mardi 27 août 2013

Mon premier et dernier sermon

Mes biens chers frères, mes biens chères soeurs, je vais vous torcher un sermon.

Faites ce que vous voulez mais ne faites pas de mal à personne. Un être humain c'est fragile et il n'est pas douillet de croire que verser du sang humain est d'une extrême malpropreté.

Il n'y a pas de mal à se faire du bien quand on sait partager son bonheur avec le genre humain par le biais d'une chanson, d'un poème ou bien d'une tarte.

Un gars a dit un jour: il fait beau ce matin. Et vous savez quoi? Il ne faisait même pas beau. Il pleuvait. Et il ventait fort. Il aurait pu dire qu'il ne faisait pas beau mais l'histoire ne nous dit pas pourquoi le type a plutôt dit tout le contraire. Il faut croire qu'il n'y a rien à y comprendre. J'ai connu des gars qui ont entendu cette histoire et qui ont été se jeter à l'eau, comme s'il y avait un lien de causalité entre les propos d'untel et les actions du troupeau...

Tout ça pour vous dire qu'il faut vivre avant que de mener sa vie au rythme d'une sagesse même pas éprouvée. Il n'y a que les fous qui croient se guérir avec des formules magiques et autres incantations fondées sur des procédés mnémotechniques douteux et surtout désagréables.

Pour ce qui est de l'habillement, je n'ai pas de goût et n'impose pas mon mauvais goût. Promenez-vous en jupes longues ou bien en g-strings, ce n'est pas mon affaire, en autant que vous vous sentiez confo.

Quand on se sent confo, on se sent bien et on ne s'en prend pas aux autres d'être dans des vêtements puants, humides ou trop chauds.

Pour ce qui est de la charité, n'en parlez pas si vous la faites à moins que vous ne trouviez une façon originale de raconter cela. Si c'est pour vous vanter, ça fait un peu poche et tout le monde se donne ensuite l'envie de vous voler pour vous faire la leçon.

J'oubliais de vous dire aussi que je me moque des sermons et que celui-ci, comme tous les autres, ne vaut rien.

À part de ça, je vais bien.

Et je profite de la vie sans trop en abuser, comme un touriste qui ne veut pas tout abîmer sur son passage.

Il y a des touristes comme ça.

Et il y en a d'autres qui ne sont pas comme ça,

C'est toujours comme ça.

C'est ça qui est ça.

Allez en paix et aimez-vous les uns les autres ou je vous crache à la gueule.

lundi 26 août 2013

Mes valeurs ne sont pas québécoises, elles sont universelles

Le Parti Québécois(PQ) est mort en 1984 quand René Lévesque s'est rallié aux conservateurs de Bryan Mulroney. Dès lors, c'en était fait de l'idéal d'une société relativement juste et éclairée.

Les politiques d'austérité sont devenues plus que jamais à l'ordre du jour.

De sorte que de nos jours le PQ me fait l'effet d'un revenant aux traits cadavériques qui se prend pour le survenant au teint rose des îles de Sorel.

Derrière toutes ces momies qui nous gouvernent ne se cachent plus que l'ombre d'une pensée politique. La vie les a quittées depuis trente ans. Leur peau est devenue grise. Leur programme est une langue morte.

Il ne reste plus que la stratégie, la fourberie et les statistiques.

De temps à autres, quand ça va vraiment mal, le PQ nous tartine des cours d'histoire ou bien des valeurs québécoises sur lesquelles nous n'avons jamais eu à dire quoi que ce soit.

Mes valeurs, personnellement, sont universelles. Elles ne tiennent pas compte des frontières, ces enclos de fils de fer barbelés à l'intérieur desquels on confine des troupeaux d'humains à vivre comme des bêtes domestiquées. Tout cela sous le contrôle de pasteurs déconnectés qui les tondent sans retenue, au risque d'épuiser la ressource à jamais.


***

Je me souviens d'avoir assister en octobre 2000 à une rencontre de groupes communautaires sous l'égide du Ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. J'y assistais en tant que représentant du journal de rue Le Vagabond, où j'étais rédacteur en chef.

Nous fûmes bien reçus: dîner au restaurant Le Napoléon puis belle soirée avec de petits canapés, du vin mousseux et un orchestre de jazz.

Le lendemain, on nous fournit un petit document dans lequel on ne se lasse pas de nous parler des valeurs québécoises, de l'histoire du Québec et tout le bataclan.

J'ai le malheur d'intervenir au cours de l'assemblée générale de tout ce beau monde.

-Nous sommes sensés être ici pour soutenir de meilleures relations avec les citoyens et les immigrants, que je dis au micro. Votre document contient soixante-huit fois le mot histoire et trois fois seulement le mot liberté. J'aimerais que ce soit le contraire: soixante-huit fois la liberté et trois fois l'histoire...

J'ai senti passé comme un malaise dans la salle. J'ai même reçus quelques applaudissements sincères. Ma job était faite. Il n'y avait plus de vin mousseux à boire. J'ai regagné mes terres à Trois-Rivières.

Le ministre Robert Perreault a démissionné trois jours après. Y étais-je pour quelque chose? Je n'en sais rien. Je sais cependant que cette manie de tout ramener à l'histoire n'était pas prête de disparaître.

***

On revient avec l'histoire, encore et encore.

Mon père détestait viscéralement Duplessis. Il me disait souvent que dans son jeune temps les Anglais apprenaient à lire et à compter tandis que les Canadiens-Français apprenaient l'histoire et le petit catéchisme. A-t-on tant changé?

Pauline Marois annonçait hier l'ajout d'un cours obligatoire d'histoire au collégial...

Ne sachant plus comment se débarrasser de l'héritage social-démocrate du PQ, le gouvernement actuel calque ses politiques sur celles de l'ADQ en remettant à l'ordre du jour la chasse aux immigrés.

La charte des valeurs québécoises n'est qu'une parade patriotique pour mieux nous baiser avec le pétrole de l'île d'Anticosti. Pendant qu'on va sucer le pétrole en nous remettant trois fois rien, on va s'étourdir avec des histoires de turbans ou de linges à vaisselle.

On n'enlèvera pas le crucifix à l'Assemblée Nationale puisqu'il faut se trouver suffisamment de pauvres types pour mener une croisade historique contre une poignée d'immigrants qui devront avoir peur. Il n'y a pas d'appels à la laïcité ici, mais bien un appel à la haine, au rejet de l'autre, pour des considérations bassement électoralistes.

Qu'est-ce que la tolérance? Le contraire de l'intolérance. Et il y a de la graine d'intolérance dans cette manière de remettre sur le plancher des vaches le code de vie de Hérouxville.

Quand c'est gnochon, il faut le dire.

Le code criminel sanctionne les crimes contre la personne, dont la violence conjugale, la lapidation, l'excision du clitoris et autres pratiques barbares. Ce n'est pas une question de valeurs, mais une question de droit, turbans ou pas.

L'intolérance nuira à tout un chacun.

Nous avons l'obligation de vivre ensemble ici et maintenant.

Il n'est pas question de laïcité dans le cas de cette Charte des valeurs québécoises, mais bien d'identité, et je ne veux pas que l'État m'oblige à en avoir unetelle plutôt qu'une autre.

Aurais-je le droit de vivre en Anishnabé, comme mes ancêtres, avec cette sacrament de Charte à faire frémir de joie Jean-Marie Le Pen?







dimanche 25 août 2013

Panem et circenses à Trois-Rivières

J'ai eu une vision cette nuit. J'ai été réveillé par quelques festivaliers du centre-ville. Ils ont gueulé et dégueulé toute la nuit. Ils avaient les blues et moi l'esprit tourmenté par de fréquentes ruptures du sommeil.

J'en suis venu à l'idée que nous travaillons trop.

Le travail ne rapporte rien. Ce sont les festivals, les amphithéâtres et les clowns qui rapportent gros.

Tout le monde sait à Trois-Rivières que les festivals ne peuvent être que grandioses, exceptionnels et débordants de retombées économiques.

Ceux qui ne le savent ne lisent certainement pas Le Nouvelliste, quotidien local où les nouvelles à propos des festivals et autres commanditaires sont toujours grandioses, exceptionnelles et débordantes de retombées économiques.

Un journaliste qui oserait en douter n'y ferait pas long feu et c'est tant mieux. On ne confie pas les pages du Nouvelliste à n'importe qui. Ne devient pas grandiose et exceptionnel celui qui doute et morigène sa communauté avec des propos négatifs qui pourraient déplaire au patron.

À chacun son métier et le métier de journaliste n'est pas celui de décider quoi que ce soit. Aux décideurs les décisions et aux autres le soin d'assister à des événements grandioses, exceptionnels et débordants de retombées économiques.

J'en viens à dire que nos visionnaires ahuris de Trois-Rivières devraient organiser des festivals trois cent soixante-six jours par année pour que la ville devienne encore plus grandiose. Au lieu d'investir dans des secteurs à risques financiers élevés comme la production d'allumettes, les Trifluviens gagneraient à donner les clés de la ville aux mecs des festivals.

En plus du Festivoix, commandité par la Corporation de l'Amphithéâtre, elle-même commanditée par l'argent de nos taxes et de nos impôts, on pourrait créer des festivals à l'année longue, comme du temps des Romains, quand le bon peuple savait se contenter du pain et des jeux. Panem et circenses qu'ils disaient et croyez-moi jamais les Romains ne s'ennuyaient: courses de char, combats de gladiateurs, Néron qui chante au Colisée et tous ces beaux programmes... Hormis Sénèque, vieux fonctionnaire raté, tout le monde aimait ça et ne s'en plaignait pas. On distribuait à la foule le pain qu'on avait volé ailleurs dans quelques colonies lointaines de crève-la-faim et tout le monde ne s'en amusait pas moins.

Il pourrait y avoir le Festival du rince-cochon, le Festival du baloney, le Festival des chaussures de pointure 7, le Festival du pissenlit,  le Festival de la pan pizza, le Festival du homard, le Festival des cheveux courts, le Festival des cheveux longs, etc. La seule limite serait l'imagination. Et les dieux savent que nous en avons pour des choses totalement inutiles sans lesquelles la vie ne serait que sacrifice et abnégation.

On pourrait aussi organiser des courses à l'année longue sur le site du Grand Prix et ouvrir des tas de casinos partout tout autour.

Évidemment, ça demanderait du terrain tout ça. Aussi serait-il sage de songer à démolir tous les bâtiments et taudis des Premiers Quartiers, lieux remplis d'ingrats pro-passifs qui voudraient que la ville ne soit pas grandiose, exceptionnelle et débordante de retombées économiques. On les enverrait vivre à Sorel ou ailleurs, là où les logements ne sont pas chers.  Tous les entrepôts portuaires seraient transformés en cirques, arénas et autres bâtiments destinés à l'amusement public. Bientôt Céline elle-même viendrait chanter sur nos rives.

Pourquoi travailler, hein? Pourquoi cette usine de bottines ou bien cette manufacture de cravates à pois? Le travail c'est out. C'est sans retombées économiques. Cela ne génère pas assez d'argent pour remporter des élections ou bien pour se récompenser de décider pour les autres. C'est long et cela demande du temps et des efforts qui tombent souvent à l'eau par manque d'expérience ou bien d'intérêt.

Laissons à nos décideurs le soin de décider.

Laissons-les créer des tas de festivals.

Je souris à l'idée de voir des tas d'ivrognes tomber et retomber.

Il y en aura des retombées, certes, et tout le monde se fera un plaisir de venir gueuler et dégueuler dans les rues de notre beau centre-ville nettoyé tous les matins par une armée de cols bleus afin que l'illusion de la propreté accompagne ce rêve d'une ville où tout sera grandiose et exceptionnel.

Comme Céline.

Comme un article du Nouvelliste...


vendredi 23 août 2013

Savonarole, le bûcher des vanités et le crossage avec une poignée de braquettes

Jérôme Savonarole a été pendu et brûlé à Florence le 23 mai 1498.

C'était un fanatique qui souhaitait réformer les moeurs de la société et de l'Église.

Ses visions et ses prêches contre la débauche ont fini par avoir raison de Florence. Savonarole a rallié à l'autorité de sa foi folle suffisamment de voix puissantes à Florence pour obliger les femmes à ne plus montrer leurs seins, leurs bijoux et tout ce qui relève de la beauté, de la sensualité, de la sexualité, de l'art, de la culture, de la dolce vita.

-Habillez-vous jusqu'au menton viles catins impudiques! Ne marchez pas dans les rues de
Florence en ayant l'air de prostituées! La gloire du Seigneur est grande et personne n'a le droit d'offenser Dieu ou moi-même qui lui parle tous les jours...

Les bonnes comme les mauvaises femmes n'ont bientôt plus le choix de s'habiller jusqu'au menton et notre mauvais Savonarole balance dans son bûcher des vanités les bijoux, les romans, les luths, les tableaux, tout. Les artistes et autres gens d'esprit de Florence fuient la ville devenue une république théocratique.

Le pape Alexandre VI, un Borgia qui aimait le cul et vivait parmi ses concubines au Vatican, excommunia Savonarole. Il était écoeuré de se faire traiter de débauché, même si c'était vrai. Un homme n'est jamais trop susceptible.

Par conséquent, Savonarole a été pendu et brûlé, après s'être fait torturer et tout ce qu'on pouvait faire aux exaltés pour décourager les autres de s'enflammer pour si peu.

Les dames de Florence ont pu enlever leurs voiles et découvrir ce sein que Savonarole ne voulait pas voir.

C'était bien fait pour lui. Il y a des limites à obliger les femmes à porter des manteaux d'hiver en plein été.

***

Cinq siècles plus tard, on rencontre de nouveaux Savonarole pour vouloir élever de nouveaux bûchers des vanités au nom de je ne sais trop quel manque d'intérêt pour la vie.

-Habillez-vous jusqu'au menton et ne soyez plus des catins impudiques! qu'ils ânonnent en choeur dans toute la bêtise de leur ressentiment d'adorateurs de pattes de lapin.

Chaque fois que je vois une femme se promener le cul à l'air, ici au Québec, je la remercie en mon for intérieur de mener un combat farouche contre tous ces pisse-vinaigres de Savonarole en devenir qui souhaitent plonger la communauté dans un film d'horreur en noir et blanc.

-Montrez-vous les seins mes soeurs! Montrez vos yeux, vos bouches, vos miches, vos jambes, vos bijoux, vos cailloux, vos choux et vos genoux! Fuck Savonarole! Qu'il aille se crosser avec une poignée de braquettes!

Les étudiants, la farce du dindon péquiste (VLB)

Porter un carré rouge, une année, pour se rallier à la contre-révolution libertarienne l'année d'après, le droit de grève aboli par des juges bourgeois et pleins de marde, voilà l'expression de la déliquescence de l'idéal péquiste. L'idéal se rabaisse au niveau de la crotte. C'est tout à fait pathétique et désolant. L'agente 728 va prendre du galon. Il sera gros l'amphithéâtre de Québec.

Wow! Heureusement que Victor Lévy-Beaulieu vient lancer ce pavé dans la mare... Cela me fait tellement dégueuler de voir les péquistes en train de nous prendre une fois de plus pour des cons que j'en suis demeurer bouche bée quelques jours. Une fois que le vomi sera bien séché, il faudra bien se débarrasser de ce gouvernement de meneuses de claques à la solde d'une fin de carrière un peu plus payante qu'un salaire de député ou de professeur d'université. Il y a plein de pétrole et de babioles à voler au peuple. Des grosses jobs pas contraignantes attendent les experts en communication du gouvernement...

Le texte de VLB paraît ici sur le blogue de notre cher camarade Christian Mistral. Chapeau bas VLB.

vendredi 16 août 2013

Réflexion sur les raisons de se tuer les uns les autres

L'être humain n'est pas fait pour tuer ou bien pour se trouer lui-même. On peut douter qu'il soit fait pour le bonheur. Pourtant, ce n'est pas une raison suffisante pour faire gicler le sang des uns et des autres.

Il n'y a d'ailleurs aucune raison au fait de se tuer les uns les autres.

Il se trouve malheureusement de vieilles momies ridées dans le monde pour envoyer au front de jeunes gens naïfs au teint encore rosé.

Ces jeunes gens auraient mieux fait de baiser plutôt que de mourir pour une idée qui n'a plus cours le lendemain, comme le chantait si bien l'impayable Brassens.

Il faut se méfier des raisons qui maquillent ces appels au meurtre. Il faut surtout combattre les logiques implacables des historiens du dimanche convertis en vulgaires relais de propagande totalitaire. Toutes les raisons sont bonnes pour étriper son voisin.

On a déjà vu ça chez les Montaigu et les Capulet. Roméo et Juliette avaient pleinement raison de s'aimer plutôt que de participer à cette vendetta pour bouchers amateurs.

-Votre histoire, crissez-vous là dans l'cul! Nous nous aimons! Aimez-vous les uns les autres bande d'hosties de tarlais! Fuck les Montaigu et les Capulet! Way to go Roméo! Pogne le flight Juliette! Libarté calice!

C'est ce qu'il me semble leur entendre nous dire, des coulisses d'un théâtre ou du soubassement d'une école.

Changez le monde, c'est aimer malgré le monde.

Que l'on nous traite de cave fleur bleue ou pacifiste à la menthe, on s'en fout.

Je m'en fous.

Enfin, je veux dire, je vous aime...




jeudi 15 août 2013

FREA53042813

Quand Armand était petit il n'était pas grand. On l'appelait Ti-Arme. Armand devint très grand dans la maturité. On se mit à l'appeler le Grand Armand. Puis il a perdu ses deux jambes dans un accident de voiture. Alors, on s'est mis à l'appeler par son numéro d'assurance-maladie, FREA53042813.

Aujourd'hui, Armand n'en mène pas bien plus large qu'hier.

Et demain Armand n'en mènera pas plus large qu'aujourd'hui.

Par contre, on n'enlèvera pas à Armand Frédette cette manie qu'il a de fumer des tas de cigarettes avec lesquelles il constitue d'énormes montagnes de mégots.

Un gros bonhomme récupère les mégots de temps à autre pour se rouler des cigarettes de seconde main.

Armand lui en donne des toutes faites s'il le voit.

S'il ne le voit pas, le gros bonhomme ne s'en porte pas plus mal avec tous ces beaux mégots tombés du ciel.

Comme quoi la roue tourne toujours, quoi que l'on fasse.

Aujourd'hui c'est aujourd'hui.

Demain c'est demain.

Et hier, eh bien, n'en parlons plus.


lundi 12 août 2013

Le concours de celui qui s'met le plus de guimauves dans 'a yeule



Il y a toutes sortes de concours pour les gens qui s'ennuient vraiment.

Du souque à la corde graissée en passant par la course à cloche-pied dans un sac de jute, tout est possible. L'imagination est souveraine en matière de défis. Il ne suffit parfois que de ne pas y penser pour qu'une idée sublime apparaisse.

Cette fois-là, les campeurs avaient décidé d'organiser un concours de circonstances. Ils en étaient tous à se faire rôtir des guimauves sur le feu quand soudain Pete Lelièvre, ce gros gras hilare, proposa à toute la bande d'y aller avec un nouveau défi. 

-On va organiser un concours hestie! On pourrait appeler ça le concours de celui qui s'met capable de mettre le plus de guimauves dans 'a yeule! lança le gros Pete, la barbe barbouillée de guimauve fondue.

-Ouin, rajouta Sandra, sa petite femme pas plus large qu'un barreau de chaise, pourquoi pas le concours de celui ou CELLE, hein? Y'a des FEMMES aussi qui pourraient participer...

-Quelle FEMME participerait à què'que chose d'aussi mongol, hein? rajouta le gros Pete, prenant cet air qu'il était évident qu'aucune femme ne participerait à cela.

-Ben moé m'en va's participer jériboire! poursuivit Sandra, au grand dam de Pete.

Ce qui fait que toute la bande est retournée au village pour acheter tout ce qu'il restait de guimauves.

Puis, de retour au terrain de camping, le gros Pete annonce l'ouverture du concours. Tout le monde met cinq dollars dans un chapeau et le gagnant ou la gagnante du concours, évidemment, remportera la cagnotte.

C'est Sandra qui commence. Elle se rentre une guimauve dans la bouche. Puis deux. Puis trois. Et elle prend de l'ambition. Cinq. Six. Dix. Douze. On ne voit presque plus ses yeux. Son visage prend l'expression du trompettiste Dizzy Gillepsie. Ses joues sont énormes et ses yeux tout petits, petits. Des larmes jaillissent de chaque côté de ses yeux. Son visage devient pourpre, puis bleue. 


-Oumphe! Oumphe! qu'elle se met à crier sourdement.
 
Sandra est en train de s'étouffer, cela semble évident.

Ce n'est pas le gros Pete qui s'en est rendu compte le premier. Il riait tellement qu'il ne voyait pas que sa femme était en train de mourir étouffée par son sacrament de concours d'avaleurs de guimauves.

Josiane, la fille qui travaille au casse-croûte en bas de la côte, est heureusement intervenue pour mettre fin au concours.

Elle varlopa le dos de Sandra de grosses taloches pour lui dégager les voies respiratoires. Sandra, qui était franchement méconnaissable, vomit une énorme boule de guimauve suivie de son souper et de son dîner précédents.

C'était dégueulasse.

Sandra a fini par récupérer au bout d'une demie heure.

Tout le monde s'est dit qu'on n'organiserait plus jamais de concours d'avalage de guimauves au chic Camping des Campeurs de Sainte-Blandine-des-Neiges.


mercredi 7 août 2013

Pourquoi le Je m'emmerde

Il convient de revenir une fois de plus sur ce thème qui m'obsède: le suremploi de la première personne du singulier dans la littérature contemporaine.

Je ne me pose pas en juge ni en censeur. Il y a tout un monde entre Une saison en enfer de Rimbaud et ces récits sans consistance. Des récits qui se perdent dans la bouillabaisse d'un je sans intérêt et d'autant plus narcissique.

Rimbaud avait du vécu. Il y avait de la poussière sous ses semelles. Ses «rinçures», comme il le dira plus tard de ses poésies de jeunesse dans son périple de marchand d'armes en Arabie, n'avaient pas à la base un je niais ou complaisant.

Le je rimbaldien est sublime.

Par contre, la surabondance du je sur Facebook me fait disjoncter. C'est du vide.

Et la littérature n'a pas à imiter le vide selon le culte que je lui porte.

***

Toute une littérature s'est bâtie sur le je au vingtième siècle et je ne prétends pas pouvoir y mettre un terme.

Ce je, en bout de ligne, mène à une impasse. Rien de grand ne sortira de ces mousses de nombrils.

C'en est assez de ce climat perpétuel de psychothérapie, d'estime de soi et autres fadaises de petits je tourmentés par des niaiseries.

On finit par avoir envie de trouver de l'os sous les chairs lasses et flasques des scribes tourmentés par leurs madeleines ou bien leurs amours malheureuses.

On finit par éprouver un grand besoin de sensualité qui ne peut être comblé qu'en délaissant cette littérature de collégien qui ne déconnecte pas de sa petite personne en voie de mollesse cérébrale.

Le plaisir des sens est mieux servi par Tchekhov et autres écrivains qui connaissent l'art de faire passer leur personnalité au second plan. Parler des autres, c'est aussi parler de soi, mais c'est moins emmerdant pour le lecteur. Ça lui laisse le loisir de rêver et de s'amuser. Bref de se divertir.

Oui, je l'avoue, la première personne du singulier m'emmerde en littérature. Il y a bien quelques exceptions, mais règle générale le je ne produit que des oeuvres soporifiques.





mardi 6 août 2013

Une histoire de surpêche à la barbote dans le secteur du Cap-de-la-Madeleine

Celle-là, vous ne la croirez jamais. D'aucuns d'entre vous se diront qu'il y anguille sous roche. Et vous aurez beau soulever n'importe quelle roche sur laquelle repose ce misérable texte que vous n'y trouverez rien, ni anguille, ni ver ou bactérie du précambrien. Rien vous dis-je. Parce qu'il arrive que les roches soient vraiment un milieu hostile à la vie quand... heu... bah mettons quand elles reposent sur un truc si toxique  que les barbotes ne voudraient pas y nager.

Et pourtant, c'est bien dans cette eau corrompue que Jos Quétaine avait coutume d'aller pêcher de la barbote, sans qu'il n'y ait anguille sous roche.

On le surnommait Jos Quétaine parce qu'on ne savait pas vraiment son nom et personne ne s'expliquait pourquoi on le désignait ainsi. Je suppose que c'était le lot de tout homme qui vivait dans le secteur de la papetière Waya-Gamache que de porter un surnom, histoire d'oublier que l'air était toujours empuanti par des odeurs de soufre et d'oeufs pourris, cadeau de la révolution industrielle. Pour dire vrai, les habitants du coin disaient que ça sentait fort la marde mais qu'avec le temps on s'habitue à tout, même à vivre dans la marde.

Jos Quétaine était un grand homme sans bédaine et un peu chauve. Il pêchait pratiquement dans la marde, à deux ou trois cents pieds d'un gros tuyau qui déversait toutes sortes de produits chimiques dans la rivière Tapiskwan Sipi. Comme il n'écoutait jamais la télé ou la radio ou les journaux, Jos Quétaine allait pêcher tous les jours de la barbote dans ce coin-là. Et il en attrapait tout le temps, vrai comme je vous le dis, parce que les barbotes ça vivrait même là où il n'y a pas anguille sous roche.

Et il t'en pêchait encore et encore de la barbote, tous les jours, tout le temps, depuis au moins vingt-huit ans, et même que c'était son seul repas, tous les jours, tout le temps, parce qu'il buvait tout son argent. Enfin, c'est ce qu'on se disait entre nous. Pourquoi un type mangerait-il de la barbote tous les jours, hein?

-J'aime ça d'la barbote, qu'il disait. J'en mange tout l'temps, tous 'es jours!

Un jour, Jos Quétaine est devenu fou. Fou comme de la marde. Il s'est mis à se promener avec un drôle de chapeau sur la tête en la personne d'une barbote éviscérée solidement attachée sur son occiput avec deux ou trois tours de masking tape.

Les médecins prétendirent qu'il s'était intoxiqué au mercure en mangeant trop de barbotes. Jos Quétaine acquiesça sans pour autant hésiter à leur demander un verre d'eau ou bien un verre de bière.

Ils lui refilèrent des pilules de toutes sortes de grosseur et le renvoyèrent dans une résidence pour personnes à capacités mentales réduites pour le restant de ses jours.

Heureusement que cette résidence était située à deux pas du lieu où Jos Quétaine a toujours pêché de la barbote.

Il fût donc loisible à Jos Quétaine, d'une certaine manière, de s'imaginer en train de pêcher de la barbote puisqu'il voyait bien son spot de pêche de la terrasse où on le tenait assis dans une chaise sous contentions.

On a retrouvé le nom de Jos Quétaine entre temps. Il s'appelle maintenant Monsieur Eugène-Lucques Salvat-Baratin.

Il y a encore plus de barbotes qu'autrefois puisque l'unique prédateur des lieux, Monsieur Salvat-Baratin, ne bouge plus que pour taquiner les préposés.

Comme un bonheur n'attend pas l'autre, il y a de la barbote au menu pour souper. Eugène-Lucques en a les yeux révulsés de plaisir et de contentement. Les journées ne sont pas toutes faciles. Mais quand la barbote se met de la partie, Jos Quétaine répond encore et toujours présent!