Concert-musical, c'est ce que voulait dire son nom, Kikinotatiwin, dans la langue de sa tribu, les Anishnabés.
On l'avait appelé Concert-musical parce qu'il chantait tout le temps, du matin au soir, et parfois même la nuit.
C'était un solide chamane, gros et grand, avec un beau bonnet de fourrure en peau de raton-laveur. Bon nageur et plus habile pêcheur que chasseur, il ne valait rien pour la guerre. Ses rêves lui interdisaient de tuer. Aussi tout un chacun le prenait pour un idiot et lui laissait le rôle de chamane à temps partiel.
La plupart du temps, dans cette tribu-là, on se foutait pas mal des chamanes. On vivait comme des arbres et on mourrait comme un vieux tronc, couvert de moisissures et de champignons. On se retirait pour mourir seul dans le mystère des forêts, comme un orignal. Rien de bien compliqué. Un vieux tronc. Un vieil orignal. Et pas trop de chamanes pour faire chier. On faisait semblant qu'on n'était jamais malade. Voilà tout.
L'été, lors du rassemblement de toutes les tribus sur le grand fleuve Magtogoek, Kikinotatiwin se donnait en spectacle devant toute la bande en chantant la mémoire de ses Ancêtres.
-Oh-ho! qu'il scandait, Kiki. Oh-hoooo! comme personne ne savait le faire.
Ce qui fait que le renom de Kikinotatiwin était bien établi. On le respectait pour ses «Oh-ho» bien ressentis. Et on se foutait qu'il préfère la paix à la guerre. C'était Kiki, quoi. Tout juste bon à faire des «Oh-ho» lors de la Fête du soleil. À se croire chamane parce qu'il connaît un peu mieux que les autres le secret des herbes, les mystères des forêts et les chants des Ancêtres.
Tout le monde souriait à l'évocation de son nom, Kikinotatiwin. Il était en quelque sorte le clown de sa communauté.
-Oh-hoooo! qu'on se disait pour l'imiter. Oh-hoooo!
Oua! Que l'on se fendait la gueule à se moquer du chamane Kiki. Quel imbécile ce Kiki! Oh-ho!
Jusqu'au jour où Kikinotatiwin attrapa la rage après s'être fait mordre par un raton-laveur.
Aussi stupide que cela puisse paraître, Kikinotatiwin en mourrut.
L'écume aux lèvres sur son lit de mort, il fût incapable de chanter ses «oh-ho» si caractéristiques.
Ce furent plutôt des «arg-gargeule!» qui sortirent de sa bouche.
Comme quoi même les chamanes sont mortels.
Ils pourrissent eux aussi comme des troncs d'arbre, un peu plus vite ou bien un peu moins. Cela dépend du raton-laveur.
D'ailleurs, plus personne ne se souvient de Kikinotatiwin.
Sinon votre humble serviteur, un gros et grand métis qui vit à deux pas du grand fleuve Magtogoek. Et qui n'est pas plus chamane qu'il n'est chameau. Et qui rentre par le trou des aiguilles sur un dix cents. Excusez-là. Oh-ho!
mercredi 29 décembre 2010
samedi 25 décembre 2010
Haïku de Noël
Du gras et du sucre dans le ventre
Pas encore d'alcool
Pas mal au ventre
Pas mal à la tête
M'en crisse de m'saouler
Ou de pas m'saouler
À Noël
Merci bonsoir
Pas encore d'alcool
Pas mal au ventre
Pas mal à la tête
M'en crisse de m'saouler
Ou de pas m'saouler
À Noël
Merci bonsoir
vendredi 24 décembre 2010
Lancement des Contes de Noël pas racontables
C'est pour vous remercier, vous autres, chers lecteurs et lectrices.
C'est disponible ici.
Joyeux Noël!
-30-
C'est disponible ici.
Joyeux Noël!
-30-
jeudi 23 décembre 2010
Abrégé de l'histoire romaine
J'ai lu l'Abrégé de l'histoire romaine de Eutrope, un type qui vivait vers la fin de l'empire romain et qui laissa pour Valens, l'empereur romain du temps, ce petit récit.
Ça se lit en un clin d'oeil. Tibère, Caligula et Néron figurent comme des déments en quelques lignes acides. Trajan, l'empereur romain d'origine espagnole, apparaît comme le plus grand des empereurs en deux paragraphes. Évidemment, ce n'est pas pour satisfaire la curiosité de l'historien. Mais c'est mieux que rien.
Je rêve d'un tel abrégé pour l'histoire de mon pays. Avec une présentation de ses premiers ministres qui les montreraient spontanément, en tant que personnes humaines aussi bien que pour leurs actions.
Ça donnerait, par exemple, John A. Macdonald, premier ministre alcoolique du Canada de 1867 à 1873, puis de 1878 à 1891. Il vomissait pendant ses discours à la Chambre des Communes quand il relevait de brosse. Il a été impliqué dans le scandale des pots de vin de la société ferroviaire Canadian Pacific Railway. Il a fait pendre le chef métis Louis Riel. Il avait l'air d'un paltoquet vaguement romantique. Il est mort à la fin de ses jours.
Et puis on passerait à un autre premier ministre, n'importe lequel, et tout aussi rapidement qu'Eutrope l'a fait pour décrire Caïus Caligula, Commode ou Héliogabale. Juste quelques lignes bien dessinées pour l'éducation de l'empereur. Juste ce qu'il lui faut retenir de l'histoire politique. D'une part des dégénérés qui coupent les têtes de tout un chacun et d'autre part des alcooliques qui pendent des métis. Entre ça, quelques rares sages par hasard. Jamais là où nous les attendons.
C'est la vie. La politique est sale parce que le monde est sale. Il faudrait changer le monde pour changer la politique. Je ne sais pas ce qu'en dirait mon vieil Eutrope. Mais déjà que je le nomme, quelques siècles après sa mort, ça devrait lui faire prendre conscience qu'il m'en doit une.
Ça se lit en un clin d'oeil. Tibère, Caligula et Néron figurent comme des déments en quelques lignes acides. Trajan, l'empereur romain d'origine espagnole, apparaît comme le plus grand des empereurs en deux paragraphes. Évidemment, ce n'est pas pour satisfaire la curiosité de l'historien. Mais c'est mieux que rien.
Je rêve d'un tel abrégé pour l'histoire de mon pays. Avec une présentation de ses premiers ministres qui les montreraient spontanément, en tant que personnes humaines aussi bien que pour leurs actions.
Ça donnerait, par exemple, John A. Macdonald, premier ministre alcoolique du Canada de 1867 à 1873, puis de 1878 à 1891. Il vomissait pendant ses discours à la Chambre des Communes quand il relevait de brosse. Il a été impliqué dans le scandale des pots de vin de la société ferroviaire Canadian Pacific Railway. Il a fait pendre le chef métis Louis Riel. Il avait l'air d'un paltoquet vaguement romantique. Il est mort à la fin de ses jours.
Et puis on passerait à un autre premier ministre, n'importe lequel, et tout aussi rapidement qu'Eutrope l'a fait pour décrire Caïus Caligula, Commode ou Héliogabale. Juste quelques lignes bien dessinées pour l'éducation de l'empereur. Juste ce qu'il lui faut retenir de l'histoire politique. D'une part des dégénérés qui coupent les têtes de tout un chacun et d'autre part des alcooliques qui pendent des métis. Entre ça, quelques rares sages par hasard. Jamais là où nous les attendons.
C'est la vie. La politique est sale parce que le monde est sale. Il faudrait changer le monde pour changer la politique. Je ne sais pas ce qu'en dirait mon vieil Eutrope. Mais déjà que je le nomme, quelques siècles après sa mort, ça devrait lui faire prendre conscience qu'il m'en doit une.
mercredi 22 décembre 2010
Un autre conte de Noël pas racontable
Ça se passait le 25 décembre, évidemment. En quelle année? Alors ça, je ne le sais plus. Je me souviens seulement qu'une neige fine était tombée pendant le réveillon. Cela conférait à ce matin de Noël un air de féérie. Ce décor urbain généralement fade et sans goût était magnifié par des tons de blanc et de bleu très très pâle.
Le soleil perçait au-dessus de la brume qui s'élevait de la voie maritime du fleuve Magtogoek (anciennement Saint-Laurent). La neige soulevée par la bise scintillait comme des tas de petits miroirs réfléchissant des tons de jaune pâle et d'orangé, que je crois propre à ma vision de daltonien. J'obtiens une note de 0 sur 16 pour le vert. Il me reste surtout les couleurs primaires: le bleu, le jaune et le rouge. Quand je décris les couleurs, je sais que ce sont pas celles que tout le monde voit. Par contre, je ne vous raconterai jamais un gazon vert. Ce qui fait que les contes de Noël sont à la pleine mesure de mon intelligence des couleurs.
Doncques, je déambulais sur les trottoirs qui n'étaient heureusement pas encore déneigés, ce qui permettait de me rendre compte que les piétons et les daltoniens se font rares le jour de Noël.
D'une digression à l'autre mon cerveau se concentrait sur le vide, encore que je sifflais probablement une chanson de Noël parce que je suis un gros con influençable.
Tout allait bien, c'était merveilleux et tout le saint-frusquin.
Mais voilà qu'un barbu avec une calotte de trucker m'aborde. C'est un bonhomme dans la cinquantaine qui ressemble à Capitaine Haddock comme je ressemble à Shrek avec des cheveux. Une légère dissemblance. Mettons que je suis plus beau que ça. Enfin, Capitaine Haddock me tombe dessus comme si l'on se connaissait depuis Adam et Ève.
-Tabarnak! qu'il me dit sans plus de préambule. Y'est sept heures et demie du matin pis v'là qu'mon propriétaire bûche dans 'es escaliers en face d'la f'nêtre de ma chambre pour m'réveiller saint-cibouère-de-calice! Check-lé bûcher dans 'es escaliers c'te vieux christ-là! Juste icitte, hostie, le jour de Noël saint-chrême!
Capitaine Haddock me pointe du doigt son proprio qui déglace rageusement ses escaliers avec une petite pelle de fer. Bing, bang, bang, le proprio bûche en saint-chrême, effectivement, pour un 25 de décembre.
-Sûr qu'i' l'fait exprès le vieux sacrament! Juste pour me faire chier! Après ça, i' vont dire que j'mets 'a musique trop fort chez-nous e'l'soir quand je r'viens d'ma tournée des bars... Ben qu'i' mangent d'la marde! Moé j'paye mon loyer pis j'veux du service pis du respect saint-christ-de-tabarnak! Do you feel like we dooooo? qu'il chante pour conclure.
Qu'est-ce que je lui ai répondu? Franchement, que répondriez-vous à un hostie de trèfle comme lui?
-Bon, ben, Joyeux Noël tout d'même, m'sieur! que j'ai dû lui dire.
-Ouin, ben, toé 'ssi. Moé, c'est Henri. Henri Grenon. J'suis un fan de Peter Frampton.
-Moé c'est Guétan. Guétan Bouchard...
-Ah oui? Le patineur de vitesse? Ha! Ha!
-Non, lui c'était Guétan Boucher.
-Ah. En tous 'es cas, bonne journée mon Guétan!
-Toé 'ssi Henri.
Henri a poursuivi son chemin et moi le mien.
Le proprio qui bûchait dans les marches de l'escalier me regarda de travers quand je suis passé devant lui. Il m'a fait une hostie d'face de pitbull et n'a pas répondu à mes salutations ni à mon joyeux Noël.
Je ne lui en ai pas voulu. À sa place j'aurai fait comme lui avec ce voisin désagréable qui se permettait de réveiller tout le monde au milieu de la nuit avec sa musique de brosseux. J'aurais déglacé l'escalier avec un pic à glace pour le sortir de sa torpeur, le tabarnak, quand y'a du monde qui travaille le matin, même le matin de Noël, et qui veulent dormir saint-étol-d'hostie!
Je sais, je sais. Il y a beaucoup trop de sacres dans tout ce que j'écris. Est-ce de ma faute si j'écris ce que j'entends? Je ne suis pas greffier, sacrament, mais écrivain. Et pas nécessairement le plus brillant de ma guilde.
Allez en paix, mes frères et soeurs. Et respectez vos voisins tabarnak. Peter Frampton tous les soirs, à trois heures du matin, ça n'a pas de calice de bon sens.
Le soleil perçait au-dessus de la brume qui s'élevait de la voie maritime du fleuve Magtogoek (anciennement Saint-Laurent). La neige soulevée par la bise scintillait comme des tas de petits miroirs réfléchissant des tons de jaune pâle et d'orangé, que je crois propre à ma vision de daltonien. J'obtiens une note de 0 sur 16 pour le vert. Il me reste surtout les couleurs primaires: le bleu, le jaune et le rouge. Quand je décris les couleurs, je sais que ce sont pas celles que tout le monde voit. Par contre, je ne vous raconterai jamais un gazon vert. Ce qui fait que les contes de Noël sont à la pleine mesure de mon intelligence des couleurs.
Doncques, je déambulais sur les trottoirs qui n'étaient heureusement pas encore déneigés, ce qui permettait de me rendre compte que les piétons et les daltoniens se font rares le jour de Noël.
D'une digression à l'autre mon cerveau se concentrait sur le vide, encore que je sifflais probablement une chanson de Noël parce que je suis un gros con influençable.
Tout allait bien, c'était merveilleux et tout le saint-frusquin.
Mais voilà qu'un barbu avec une calotte de trucker m'aborde. C'est un bonhomme dans la cinquantaine qui ressemble à Capitaine Haddock comme je ressemble à Shrek avec des cheveux. Une légère dissemblance. Mettons que je suis plus beau que ça. Enfin, Capitaine Haddock me tombe dessus comme si l'on se connaissait depuis Adam et Ève.
-Tabarnak! qu'il me dit sans plus de préambule. Y'est sept heures et demie du matin pis v'là qu'mon propriétaire bûche dans 'es escaliers en face d'la f'nêtre de ma chambre pour m'réveiller saint-cibouère-de-calice! Check-lé bûcher dans 'es escaliers c'te vieux christ-là! Juste icitte, hostie, le jour de Noël saint-chrême!
Capitaine Haddock me pointe du doigt son proprio qui déglace rageusement ses escaliers avec une petite pelle de fer. Bing, bang, bang, le proprio bûche en saint-chrême, effectivement, pour un 25 de décembre.
-Sûr qu'i' l'fait exprès le vieux sacrament! Juste pour me faire chier! Après ça, i' vont dire que j'mets 'a musique trop fort chez-nous e'l'soir quand je r'viens d'ma tournée des bars... Ben qu'i' mangent d'la marde! Moé j'paye mon loyer pis j'veux du service pis du respect saint-christ-de-tabarnak! Do you feel like we dooooo? qu'il chante pour conclure.
Qu'est-ce que je lui ai répondu? Franchement, que répondriez-vous à un hostie de trèfle comme lui?
-Bon, ben, Joyeux Noël tout d'même, m'sieur! que j'ai dû lui dire.
-Ouin, ben, toé 'ssi. Moé, c'est Henri. Henri Grenon. J'suis un fan de Peter Frampton.
-Moé c'est Guétan. Guétan Bouchard...
-Ah oui? Le patineur de vitesse? Ha! Ha!
-Non, lui c'était Guétan Boucher.
-Ah. En tous 'es cas, bonne journée mon Guétan!
-Toé 'ssi Henri.
Henri a poursuivi son chemin et moi le mien.
Le proprio qui bûchait dans les marches de l'escalier me regarda de travers quand je suis passé devant lui. Il m'a fait une hostie d'face de pitbull et n'a pas répondu à mes salutations ni à mon joyeux Noël.
Je ne lui en ai pas voulu. À sa place j'aurai fait comme lui avec ce voisin désagréable qui se permettait de réveiller tout le monde au milieu de la nuit avec sa musique de brosseux. J'aurais déglacé l'escalier avec un pic à glace pour le sortir de sa torpeur, le tabarnak, quand y'a du monde qui travaille le matin, même le matin de Noël, et qui veulent dormir saint-étol-d'hostie!
Je sais, je sais. Il y a beaucoup trop de sacres dans tout ce que j'écris. Est-ce de ma faute si j'écris ce que j'entends? Je ne suis pas greffier, sacrament, mais écrivain. Et pas nécessairement le plus brillant de ma guilde.
Allez en paix, mes frères et soeurs. Et respectez vos voisins tabarnak. Peter Frampton tous les soirs, à trois heures du matin, ça n'a pas de calice de bon sens.
mardi 21 décembre 2010
Pour tous ceux et celles qui ne croient pas au Père Noël
Vous avez vu la gueule du Père Noël? C'est l'un des avatars de Zeus, Jupiter et Sérapis. Père Noël qui fait revivre le paganisme et oublier Jésus. À quoi bon la crèche, le boeuf et l'âne? Le peuple a choisi Père Noël comme de tout temps il a choisi le dieu barbu. Même Michel-Ange ne fit rien d'autre que de peindre le Père Noël quand il vint pour représenter Dieu dans la fameuse chapelle Sixtine. Il a peint Zeus peut-être sans le savoir. Ce qui fait que le christianisme est disparu autour de 2012 pour ceux qui ont eu accès aux Livres.
Quoi qu'il en soit Père Noël était là pour rester. Ce sont plutôt ceux et celles qui ne croient pas en lui qui devaient fatalement partir. Des temples à Père Noël s'élevèrent partout dans le monde, de Toronto jusqu'à Alexandrie. Un nouveau culte rappelant celui des grecs et des romains prit forme. Ce fût le retour de Zeus-Jupiter-Sérapis sous la figure de Père Noël. On le célébrait quatre fois l'an, aux changements de saison. Et tout devait passer par Lui ou ses Lutins. Toute forme d'incrédulité face à Père Noël était pourchassée par les Lutins, bien entendu. Les coupables passaient de mauvais quarts d'heure et on leur confiait des travaux dégueulasses avec la chaine et le boulet aux pieds.
J'écris ces mots en l'an de grâce 2154 de l'ère noëllienne. Peu de gens savent qui est Jésus, Zeus, Jupiter et Sérapis. Sinon ceux qui ont lu les Livres, comme moi et si peu d'autres, puisque plus personne n'a réellement besoin de savoir lire avec les nouvelles technologies télépathiques. Très peu réussissent à s'ériger des barrières psychologiques suffisamment fortes pour résister aux pressions des Lutins du Père Noël, jeunes miliciens élevés très tôt à vouer un culte à Père Noël et à le servir dans ces sales besognes.
Pour me prémunir des Lutins, je lis autant que faire se peut les Livres que Père Noël refuse de nous faire lire, sachant trop bien qu'on y découvrirait toute l'absurdité de ce mythe, corollaire d'une révolution qui mettrait fin à son régime despotique et redonnerait la parole au peuple.
Nous sommes trop peu à ne pas croire en Père Noël et ses serviles Lutins. Nous nous réunissons dans les catacombes de cette culture grotesque tous les vingt-cinq décembre pour nous recueillir dans le silence, histoire de trouver la force et la détermination pour mettre fin au mythe de Père Noël.
Non, le Père Noël n'existe pas!
Vive la liberté de penser!
Vive la liberté de ne pas croire!
S'ils découvrent ça, je suis cuit. Lisez vite ce billet et détruisez-le. Je ne veux pas finir dans un camp du Royaume du Père Noël, dans le Nord du l'ancien Canada ou bien en Nouvelle-Sibérie. Je grelotte. J'ai trop froid aux doigts. Etc.
Quoi qu'il en soit Père Noël était là pour rester. Ce sont plutôt ceux et celles qui ne croient pas en lui qui devaient fatalement partir. Des temples à Père Noël s'élevèrent partout dans le monde, de Toronto jusqu'à Alexandrie. Un nouveau culte rappelant celui des grecs et des romains prit forme. Ce fût le retour de Zeus-Jupiter-Sérapis sous la figure de Père Noël. On le célébrait quatre fois l'an, aux changements de saison. Et tout devait passer par Lui ou ses Lutins. Toute forme d'incrédulité face à Père Noël était pourchassée par les Lutins, bien entendu. Les coupables passaient de mauvais quarts d'heure et on leur confiait des travaux dégueulasses avec la chaine et le boulet aux pieds.
J'écris ces mots en l'an de grâce 2154 de l'ère noëllienne. Peu de gens savent qui est Jésus, Zeus, Jupiter et Sérapis. Sinon ceux qui ont lu les Livres, comme moi et si peu d'autres, puisque plus personne n'a réellement besoin de savoir lire avec les nouvelles technologies télépathiques. Très peu réussissent à s'ériger des barrières psychologiques suffisamment fortes pour résister aux pressions des Lutins du Père Noël, jeunes miliciens élevés très tôt à vouer un culte à Père Noël et à le servir dans ces sales besognes.
Pour me prémunir des Lutins, je lis autant que faire se peut les Livres que Père Noël refuse de nous faire lire, sachant trop bien qu'on y découvrirait toute l'absurdité de ce mythe, corollaire d'une révolution qui mettrait fin à son régime despotique et redonnerait la parole au peuple.
Nous sommes trop peu à ne pas croire en Père Noël et ses serviles Lutins. Nous nous réunissons dans les catacombes de cette culture grotesque tous les vingt-cinq décembre pour nous recueillir dans le silence, histoire de trouver la force et la détermination pour mettre fin au mythe de Père Noël.
Non, le Père Noël n'existe pas!
Vive la liberté de penser!
Vive la liberté de ne pas croire!
S'ils découvrent ça, je suis cuit. Lisez vite ce billet et détruisez-le. Je ne veux pas finir dans un camp du Royaume du Père Noël, dans le Nord du l'ancien Canada ou bien en Nouvelle-Sibérie. Je grelotte. J'ai trop froid aux doigts. Etc.
dimanche 19 décembre 2010
Le libraire
Je n'avais encore jamais lu Le libraire de Gérard Bessette. J'en éprouve un sentiment de honte, mais d'une honte presque feinte puisque je suis toujours très prompt à me pardonner. Si l'on puit pardonner à Dieu, pourquoi pas à une faible créature devant la Création et ses récréations, hein?
Comme n'importe quel honteux, je vais vous débiter sans vergogne des tas d'excuses pour me disculper de n'avoir jamais lu Le libraire. D'abord, tout le monde a lu Le libraire au Québec. C'est la lecture obligatoire la plus populaire, juste devant 1984 de George Orwell, L'Étranger de Albert Camus et la petite compilation de la poésie québécoise de Machin-Truc. Bon, juste d'écrire Machin-Truc témoigne en ma défaveur d'une certaine ironie face à la littérature québécoise, ironie que je ne m'explique pas et que je justifie du fait que Ludwig von Beethoven ne retirait jamais son chapeau devant l'empereur et qu'il passait devant lui en sifflant La Marseillaise... Bon, c'est lourd comme explication, mais ça vous dit que le patriotisme je l'ai de travers dans l'cul, surtout le patriotisme littéraire. L'art n'a pas de patrie.
C'est pourquoi Le libraire est un hostie de bon récit. C'est clair et limpide. On n'y sent pas cette atmosphère dégueu de salut au drapeau. Hervé Jodoin est un stoïcien dans l'âme qui déniche un boulot de commis dans une librairie québécoise, du temps où le clergé avait la main basse sur tout ce qui se disait, se pensait ou s'écrivait.
Le libraire Chicoine, son patron, est un peureux qui se croit grand parce qu'il vend au noir des livres interdits, dont L'essai sur les moeurs de Voltaire. Jodoin, en tant que commis, doit participer à la vente de ces livres que le clergé taxe d'infamie. Nous sommes dans un petit village, Saint-Joachin, et le libraire pourrait perdre toute sa clientèle si les vipères du clergé apprenaient ça.
Jodoin agit comme s'il se sentait au-dessus de tout ça, au-dessus même de son travail, comme si tout autour de lui le faisait bayer aux corneilles. Et c'est ce que je trouve d'admirable à ce petit roman, son existentialisme bien ressenti, avec ce détachement très rive gauche qui prouve que l'on pensait ici, même sous Duplessis.
Ces tabarnaks-là n'écoeurent plus personne de nos jours. Clergé, Duplessis, niaiseux: out! On peut lire ce que l'on veut ou presque. Les caves parlent tout seul et ravalent leur bave.
Le libraire a été publié en France en 1960. Personne ne voulait publier ça ici. Comme quoi le patriotisme littéraire c'est vraiment de l'hostie de grosse marde.
Comme n'importe quel honteux, je vais vous débiter sans vergogne des tas d'excuses pour me disculper de n'avoir jamais lu Le libraire. D'abord, tout le monde a lu Le libraire au Québec. C'est la lecture obligatoire la plus populaire, juste devant 1984 de George Orwell, L'Étranger de Albert Camus et la petite compilation de la poésie québécoise de Machin-Truc. Bon, juste d'écrire Machin-Truc témoigne en ma défaveur d'une certaine ironie face à la littérature québécoise, ironie que je ne m'explique pas et que je justifie du fait que Ludwig von Beethoven ne retirait jamais son chapeau devant l'empereur et qu'il passait devant lui en sifflant La Marseillaise... Bon, c'est lourd comme explication, mais ça vous dit que le patriotisme je l'ai de travers dans l'cul, surtout le patriotisme littéraire. L'art n'a pas de patrie.
C'est pourquoi Le libraire est un hostie de bon récit. C'est clair et limpide. On n'y sent pas cette atmosphère dégueu de salut au drapeau. Hervé Jodoin est un stoïcien dans l'âme qui déniche un boulot de commis dans une librairie québécoise, du temps où le clergé avait la main basse sur tout ce qui se disait, se pensait ou s'écrivait.
Le libraire Chicoine, son patron, est un peureux qui se croit grand parce qu'il vend au noir des livres interdits, dont L'essai sur les moeurs de Voltaire. Jodoin, en tant que commis, doit participer à la vente de ces livres que le clergé taxe d'infamie. Nous sommes dans un petit village, Saint-Joachin, et le libraire pourrait perdre toute sa clientèle si les vipères du clergé apprenaient ça.
Jodoin agit comme s'il se sentait au-dessus de tout ça, au-dessus même de son travail, comme si tout autour de lui le faisait bayer aux corneilles. Et c'est ce que je trouve d'admirable à ce petit roman, son existentialisme bien ressenti, avec ce détachement très rive gauche qui prouve que l'on pensait ici, même sous Duplessis.
Ces tabarnaks-là n'écoeurent plus personne de nos jours. Clergé, Duplessis, niaiseux: out! On peut lire ce que l'on veut ou presque. Les caves parlent tout seul et ravalent leur bave.
Le libraire a été publié en France en 1960. Personne ne voulait publier ça ici. Comme quoi le patriotisme littéraire c'est vraiment de l'hostie de grosse marde.
vendredi 17 décembre 2010
En prison avec le célèbre Murine
Murine était un braqueur de banque qui fit rapidement figure de héros parmi les desperados. On a même produit un film vantant ses exploits, essentiellement constitués de vols de banque, d'évasions de prison et, il faut bien le dire, de meurtres prémédités.
Djosse est plutôt un vieux Jesus freak qui ne ferait plus de mal à une mouche. Sa folie a fait son temps. Et il entend se consacrer aux autres pour ce qu’il lui reste à vivre, sans faire de vagues, bien peinard et toujours seul dans son coin.
Djosse est un gaillard de taille moyenne et d’âge d’or. Ses cheveux sont jaune paille et clairsemés. Ses dents sont un peu croches.
Il n’a pas toujours été un ange, Djosse, mais personne ne l’était vraiment dans son quartier, sinon Benoît Bouboule Bournival, un gars qui ne faisait que lire des livres toute la journée et qui ne jouait jamais avec personne.
Djosse a grandi avec une barre à clous et une poche de hockey comme d’autres grandissent avec un compte en banque bien garni et des châteaux en Espagne.
Il s’est donc retrouvé en prison avec nul autre que le célèbre Murine. C’était en 1970, une époque relativement fuckée de l’histoire du Québec, où l’on se faisait des nuits de la poésie et toutes sortes d’hosties d’shows.
Murine n’était pas plus poète qu’un autre mais il voyait bien que l’époque était faite pour les forts en gueule. C’est ainsi qu’il avait promis au juge qu’il s’évaderait de prison lors de son procès.
-J’vais m’évader pauvre con! qu’il lui avait dit en crachant sa glaire dans sa direction.
Djosse nous a raconté cet épisode de sa vie ce matin, au bar Chez Gaston, avec toute la verve qui sied au narrateur d’un récit mettant en scène une grande vedette du crime.
-J’étais en prison en même temps que Murine sacrament! qu’il nous a dit en s’agrandissant les yeux. Y’avait remarqué que les gars dans ‘a tour de garde y’était pas là le lundi parce qu’i' r’levaient d’leu' brosse d’la fin d’semaine. Murine avait d’mandé aux gars d’sa wing de l’aider à s’évader en leu’ promettant qu’i’ r’viendrait pour les aider à s’évader… Ben cibouère! V’ là qu’c’est un lundi. J’su’s dans ‘a cour d’la prison, assis sur une table à pique-nique. Pis qui que j’voés? Murine en personne. Y’est en train de faire un trou dans la clôture avec des instruments qu’i’ se sont patentés, lui pis sa gang. La gang s’évade toé chose pis moé, ben, j’reste là… I’ m’restait juste six mois à purger pis ça m’tentait pas d’me faire rajouter deux ans d’plus…
-Y’est-tu r’venu délivrer les gars? questionna Brutos, le facteur, tout en demandant à la serveuse de rajouter du brandy dans son café pour son cardio.
-Ben oui, répondit Djosse. Deux mois plus tard, Murine est r’venu délivrer les gars comme il l’avait promis. Y’est arrivé avec un gros pick-up pis des gars avec des machine guns. Y’a garroché des grenades sur le mur pis i’ s’est faufilé dans l’trou faitte par l’explosion avec son pick-up… J’étais encore assis dans ‘a cour cette fois-là, sur la même calice de table à pique-nique. Boum! Hostie! Pis Murine qui entre dans ‘a cour avec sa machine gun pis qui vise la tour… Takatakatak! Comme dans les films, maudit hostie! Une autre évasion pour Murine! Cibouère!
Sur ce sacre bien senti, Djosse remet sa tuque et salue sa compagnie.
-Salut la compagnie! qu'il nous dit en crissant son camp.
Raoul, un gars qui connaît bien Djosse et qui a lui aussi fait du temps, nous rapporte par la suite que tout est vrai, sauf le bout de l’histoire où Murine fait feu sur le beffroi avec sa mitraillette.
-C’est pas la même version qu’hier… Ce boutte-là Djosse l’a rajouté ce matin. Y'a dû pogner ça dans l'film...
Peut-être que Djosse beurre épais, mais vrai comme je l’écris, ce gars-là était en prison en même temps que Murine et c’est tout ce qu’il nous faut savoir.
Murine qui est d’ailleurs six pieds sous terre. Parce qu’on ne fait pas longue carrière avec une mitraillette dans le quartier des affaires. Djosse est encore en vie, lui, parce qu'il aime son prochain autant que lui-même. Comme quoi la réinsertion sociale n'est pas nécessairement un mythe, même si ce n'est pas avec un tel sujet qu'on fera un grand film d'action.
Djosse est plutôt un vieux Jesus freak qui ne ferait plus de mal à une mouche. Sa folie a fait son temps. Et il entend se consacrer aux autres pour ce qu’il lui reste à vivre, sans faire de vagues, bien peinard et toujours seul dans son coin.
Djosse est un gaillard de taille moyenne et d’âge d’or. Ses cheveux sont jaune paille et clairsemés. Ses dents sont un peu croches.
Il n’a pas toujours été un ange, Djosse, mais personne ne l’était vraiment dans son quartier, sinon Benoît Bouboule Bournival, un gars qui ne faisait que lire des livres toute la journée et qui ne jouait jamais avec personne.
Djosse a grandi avec une barre à clous et une poche de hockey comme d’autres grandissent avec un compte en banque bien garni et des châteaux en Espagne.
Il s’est donc retrouvé en prison avec nul autre que le célèbre Murine. C’était en 1970, une époque relativement fuckée de l’histoire du Québec, où l’on se faisait des nuits de la poésie et toutes sortes d’hosties d’shows.
Murine n’était pas plus poète qu’un autre mais il voyait bien que l’époque était faite pour les forts en gueule. C’est ainsi qu’il avait promis au juge qu’il s’évaderait de prison lors de son procès.
-J’vais m’évader pauvre con! qu’il lui avait dit en crachant sa glaire dans sa direction.
Djosse nous a raconté cet épisode de sa vie ce matin, au bar Chez Gaston, avec toute la verve qui sied au narrateur d’un récit mettant en scène une grande vedette du crime.
-J’étais en prison en même temps que Murine sacrament! qu’il nous a dit en s’agrandissant les yeux. Y’avait remarqué que les gars dans ‘a tour de garde y’était pas là le lundi parce qu’i' r’levaient d’leu' brosse d’la fin d’semaine. Murine avait d’mandé aux gars d’sa wing de l’aider à s’évader en leu’ promettant qu’i’ r’viendrait pour les aider à s’évader… Ben cibouère! V’ là qu’c’est un lundi. J’su’s dans ‘a cour d’la prison, assis sur une table à pique-nique. Pis qui que j’voés? Murine en personne. Y’est en train de faire un trou dans la clôture avec des instruments qu’i’ se sont patentés, lui pis sa gang. La gang s’évade toé chose pis moé, ben, j’reste là… I’ m’restait juste six mois à purger pis ça m’tentait pas d’me faire rajouter deux ans d’plus…
-Y’est-tu r’venu délivrer les gars? questionna Brutos, le facteur, tout en demandant à la serveuse de rajouter du brandy dans son café pour son cardio.
-Ben oui, répondit Djosse. Deux mois plus tard, Murine est r’venu délivrer les gars comme il l’avait promis. Y’est arrivé avec un gros pick-up pis des gars avec des machine guns. Y’a garroché des grenades sur le mur pis i’ s’est faufilé dans l’trou faitte par l’explosion avec son pick-up… J’étais encore assis dans ‘a cour cette fois-là, sur la même calice de table à pique-nique. Boum! Hostie! Pis Murine qui entre dans ‘a cour avec sa machine gun pis qui vise la tour… Takatakatak! Comme dans les films, maudit hostie! Une autre évasion pour Murine! Cibouère!
Sur ce sacre bien senti, Djosse remet sa tuque et salue sa compagnie.
-Salut la compagnie! qu'il nous dit en crissant son camp.
Raoul, un gars qui connaît bien Djosse et qui a lui aussi fait du temps, nous rapporte par la suite que tout est vrai, sauf le bout de l’histoire où Murine fait feu sur le beffroi avec sa mitraillette.
-C’est pas la même version qu’hier… Ce boutte-là Djosse l’a rajouté ce matin. Y'a dû pogner ça dans l'film...
Peut-être que Djosse beurre épais, mais vrai comme je l’écris, ce gars-là était en prison en même temps que Murine et c’est tout ce qu’il nous faut savoir.
Murine qui est d’ailleurs six pieds sous terre. Parce qu’on ne fait pas longue carrière avec une mitraillette dans le quartier des affaires. Djosse est encore en vie, lui, parce qu'il aime son prochain autant que lui-même. Comme quoi la réinsertion sociale n'est pas nécessairement un mythe, même si ce n'est pas avec un tel sujet qu'on fera un grand film d'action.
mardi 14 décembre 2010
Tant qu'il se portera des pancartes dans les rues
Sous le régime français, il n'y avait pas de démocratie. C'est apparu après la Conquête, sous le régime anglais. Et encore qu'au début seuls les propriétaires et les locataires masculins à hauts revenus pouvaient voter.
Le statut d'électeur s'est progressivement étendu à tous, puis à toutes.
1899 pour le vote des locataires aux élections municipales. 1942 pour le vote des femmes au Québec. Nous sommes partis du gouvernement d'un seul pour aboutir à une démocratie plus participative.
Il reste encore beaucoup à faire. La démocratie porte ses maladies et ses remèdes. Elle peut servir la tyrannie comme elle peut y mettre fin.
Certains politiciens d'un autre âge croit que la démocratie s'assimile à un chèque en blanc pour quatre ans. Ils agissent comme des empereurs romains, offrant au peuple des jeux plutôt que de la justice, de l'écoute et de la probité. Ces politiciens sont le cancer de la démocratie. Lorsqu'ils apparaissent, la machine à gober des sous s'emballe. Ces pharaons rêvent d'arcs de triomphe, d'amphithéâtres et de pyramides de gypse. Ils voient grand pour que cette grandeur serve leur intérêt plutôt que de servir celui de tous les concitoyens, peu importe leur allégeance politique.
La démocratie est encore fragile au Québec. Pourtant, l'histoire nous démontre qu'elle a fait de grands pas. La sagesse nous porte à croire qu'elle en fera d'autres. Les femmes peuvent voter et les locataires aussi.
Les citoyens ont le pouvoir d'influencer le cours des choses non seulement en tant qu'électeurs, mais en tant que membre de la communauté à part entière, ni plus haut ni plus bas que le maire, ex aequo.
La démocratie se construit à tous les jours avec chaque membre de la communauté.
Rien ni personne ne pourra l'arrêter tant qu'il se portera des pancartes dans les rues.
Le statut d'électeur s'est progressivement étendu à tous, puis à toutes.
1899 pour le vote des locataires aux élections municipales. 1942 pour le vote des femmes au Québec. Nous sommes partis du gouvernement d'un seul pour aboutir à une démocratie plus participative.
Il reste encore beaucoup à faire. La démocratie porte ses maladies et ses remèdes. Elle peut servir la tyrannie comme elle peut y mettre fin.
Certains politiciens d'un autre âge croit que la démocratie s'assimile à un chèque en blanc pour quatre ans. Ils agissent comme des empereurs romains, offrant au peuple des jeux plutôt que de la justice, de l'écoute et de la probité. Ces politiciens sont le cancer de la démocratie. Lorsqu'ils apparaissent, la machine à gober des sous s'emballe. Ces pharaons rêvent d'arcs de triomphe, d'amphithéâtres et de pyramides de gypse. Ils voient grand pour que cette grandeur serve leur intérêt plutôt que de servir celui de tous les concitoyens, peu importe leur allégeance politique.
La démocratie est encore fragile au Québec. Pourtant, l'histoire nous démontre qu'elle a fait de grands pas. La sagesse nous porte à croire qu'elle en fera d'autres. Les femmes peuvent voter et les locataires aussi.
Les citoyens ont le pouvoir d'influencer le cours des choses non seulement en tant qu'électeurs, mais en tant que membre de la communauté à part entière, ni plus haut ni plus bas que le maire, ex aequo.
La démocratie se construit à tous les jours avec chaque membre de la communauté.
Rien ni personne ne pourra l'arrêter tant qu'il se portera des pancartes dans les rues.
lundi 13 décembre 2010
Écrire en français avec un accent
J'étais écrasé dans mon fauteuil, hier au soir, autant fourbu qu'assoupi. De la neige mouillante, comme on dit par chez-nous, ce n'est pas comme du duvet dans le creux d'une pelle. Cela prend un peu plus d'huile de coude pour soulever tout ça afin que les moteurs à quatre chevaux circulent sans efforts...
Il y avait à la télé de Radio-Canada les meilleurs moments de Tout le monde en parle, un divertissement léger qui se situe souvent à la limite du badinage. Il y a parfois des éclairs de génie à cette émission, comme n'importe où dans la vraie vie. Il faut seulement tendre ses antennes ou bien se promener avec sa lanterne dans les rues de la cité, à la recherche de quelques traits d'esprit précieux parce que rarissimes.
J'ai été stupéfait par les propos d'un écrivain congolais dont le nom m'a complètement échappé. Laurent Mbogn'o? Laurent Makasso? Laurent Mbwana? Hum... J'y reviendrai quand je n'aurai plus cette lâcheté de délaisser Google pour effectuer cette recherche facile mais hasardeuse.
Je vais plutôt coller à ses propos. L'écrivain congolais prétend écrire avec un accent, celui des siens, au Congo.
-Nous avons été colonisés par la France. C'est à notre tour de coloniser la langue française en l'écrivant avec notre accent! disait-il substantiellement.
Et il avait crissement raison, ce tabarnak.
Nos plus grands écrivains québécois ont écrit avec un accent. Enlevons cet accent et il n'y a plus de littérature, rien que de la pose ou bien de l'imitation.
Émile Nelligan a imité Nerval, Lamartine, Verlaine et Rimbaud. Son oeuvre est plate parce qu'on y cherche l'accent sans le trouver. C'est presque du copier-coller.
Michel Tremblay n'a imité personne. Il a écrit avec son accent. Avec ses tripes. Et son propos est universel. Traduit en plusieurs langues. Et sans doute plus apprécié dans le monde entier que les vers collégiens de Nelligan.
Écrire en français avec un accent québécois... C'est la clé pour faire de la grande littérature au Québec. Autrement, ce ne sera toujours que de l'imitation, de la pose, de la théorie ou, pire encore, que des leçons de grammaire.
Les écrivains québécois et congolais peuvent fièrement coloniser la langue française et la doter de paroles vivantes pour qu'elle n'ait pas l'air d'un bloc de marbre à la Chateaubriand.
Oui tabarnak, on peut écrire comme l'on parle.
Il y avait à la télé de Radio-Canada les meilleurs moments de Tout le monde en parle, un divertissement léger qui se situe souvent à la limite du badinage. Il y a parfois des éclairs de génie à cette émission, comme n'importe où dans la vraie vie. Il faut seulement tendre ses antennes ou bien se promener avec sa lanterne dans les rues de la cité, à la recherche de quelques traits d'esprit précieux parce que rarissimes.
J'ai été stupéfait par les propos d'un écrivain congolais dont le nom m'a complètement échappé. Laurent Mbogn'o? Laurent Makasso? Laurent Mbwana? Hum... J'y reviendrai quand je n'aurai plus cette lâcheté de délaisser Google pour effectuer cette recherche facile mais hasardeuse.
Je vais plutôt coller à ses propos. L'écrivain congolais prétend écrire avec un accent, celui des siens, au Congo.
-Nous avons été colonisés par la France. C'est à notre tour de coloniser la langue française en l'écrivant avec notre accent! disait-il substantiellement.
Et il avait crissement raison, ce tabarnak.
Nos plus grands écrivains québécois ont écrit avec un accent. Enlevons cet accent et il n'y a plus de littérature, rien que de la pose ou bien de l'imitation.
Émile Nelligan a imité Nerval, Lamartine, Verlaine et Rimbaud. Son oeuvre est plate parce qu'on y cherche l'accent sans le trouver. C'est presque du copier-coller.
Michel Tremblay n'a imité personne. Il a écrit avec son accent. Avec ses tripes. Et son propos est universel. Traduit en plusieurs langues. Et sans doute plus apprécié dans le monde entier que les vers collégiens de Nelligan.
Écrire en français avec un accent québécois... C'est la clé pour faire de la grande littérature au Québec. Autrement, ce ne sera toujours que de l'imitation, de la pose, de la théorie ou, pire encore, que des leçons de grammaire.
Les écrivains québécois et congolais peuvent fièrement coloniser la langue française et la doter de paroles vivantes pour qu'elle n'ait pas l'air d'un bloc de marbre à la Chateaubriand.
Oui tabarnak, on peut écrire comme l'on parle.
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