Je termine l'année 2021 avec cette toile intitulée «La lumière au bout du sentier». Je me suis largement inspiré de mes randonnées pédestres au parc de la rivière Batiscan pour la réaliser. Voici le résultat de mes souvenirs:
vendredi 31 décembre 2021
mercredi 22 décembre 2021
mardi 26 octobre 2021
Ces pissous qui traînent un Cheuf sur un bouclier
C'était quelque chose comme un petit peuple replié sur lui-même.
Ce peuple promenait un Cheuf sur un bouclier et cultivait la peur du monde entier.
C'était un peuple servile qui se croyait libre quand ça faisait l'affaire du Cheuf.
Et le Cheuf ne serait pas arrivé là où il est s'il ne savait pas Tout... n'est-ce pas? Ce peuple ne réfléchissait pas, voyez-vous. Ce peuple adorait soit des idoles, soit des statues de plâtre. Ils n'étaient pas très évolués mais très au fait qu'ils étaient les meilleurs en tout. Pouvait-il y avoir mieux que cette Nation sur la Terre? Non.
Toute remise en question des méthodes et traditions était perçue comme un crime condamnable de la pire peine qui soit.
Il fallait marcher les fesses serrées parmi ces pissous qui avait appris à ramper sous le bouclier du Cheuf.
«Et Nation par ici, et Nation par là!», le Cheuf n'avait que le mot Nation en bouche pour impressionner son peuple essentiellement constitué de peureux et de larbins dénués d'honneur autant que d'humanisme.
L'empire médiatique de la Nation était au service du Cheuf et mettait de l'avant toute une gamme de petits êtres vils et mesquins pour vider le coeur autant que les poches de tout ce petit peuple apeuré et facilement exploitable.
Les «Autres» étaient donc effrayants pour ce petit peuple soumis et toujours à genoux devant son Cheuf. Cette Nation n'était pourtant qu'une pitoyable colonie. Elle avait pris racine dans le sacrifice des Autres, de ceux et celles qui n'auraient pas dû être là puisque la Nation allait briller sur leur territoire non-cédé...
Les Autres ne seraient jamais comme Nous. Aussi bien les tenir à l'écart, dans des enclos.
Les Autres contaminaient l'esprit des enfants qui se mettaient à critiquer la Nation et à s'inventer des identités sexuelles jamais vues ni d'Ève ni d'Adam.
Il fallait donc faire disparaître les Autres. Boucher toutes les entrées. Créer des espaces bleus ou je ne sais trop quelle merde nationaliste dégoûtante. Se masturber dans un drapeau en hurlant sa foi en la Nation. Crier sur tous les toits les noms des personnages des téléromans de la Nation. Chanter les louanges de tous les mangeux de marde racistes et sexistes. Tenir pour des essais en sociologie les vulgaires basses oeuvres des scribes du Cheuf. Tenir pour des intellectuels des poules et des dindes pas de tête. Avoir l'apparence d'un pays tout en n'étant qu'un marécage national où ça sent franchement mauvais.
Les Autres ne voulaient pas se laisser disparaître...
Ils étaient toujours plus nombreux et cette Nation de tarlais et de tarlaises toujours plus enfoncée dans un passé glauque et peu glorieux de larbins soumis à un Cheuf.
On savait tous et toutes que la non-histoire de cette Nation touchait à sa fin.
On savait aussi qu'avant de crever elle ferait encore quelques dégâts. Peut-être pour rappeler aux Autres de ne plus jamais ressusciter cette Nation-là . Cette abstraction avilissante qui rampait sous le bouclier d'un Cheuf porté à bout de bras par ces nullités qui se croyaient l'élite de la Nation.
Oui, ils étaient de plus en plus isolés, dans leur coin, à porter un Cheuf sur un bouclier.
Ils étaient de plus en plus près du bord de la Mer, dernier bastion avant que de se noyer.
Ils étaient depuis trop longtemps nulle part et n'importe où en même temps.
Cette Nation de pissous qui traînent un Cheuf sur un bouclier était désormais trop malade et trop fatiguée pour continuer ainsi.
Elle était comme le Roi Lear qui parle de sa grandeur passée tout déguenillée sur la plage.
Elle était ridicule.
mercredi 13 octobre 2021
Les soins de santé... encore les soins de santé...
vendredi 8 octobre 2021
L'arbre
mercredi 29 septembre 2021
L'indicible platitude d'Untel et son appel de la crasse
jeudi 23 septembre 2021
Nous à 0,1%, 1%, 3% ou 20%? Toi à 100%!
Il y a plusieurs manières de voir la vie en société.
Il y a d'abord la manière forte. N'oublions jamais que même le roi parle souvent de lui-même à la première personne du pluriel. Son Nous ne représente que son bon vouloir qui s'étend à tous ses serviteurs. «Il Nous fait bon plaisir d'informer Nos sujets qu'ils doivent obéir.»
Quand la manière forte s'érode un peu, le Nous est représenté par quelques-uns et s'étend à tous leurs nouveaux vassaux et serviteurs. On en fera du spectacle autant que faire se peut pour calmer les ardeurs des uns et des autres. On se donnera, comme Humpty Dumpty sur son mur, le privilège d'établir la définition des mots selon que l'on soit le maître ou pas. La liberté veut dire l'esclavage. Et woke veut dire ennemi de la Nation.
Je m'en voudrais d'oublier qu'il y a cette fleur fragile, cet espoir aussi rare que précieux qui parfois nous submerge dans notre humanité.
Il y a la solidarité, l'entraide, la générosité et la compassion.
Il y a cette possibilité d'inclure chacun et chacune dans un ensemble qui tend vers le respect et l'abandon des structures archaïques du pouvoir.
Le vieux monde ne tombera pas sans combattre, même si la bataille des us et des coutumes est déjà perdue pour lui. Ce vieux monde morose n'empêchera pas l'humanité, dont l'âge médian tourne autour de 19 ans, de lui faire comprendre que son temps et ses institutions sont totalement finies, out, déphasées, dépassées et probablement pourries.
Il y aura donc plus d'ouverture sur le monde et sur les idées au cours des prochaines années.
Ici, comme ailleurs, la politique est totalement déphasée avec ce qui se passe en temps réel dans la communauté.
Elle est encore au XIXe siècle. On y parle encore de nationalisme, de valeurs traditionnelles, de trucs qui font roter d'ennui.
Dans la vraie vie, on baise, on boit, on fume n'importe qui n'importe quoi n'importe comment et va chier si t'es pas content. Regarde ailleurs. Ouste du balai. On ne veut pas vivre parmi des talibans d'ailleurs ou du Texas. On emmerde les Savonarole. On rit des curés.
Et on ne vote pas tant que ça dans la vraie vie. Un peu plus que la moitié des citoyens et citoyennes votent encore. L'autre moitié n'avait pas le temps ni l'intérêt.
À peine 3% des gens sont membres d'une formation politique.
Plus de 97% des gens n'y trouvent aucun intérêt.
Le Congrès de la jeunesse caquiste, péquiste, libérale ou solidaire? Trois pelés et un tondu. Parfois un peu plus. Jeunes autant que vous et moi. Je me souviens que seuls les blaireaux militaient au sein d'une formation politique lorsque j'étais jeune. Ça ne doit pas avoir changé.
Le Nous, auparavant, c'était le roi.
En ce moment, c'est le 3%.
Il ne suffit que de récolter à peu près 20% du vote total des électeurs inscrits pour former un gouvernement qui se tapera les bretelles comme s'il représentait la «Nation».
Bref, nous sommes tous et toutes floués.
Du moins pour le moment.
Parce que la politique est en retard de deux cents ans sur l'évolution naturelle de la communauté.
Parce qu'elle représente l'état actuel des préjugés sociaux et économiques de l'élite au pouvoir.
Parce que nous ne sommes que de la poussière sur leur jeu de Monopoly.
Ça ne veut pas dire qu'il ne faille pas donner un coup de pied sur le jeu de Monopoly pour se faire de l'espace pour des logements sociaux et une vie digne de ce nom. Bien au contraire.
Mais ça, on en parlera une autre fois.
Il y a cette fleur fragile, cet espoir aussi rare que précieux qui parfois nous submerge dans notre humanité.
Il y a la solidarité, l'entraide, la générosité et la compassion.
Il y a la révolte contre l'injustice.
Il y a l'insoumission et l'indocilité.
vendredi 27 août 2021
Faire ses recherches
dimanche 22 août 2021
Raymond le chamane
samedi 21 août 2021
Je m'abandonne à l' autobiographie
On ne sait jamais comment ça commence et comment ça finit lorsqu'on s'abandonne à l' autobiographie. Chaque mot dévoile une nouvelle vérité aussi bien qu'il dissimule un nouveau mensonge. Les confessions sont toujours plus ou moins organisées. C'est d'ailleurs un genre littéraire que je déteste. Moins de Jean-Jacques Rousseau et plus de Rabelais. Les ivrognes intelligents plutôt que les braillards tristes et sérieux qui servent d'inspiration à Robespierre.
Pourtant, tout me pousse à la confession pour une raison qui m'échappe. Peut-être me faut-il passer par ce que Rimbaud aurait appelé des «rinçures», des confessions sur mon petit moi, mon petit passé, mes petits étés ou bien je ne sais quoi.
Commençons par l'été... Puisque j'ai été.
J'aimais l'école parce que mes étés finissaient par devenir longs et ennuyants. Je fuyais peu à peu tous les jeux avec mes amis, sinon tous mes amis étaient disparus. Je me retrouvais seul à errer dans Trois-Rivières. Il ne s'y passait jamais rien. C'était triste et monotone. Avec cette sempiternelle odeur d'excréments produite par les papetières qui montaient à mes narines devenues indifférentes. Notre logement devenait trop chaud et trop humide, tout comme l'hiver il était trop froid et trop humide. C'était un logement mal isolé situé dans un quartier ouvrier, un «faubourg à la mélasse» comme disait mon père. Ça hurlait le soir. Tout le temps. Tout le monde semblait se donner des claques sur la gueule autour de chez-moi.
La bibliothèque municipale était mon havre de paix. Avec la piscine publique du parc de l'exposition où j'allais faire des longueurs pendant deux ou trois heures, jusqu'à me faire des bras gros comme des jambons. Je partais aussi à vélo, seul, le plus loin que je pouvais. J'allais pêcher du brochet sur la rivière Saint-Maurice. Je cueillais des mûres en haut du pit de sable, près de la rivière Milette. Je me bourrais la face de bleuets récoltés sous les tours électriques du boulevard des Prairies, dans le coin de Sainte-Marthe-du-Cap. Et le soir je travaillais au dépanneur. J'étais commis et livreur. Toutes les livraisons se faisaient à pieds, pas de bicyclette. Je livrais surtout du vin et de la bière. Je me faisais des bras.
Le reste de mes temps libres était consacré aux livres. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main. De la biographie de Paolo Noël jusqu'à Le charbon de l'encyclopédie Que sais-je?...
Pour les filles, je n'étais ni prêt ni pubère. Certains le sont à 12 ans. Moi je le fus à 17. De 12 ans à 17 ans j'aurai cru que j'étais un monstre. Je m'en voulus d'exister. J'étais totalement asexué. Je fuyais les groupes de crainte d'être démasqué comme étant impubère. J'étais seul, isolé, taciturne. J'étais en passe de devenir un genre d'ange exterminateur par cette difficulté à subir les pressions sociales qui venaient de toutes parts. Je ne croyais plus en Dieu et on me forçait à aller à l'église. Comment forcer quelqu'un à adorer quelque chose qu'il ne ressent pas? Honorer un Dieu qui me faisait traverser tant d'ennui et de misère?
Mes étés étaient tristes et monotones...
Puis, un été, c'est venu... Je ne dirai pas comment ni pourquoi. Un échauffement subit et incontrôlé pour des formes féminines qui me hantaient. Une brûlure au bout de mon sexe. Quoi donc? C'est donc ça... J'étais libéré d'un grand poids. J'étais enfin pubère! Je croyais en Déesse!
Malheureusement, il me fallut encore quelques années de maturité pour me débarrasser de ma vieille pelure infantile.
Mes étés se passèrent ensuite au IGA, en tant que commis. Puis au Centre hospitalier de l'Université Laval, où je devins préposé aux bénéficiaires pour payer mes études à la faculté de droit.
Dans mes temps libres, à défaut d'avoir une blonde, je devins un agitateur politique relié à toutes les luttes de l'extrême-gauche. Je devins officiellement camarade et membre sympathisant de la 4e Internationale. C'est dire comment je me cherchais. Et qui je cherchais pour transformer ce monde pourri. J'ai finalement dévié vers l'anarchisme. Puis j'ai quitté à jamais toute forme de collectif politique pour mieux devenir moi-même, abandonnant à jamais le sectarisme et autres instincts grégaires que je ne ressens pas.
Mes étés étaient encore tout aussi tordus et soporifiques. Je travaillais. J'étudiais en philosophie. J'étais seul. Je prenais des psychotropes.
Les psychotropes m'auront peut-être sauvé la vie. Ils me permirent de mettre fin à ma virginité à tout le moins et de connaître, enfin, quelque chose comme l'amour et la sexualité. Idées et émotions se chamboulèrent dans ma tête. Bientôt, je ne fus plus le même.
J'errais d'une peine d'amour à l'autre parce que j'étais en retard de dix ans dans ma sexualité. Je devais apprendre plus vite que je n'avais jamais appris. Et j'appris. En quittant le Québec. En devenant un pur étranger, sans passé, prêt à vivre l'audace du moment présent.
Je vécus le premier et plus bel été de ma vie à Whitehorse, au Yukon. Musique, amours, amitiés: tout y était. C'est là que le petit Gaétan est devenu Grizzly. Ma pensée s'est modifiée au contact des voyageurs et voyageuses d'un peu partout dans le monde. J'ai appris l'anglais et par le fait même j'ai élargi le domaine de mes connaissances. Je me suis mis à tout lire en anglais.
Beaucoup d'eau coula sous les ponts depuis.
Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça.
C'est décousu et ça tient un brin sur rien.
J'essaie d'écrire sur mes étés soporifiques pour me rendre compte que c'est ma vie qui l'était en quelque sorte avant que je ne brise ma chrysalide, trop tard sans doute.
On peut bien accuser l'été de tout et de n'importe quoi puisque je viens moi-même de le faire...
Si ça ne vous dérange pas je vais arrêter mon texte ici.
C'est pas la finale du siècle. Mais c'est mieux que rien.
On ne sait jamais comment ça commence et comment ça finit lorsqu'on s'abandonne à l' autobiographie.
