulle part et n'importe où en même temps.

Cette Nation de pissous qui traînent un Cheuf sur un bouclier était désormais trop malade et trop fatiguée pour continuer ainsi.

Elle était comme le Roi Lear qui parle de sa grandeur passée tout déguenillée sur la plage.

Elle était ridicule.

mercredi 13 octobre 2021

Les soins de santé... encore les soins de santé...

Je hurle intérieurement chaque fois que l'on me parle de l'état actuel des soins de santé au Québec. Un peu plus et je me tiendrai coi pour toujours. 

J'ai débuté dans le métier d'aide-soignant en décembre 1988. C'était au Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL). L'emploi idéal pour survivre à mes cours à la faculté de droit de la même université, lesquels m'avaient tout à fait déplumé financièrement. 

Je n'avais strictement aucune formation. Mais j'étais prêt à travailler et je n'avais pas peur de me salir les mains... On m'a donné quelques vaccins, contre l'hépatite B entre autres. Puis une ou deux heures de cours sur l'art de plier les draps d'un lit et sur la manière de déplacer des personnes. Un cours rapide de RCR. Puis en moins de deux jours je commençais mon premier quart de travail à l'unité des soins coronariens du CHUL, jumelé à un autre préposé.

Cela ne faisait pas cinq minutes que je bossais qu'une dame a fait un arrêt cardiaque. On entend «Code 90 chambre 101» dans les haut-parleurs et on sait qu'il faut ramener à toute vitesse le défibrillateur cardiaque dans la chambre 101. Le médecin et les infirmières sont déjà montés dessus pour exécuter les manoeuvres de réanimation. Je n'ai pas encore 10 minutes de métier que je me demande ce que je fais là. Puis la dame meure. Tout le monde s'en va sauf moi et mon collègue. On doit nettoyer le corps et attacher des étiquettes au nom de ladite dame après ses mains et ses chevilles. Puis on la roule dans un linceul et on descend la porter dans un réfrigérateur, à la morgue...

En revenant du boulot après cette première journée quasi dantesque, je me suis dit que je n'étais pas capable de faire ce travail. Puis en constatant que je n'avais rien dans mes poches, j'ai changé d'idée. Et j'y suis retourné. Plusieurs fois. Cela ne faisait pas deux semaines que j'avais été embauché que je me tapais du temps et demi, du temps double et même du temps triple. On m'a fait faire 36 heures d'affilée les 24 et 25 décembre par manque de personnel. On m'a fait du chantage émotif pour que je reste en plus des bonis en argent. Et je suis resté.

J'ai obtenu un poste de nuit rapidement. Personne ne voulait faire de nuit. Moi si. Je me disais que je pourrais poursuivre mes études en droit de jour, comme l'aurait fait Martin Eden ou Jack London...

Quoi qu'il en soit j'ai travaillé sur tous les départements: gériatrie, orthopédie, bloc opératoire, soins coronariens, soins intensifs, psychiatrie, etc. De jour, de soir comme de nuit. Pendant deux ans.

Puis j'ai poursuivi le métier dans un centre pour personnes âgées à Trois-Rivières, pendant deux ans là aussi, pour me payer un baccalauréat en philosophie.

Les années passèrent. En 2018, écoeuré de travailler dans un domaine peu gratifiant, je saisis l'opportunité de reprendre du service en tant que préposé aux bénéficiaires. 

On ne reconnaît pas mes 4 années d'expérience. Je dois tout recommencer depuis le début. Pas besoin de vous dire que je m'y suis prêté avec beaucoup de dégoût. Des malades ont besoin de moi et tout ce qu'on trouve à me faire c'est de perdre mon temps précieux avec des formations qui se dédoublent et se répètent inlassablement pour satisfaire je ne sais trop quel fonctionnaire de la commission scolaire. Je sais laver des fesses. Je sais soulever un corps. Je n'ai aucun problème de dos connu. Je suis solide comme un roc, sérieusement. Qu'est-ce que je dois faire? Une pirouette? Une gigue?

Cent quatre-vingts heures plus tard, qui me faisaient faire des semaines de 70 heures avec le travail, j'obtins le sacro saint droit de pratiquer mon métier. Mais que le chemin était long et tortueux comparativement à celui que j'avais emprunté en 1988!

Je ne suis pas contre les formations.

Je suis contre la perte de temps et la surenchère bureaucratique.

Il y a des limites à vouloir tuer un corps de métier et je crains qu'on ait atteint cette limite avec les préposé.e.s aux bénéficiaires.

Nous sommes en pleine pénurie de personnel dans les soins de santé comme ailleurs dans les autres domaines. On ne peut pas jouer à la fine bouche comme si tout était normal. Il n'y a plus rien de «normal». Nous avons collectivement frappé un mur.

Il reste l'option de reculer. S'enfoncer plus en avant dans le mur est absurde.

Voyons ce qui s'est brisé dans notre système de santé et reconstruisons-le comme il se devait d'être.

On donnait des collations aux patients et patientes à l'urgence dans les années '70, le saviez-vous?

Il n'y avait pas de personnel caché derrière des panneaux de plexiglass comme si nous étions tous des pestiférés ou bien des repris de justice.

La déshumanisation a commencé quelque part. 

On aura beau mettre du cash dans la patente, si la patente est déshumanisée ça va s'en aller au diable vauvert.

Chacun va se crisser de la patente et s'en crisser plein les poches, ici et là, parce que c'est comme ça qu'on vit au Québec. L'imprimante à 80$ je te la fais à 6000$ et tope-la pour le budget. Qu'on crève dans les corridors de l'hôpital sans recevoir un peu d'eau fraîche, ça dérange qui?

On se fout de ce qui se passe sur le plancher.

C'est au sommet de l'organigramme que ça se passe.

C'est dans les officines du pouvoir que ça se casse.

On pourrait faire mieux et on fera pire encore.

Je salue, au passage, celles et ceux qui continuent d'offrir des soins de santé aux personnes malgré l'état lamentable de nos ressources.

Il reste bien un peu d'humain dans tout ça somme toute...

vendredi 8 octobre 2021

L'arbre

Il y a de la sagesse sous un arbre. 

Trente minutes sous un arbre et notre esprit est revigoré. 

L'arbre sait que l'homme est une créature faible et souvent nuisible. Mais il est dans la nature de l'arbre d'être accueillant. Tout un chacun doit un peu protéger l'arbre comme s'il était sa maison. À moins d'être hanté par je ne sais quel instinct autodestructeur. 

L'arbre est une arche dans un monde qui pourrait être sinistre et désertique. Il nous dit: «Venez ici qui ou quoi que vous soyez! Il y a de la place pour tout le monde: humains, hirondelles, écureuils, chats, insectes et j'en passe!»

L'arbre est le dernier espoir de ce monde.

C'est ce que j'ai l'envie de vous dire, à rêvasser sous un orme, perdu au beau milieu d'un grand stationnement vide.




mercredi 29 septembre 2021

L'indicible platitude d'Untel et son appel de la crasse

Heureux l'imbécile qui s'est trouvé une marotte. Il n'a plus qu'à enligner les poncifs pour jouer dans les clubs et lobbies qui traînent ici et là dans les bas-fonds des jeux d'esprit.

Untel joue dans le club nationaliste et ne reconnaît ni l'anglais, ni l'inuktitut et encore moins le racisme systémique. Son ancêtre croyait que les syndicats étaient une invention des Juifs américains et autres envahisseurs étrangers. Son descendant est un pissou tout autant que lui. Sinon un larbin qui se cherche un maître.

Untel n'a presque pas évolué. Son idée est un sermon qui sent l'appel de la crasse. C'est une ridicule grenouille qui se prend plus grosse qu'un boeuf. Au moins le boeuf n'emmerde personne avec des rêves de grandeur... Tandis que la grenouille est devenue boursouflée comme un gros crapaud baveux. On n'y trouverait même pas Le Prince de Machiavel en l'embrassant. Seulement quelque chose d'informe et flasque comme un coup d'argent au Monopoly.

Hier l'ancêtre d'Untel fustigeait les Juifs, aujourd'hui son rejeton pointe du doigt les wokes (c'est quoi ça?) ou les Musulmans. 

Quand tu as appris que tu étais victime d'autrui, c'est difficile de réaliser que tu étais surtout ton propre bourreau, à piler toujours sur le même tabarnak de râteau. À le recevoir toujours en pleine face comme le dernier des abrutis.

Untel a été formaté loin des idées de tolérance religieuse héritée de Martin Luther. Il a plus à voir avec les Borgia ou bien les Bougon. Il se cherche un petit catéchisme et croit que la vie doit se soumettre au chef du village ou bien aux leçons d'histoire sans ces maudites remises en question sur le colonialisme, l'esclavage et toutes ces affaires-là. Untel vous dira qui étaient les bons et qui étaient les méchants à tout coup. Untel possède la clé qui rouvre le livre de l'Histoire et ferme la discussion.

Untel n'a rien sinon un drapeau.

Alors il l'agite.

Et il parle, parle, parle. 

On en baye aux corneilles.

Plutôt baiser que d'entendre ses conneries.

Blablabla l'histoire la langue et troulala.

Pas foutu d'écrire une phrase avec son coeur. Pas foutu de s'indigner des vraies misères et vraies injustices de ce monde. Untel est seulement un braillard, c'est vrai.

J'ai beau dire que je ne l'écoute plus qu'Untel est partout parce qu'on tient, je ne sais où, à vous rentrer dans la gorge qu'il faut absolument revoir sa Normandie. C'est un peu absurde en 2021, dans une société réellement multiculturelle, de tenir des propos totalement déphasés de vieux con qui ne change pas.

J'imagine qu'en haut lieu les boss aiment ça.

Diviser pour régner.

Occuper la racaille avec de commodes boucs émissaires.

Bravo...




jeudi 23 septembre 2021

Nous à 0,1%, 1%, 3% ou 20%? Toi à 100%!


Il y a plusieurs manières de voir la vie en société.

Il y a d'abord la manière forte. N'oublions jamais que même le roi parle souvent de lui-même à la première personne du pluriel. Son Nous ne représente que son bon vouloir qui s'étend à tous ses serviteurs. «Il Nous fait bon plaisir d'informer Nos sujets qu'ils doivent obéir.»

Quand la manière forte s'érode un peu, le Nous est représenté par quelques-uns et s'étend à tous leurs nouveaux vassaux et serviteurs. On en fera du spectacle autant que faire se peut pour calmer les ardeurs des uns et des autres. On se donnera, comme Humpty Dumpty sur son mur, le privilège d'établir la définition des mots selon que l'on soit le maître ou pas. La liberté veut dire l'esclavage. Et woke veut dire ennemi de la Nation.

Je m'en voudrais d'oublier qu'il y a cette fleur fragile, cet espoir aussi rare que précieux qui parfois nous submerge dans notre humanité. 

Il y a la solidarité, l'entraide, la générosité et la compassion.

Il y a cette possibilité d'inclure chacun et chacune dans un ensemble qui tend vers le respect et l'abandon des structures archaïques du pouvoir.

Le vieux monde ne tombera pas sans combattre, même si la bataille des us et des coutumes est déjà perdue pour lui. Ce vieux monde morose n'empêchera pas l'humanité, dont l'âge médian tourne autour de 19 ans, de lui faire comprendre que son temps et ses institutions sont totalement finies, out, déphasées, dépassées et probablement pourries.

Il y aura donc plus d'ouverture sur le monde et sur les idées au cours des prochaines années.

Ici, comme ailleurs, la politique est totalement déphasée avec ce qui se passe en temps réel dans la communauté.

Elle est encore au XIXe siècle. On y parle encore de nationalisme, de valeurs traditionnelles, de trucs qui font roter d'ennui.

Dans la vraie vie, on baise, on boit, on fume n'importe qui n'importe quoi n'importe comment et va chier si t'es pas content. Regarde ailleurs. Ouste du balai. On ne veut pas vivre parmi des talibans d'ailleurs ou du Texas. On emmerde les Savonarole. On rit des curés. 

Et on ne vote pas tant que ça dans la vraie vie. Un peu plus que la moitié des citoyens et citoyennes votent encore. L'autre moitié n'avait pas le temps ni l'intérêt.

À peine 3% des gens sont membres d'une formation politique. 

Plus de 97% des gens n'y trouvent aucun intérêt.

Le Congrès de la jeunesse caquiste, péquiste, libérale ou solidaire? Trois pelés et un tondu. Parfois un peu plus. Jeunes autant que vous et moi. Je me souviens que seuls les blaireaux militaient au sein d'une formation politique lorsque j'étais jeune. Ça ne doit pas avoir changé.

Le Nous, auparavant, c'était le roi.

En ce moment, c'est le 3%.

Il ne suffit que de récolter à peu près 20% du vote total des électeurs inscrits pour former un gouvernement qui se tapera les bretelles comme s'il représentait la «Nation».

Bref, nous sommes tous et toutes floués.

Du moins pour le moment.

Parce que la politique est en retard de deux cents ans sur l'évolution naturelle de la communauté.

Parce qu'elle représente l'état actuel des préjugés sociaux et économiques de l'élite au pouvoir.

Parce que nous ne sommes que de la poussière sur leur jeu de Monopoly.

Ça ne veut pas dire qu'il ne faille pas donner un coup de pied sur le jeu de Monopoly pour se faire de l'espace pour des logements sociaux et une vie digne de ce nom. Bien au contraire.

Mais ça, on en parlera une autre fois.

Il y a cette fleur fragile, cet espoir aussi rare que précieux qui parfois nous submerge dans notre humanité. 

Il y a la solidarité, l'entraide, la générosité et la compassion.

Il y a la révolte contre l'injustice.

Il y a l'insoumission et l'indocilité.

Il y a la liberté.



vendredi 27 août 2021

Faire ses recherches

Tout homme sur Terre cherche quelque chose qui n'est pas toujours l'amour ou le bonheur.

L'une cherche ses clés. L'autre cherche son portefeuille.

Tout le monde cherche quelque chose, souvent en vain.

Tenez, moi je me cherche encore. Je me trouve de temps à autres. Et quand je ne m'y trouve plus, je perds du temps à me chercher.

Il y en a qui prétendent ne plus chercher.

Il y en a qui ont trouvé réponses à tout.

Ce sont ceux et celles que je plains le plus. Avoir tout trouvé alors qu'il y a tant à chercher encore... Avoir la réponse, la foi, la Grande Idée -et ne plus rien chercher que les réponses qui rentrent dans les bonnes cases. Des réponses souvent simplistes, pas vraiment réfléchies. Des réponses pour se dispenser de penser. Croire, c'est ne plus chercher. Montrez-moi un fanatique et je prendrai la direction opposée. Plutôt crever seul dans la toundra que de frôler les murs parmi les Savonarole.

Alors voilà. Je me cherche. Je cherche. Et ce n'est pas ce que je trouve qui m'importe, mais ce que je ne trouverai jamais.

L'amour? Le bonheur? Vous savez bien que je suis de ces veinards qui peuvent prétendre y goûter un peu.

Ce n'est pas là le problème.

Le problème est plus grand que toute question que je pourrais me poser.

Je suis là, quelque part entre l'infiniment petit et l'infiniment grand.

Et je ne suis rien de plus que ce point, ce détail, cette anecdote dans l'univers impassible et immortel.

Tout le monde se cherche.

Tout le monde fait ses recherches.

Tout le monde.

dimanche 22 août 2021

Raymond le chamane

Raymond était un chamane. La plupart de ceux qui prétendent l'être sont généralement des faussaires. Mais pas Raymond. D'ailleurs, il n'en parlait à personne. Il buvait, certes, du soir au matin. Comme bien d'autres dont on ne s'intéresse pas plus qu'il ne le faut. C'est vrai qu'ils ne sont pas tous chamanes.

Raymond communiquait avec le monde des esprits avec ou sans alcool. L'alcool, en fait, c'était pour tenir le coup. Parce qu'en plus de communiquer avec l'autre monde, Raymond ressentait avec intensité tout ce qui se vivait autour de lui. Il pouvait devenir fourmi, chat, chien et vous-même. Toutes les souffrances, tous les ennuis vécus par le vivant lui trituraient l'esprit à le rendre presque fou. Alors il buvait pour oublier. Bien plus que pour communiquer avec les esprits. Il buvait pour mettre fin à la compassion avec le vivant et, pauvre Raymond, cela ne marchait pas vraiment. Même en rêves il devait parler avec tout un chacun et souffrir avec tout le monde.

Alors vous comprenez que les chamanes, en général, ne sont guère loquaces.

-J'te l'dis à toé mon Guétan... Parce que t'es une vieille âme qui erre dans l'univers depuis trop longtemps... La vie d'chamane, c'est pas d'la tarte! T'es mort trois fois Guétan... T'es pogné a'ec ça toé itou! T'es un hostie d'chamane man!

Il m'avait dit ça sans rire, enfilant ce qui lui restait de vodka dans son verre.

Puis il s'était effondré au sol de tout son long, dans le bar, devant les clients nettement plus blasés que médusés.

-Ce gars-là, Guétan, m'ont dit les gars au bar, c'est vraiment un chamane. Il lit dans les esprits. Tu lui parles même pas pis il répond à ce que tu penses dans ta tête... Y'est fucké en tabarnak! I' nous fait peur calice! Pis les taxis veulent jamais l'embarquer... Raymond y'est sur leur liste noire parce qu'i' pisse su' le siège tellement y'est beurré...

-Ah bin! J'ai mon hostie d'voyage! D'la discrimination envers les chamanes!

-C'est ça qu'on s'dit aussi... Raymond! Réveille Raymond!!! Es-tu mort Raymond?

-Allez chier tabarnak! répondit Raymond, le visage bien écrasé au sol.

Raymond vivait encore. Et il répondait encore aux esprits.

Normal. C'était un chamane.

samedi 21 août 2021

Je m'abandonne à l' autobiographie

On ne sait jamais comment ça commence et comment ça finit lorsqu'on s'abandonne à l' autobiographie. Chaque mot dévoile une nouvelle vérité aussi bien qu'il dissimule un nouveau mensonge. Les confessions sont toujours plus ou moins organisées. C'est d'ailleurs un genre littéraire que je déteste. Moins de Jean-Jacques Rousseau et plus de Rabelais. Les ivrognes intelligents plutôt que les braillards tristes et sérieux qui servent d'inspiration à Robespierre.

Pourtant, tout me pousse à la confession pour une raison qui m'échappe. Peut-être me faut-il passer par ce que Rimbaud aurait appelé des «rinçures», des confessions sur mon petit moi, mon petit passé, mes petits étés ou bien je ne sais quoi.

Commençons par l'été... Puisque j'ai été. 

J'aimais l'école parce que mes étés finissaient par devenir longs et ennuyants. Je fuyais peu à peu tous les jeux avec mes amis, sinon tous mes amis étaient disparus. Je me retrouvais seul à errer dans Trois-Rivières. Il ne s'y passait jamais rien. C'était triste et monotone. Avec cette sempiternelle odeur d'excréments produite par les papetières qui montaient à mes narines devenues indifférentes. Notre logement devenait trop chaud et trop humide, tout comme l'hiver il était trop froid et trop humide. C'était un logement mal isolé situé dans un quartier ouvrier, un «faubourg à la mélasse» comme disait mon père. Ça hurlait le soir. Tout le temps. Tout le monde semblait se donner des claques sur la gueule autour de chez-moi.

La bibliothèque municipale était mon havre de paix. Avec la piscine publique du parc de l'exposition où j'allais faire des longueurs pendant deux ou trois heures, jusqu'à me faire des bras gros comme des jambons. Je partais aussi à vélo, seul, le plus loin que je pouvais. J'allais pêcher du brochet sur la rivière Saint-Maurice. Je cueillais des mûres en haut du pit de sable, près de la rivière Milette. Je me bourrais la face de bleuets récoltés sous les tours électriques du boulevard des Prairies, dans le coin de Sainte-Marthe-du-Cap. Et le soir je travaillais au dépanneur. J'étais commis et livreur. Toutes les livraisons se faisaient à pieds, pas de bicyclette. Je livrais surtout du vin et de la bière. Je me faisais des bras.

Le reste de mes temps libres était consacré aux livres. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main. De la biographie de Paolo Noël jusqu'à Le charbon de l'encyclopédie Que sais-je?...

Pour les filles, je n'étais ni prêt ni pubère. Certains le sont à 12 ans. Moi je le fus à 17. De 12 ans à 17 ans j'aurai cru que j'étais un monstre. Je m'en voulus d'exister. J'étais totalement asexué. Je fuyais les groupes de crainte d'être démasqué comme étant impubère. J'étais seul, isolé, taciturne. J'étais en passe de devenir un genre d'ange exterminateur par cette difficulté à subir les pressions sociales qui venaient de toutes parts. Je ne croyais plus en Dieu et on me forçait à aller à l'église. Comment forcer quelqu'un à adorer quelque chose qu'il ne ressent pas? Honorer un Dieu qui me faisait traverser tant d'ennui et de misère?

Mes étés étaient tristes et monotones...

Puis, un été, c'est venu... Je ne dirai pas comment ni pourquoi. Un échauffement subit et incontrôlé pour des formes féminines qui me hantaient. Une brûlure au bout de mon sexe.  Quoi donc? C'est donc ça... J'étais libéré d'un grand poids. J'étais enfin pubère! Je croyais en Déesse!

Malheureusement, il me fallut encore quelques années de maturité pour me débarrasser de ma vieille pelure infantile. 

Mes étés se passèrent ensuite au IGA, en tant que commis. Puis au Centre hospitalier de l'Université Laval, où je devins préposé aux bénéficiaires pour payer mes études à la faculté de droit.

Dans mes temps libres, à défaut d'avoir une blonde, je devins un agitateur politique relié à toutes les luttes de l'extrême-gauche. Je devins officiellement camarade et membre sympathisant de la 4e Internationale. C'est dire comment je me cherchais. Et qui je cherchais pour transformer ce monde pourri. J'ai finalement dévié vers l'anarchisme. Puis j'ai quitté à jamais toute forme de collectif politique pour mieux devenir moi-même, abandonnant à jamais le sectarisme et autres instincts grégaires que je ne ressens pas.

Mes étés étaient encore tout aussi tordus et soporifiques. Je travaillais. J'étudiais en philosophie. J'étais seul. Je prenais des psychotropes.

Les psychotropes m'auront peut-être sauvé la vie. Ils me permirent de mettre fin à ma virginité à tout le moins et de connaître, enfin, quelque chose comme l'amour et la sexualité. Idées et émotions se chamboulèrent dans ma tête. Bientôt, je ne fus plus le même.

J'errais d'une peine d'amour à l'autre parce que j'étais en retard de dix ans dans ma sexualité. Je devais apprendre plus vite que je n'avais jamais appris. Et j'appris. En quittant le Québec. En devenant un pur étranger, sans passé, prêt à vivre l'audace du moment présent.

Je vécus le premier et plus bel été de ma vie à Whitehorse, au Yukon. Musique, amours, amitiés: tout y était. C'est là que le petit Gaétan est devenu Grizzly. Ma pensée s'est modifiée au contact des voyageurs et voyageuses d'un peu partout dans le monde. J'ai appris l'anglais et par le fait même j'ai élargi le domaine de mes connaissances. Je me suis mis à tout lire en anglais.

Beaucoup d'eau coula sous les ponts depuis.

Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça.

C'est décousu et ça tient un brin sur rien.

J'essaie d'écrire sur mes étés soporifiques pour me rendre compte que c'est ma vie qui l'était en quelque sorte avant que je ne brise ma chrysalide, trop tard sans doute.

On peut bien accuser l'été de tout et de n'importe quoi puisque je viens moi-même de le faire...

Si ça ne vous dérange pas je vais arrêter mon texte ici.

C'est pas la finale du siècle. Mais c'est mieux que rien.

On ne sait jamais comment ça commence et comment ça finit lorsqu'on s'abandonne à l' autobiographie.