lundi 21 juillet 2008

UN EX DES MONKEES AUX FÊTES DU 400e DE BEURK CITÉ


Cela se passe en Absurdistan. Pour les Fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Beurk Cité, on a décidé de faire connaître Beurk aux yeux du monde. Aussi, on a invité une vedette internationale, Micky Dolenz, de l'ancien groupe The Monkees.

On s'arrache les billets, bien sûr, puisqu'il ne se passe jamais rien en Absurdistan. Deux cent milles personnes sont là pour Micky Dolenz. «We love you Micky!» peut-on lire sur les pancartes des fans provenant de tous les trous pourris d'Absurdistan. Certains sont déguisés en Monkees. D'autres cherchent les toilettes chimiques. Bref, c'est le show de l'année. Il ne manquerait plus que Céline Dion soit là et ce serait la cerise sur le yaourt.

La presse internationale a bien sûr franchement rigolé de la sortie publique de quelques fanatiques ultranationalistes qui se font passer pour des gens de culture. «Micky Dolenz représente l'impérialisme américain! On veut pas des Monkees en Absurdistan! Surtout pour les Fêtes du 400e de notre ville sainte et bien-aimée!»

Des crisses de fous. Tout le pays et même le monde entier rient d'eux. Même que la Grande Cheffe doit rabrouer ses fanatiques pour sauver la face, ou la cause. «Nous aimons Micky Dolenz» déclare-t-elle. «Ceux qui le détestent le font en leur nom personnel et n'impliquent aucunement le Parti Absurdistanais.»

Pour protester contre la venue de Micky Dolenz, les députés-qui-le-font-en-leur-nom-personnel signent des pétitions et chantent des chansons à répondre absurdistanaises dans les rues de Beurk Cité, tout en déchirant leur chemise et en s'arrachant les cheveux.

-Honte à toi, Beurk Cité, qui n'entend plus la voix de tes ancêtres! hurlent-ils.

-Fermez-là! réplique la foule à ces trois pelés et deux tondus. On est ici pour entendre The Monkees!!! We love you Micky!!!

Le spectacle commence.

«Bonsouare les Absurdistanais! Bonsouare toute la gang!» déclare tout de go Micky Dolenz.

La foule explose de joie.

Micky entonne I'm a Believer.

Les nationalistes prennent leur trou.

La musique et la culture ont gagné sur la politique, une fois de plus.

Les fanatiques s'en retournent penauds, en chantant une chanson triste:

Enwèye enwèye la p'tite p'tite p'tite
Enwèye enwèye la p'tite jument

Leur drapeau claque au vent. On sent le désespoir des grands lendemains qui déchantent. Le chef de la meute leur dit: êtes-vous en train de me dire «à la prochaine fois?»

Enwèye enwèye la p'tite p'tite p'tite
Enwèye enwèye la p'tite jument...

dimanche 20 juillet 2008

Le chapeau de paille & les oeufs du bonheur


Il y a tout plein de poèmes sur les murs des maisons au centre-ville de Trois-Rivières.

Vous marchez sur la rue Bonaventure ou Ste-Geneviève et -hop!- vous tombez sur un bout de poème.

C'est une initiative des organisateurs du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

C'est une manière de rendre hommage à la poésie. Ou bien de s'assurer un financement récurrent. Je parie pour la première définition. Faire de l'argent avec de la poésie, cela me semble tirer par les cheveux.

Cela dit, je suis tombé sur un de ces fameux panneaux lyriques ce matin.

C'était écrit:

Dans ton chapeau de paille Des oeufs de bonheur

C'était signé en plus. Je n'aurais jamais signé cela. J'en aurais été gêné, voyez-vous.

L'auteur de ce poème s'appelle Réal ou Roger, je ne sais plus trop.

Tout ce que je sais, c'est que le graffiti était bien plus drôle.

Un type a collé un papier autocollant au-dessus du poème sur lequel il est écrit ceci: «Art?»

Bon sang que j'ai ri!

Dans ton chapeau de paille Des oeufs de bonheur

Tout le mal que s'est donné Roger pour pondre ça s'effondre d'une seule formule laconique: «Art?»

Bien sûr que c'est de l'art, c'est bien évident. Il n'y a pas de sport dans un chapeau de paille ou des oeufs de bonheur. C'est évident que c'est l'oeuvre d'un artiste pas trop nerveux, beaucoup rêveur, probablement très paresseux, alcoolique, mais pas trop, juste assez pour se donner des airs de poète maudit lors du lancement de son plus récent recueil, qu'on imagine s'intituler Le chapeau de paille du bonheur.

Il y a du talent à revendre au Québec. C'est fou tout ce qui se dit, s'écrit, se crie, se hurle, se chante, se voit et se trouve du financement au Québec comme au Canada. Cela donne envie d'aller se faire cuire des oeufs de bonheur tout en crissant des coups de pied sur un vieux chapeau de paille.

Évidemment, je blague. Je ne fais que ronfler devant les chapeaux de paille, les oeufs du bonheur et les gaufres au sirop d'érable Aunt Jemima. Après avoir mangé, je dors. Je dors aussi pendant que je mange, parfois. Et je dors même quand je ne mange pas. Cela ne veut pas dire que je sois toujours en train de dormir. Ni que je sois toujours réveillé. Ni que je mange tout le temps. En fait, ça ne veut rien dire.

Il n'y a pas que les poètes qui peuvent ne rien dire.

Les prosateurs aussi peuvent apporter leur contribution.

Tiens, je vais faire cet essai:

Ah! Rita marchait comme un mannequin, avec trois douzaines d'oeufs sur la tête retenues par un fichu noué à son chapeau de paille. Rita s'avance encore et crac! plouffe! Elle fait un pas de côté et tous les oeufs lui pètent sur la tête. Splouche. Quelle omelette!

-T'es doncque ben niaiseuse Rita! lui dit sa voisine, Germaine, une ménagère de huit cent cinquante livres au regard englué de patates trop frites.

-E'j'le savais-tu que les oeufs étaient pour péter! hurle Rita.

Faisons-en maintenant un poème, tiens:

Dans ton chapeau de paille
Des oeufs de bonheur


Art?

samedi 19 juillet 2008

Mon premier slow à la Roulathèque



Nous nous faisons un devoir, moi et mes potes, d'aller à la Roulathèque du Cap-de-la-Madeleine tous les vendredis soirs dans l'espoir secret de rencontrer une fille.

Pour nous donner du courage, nous calons quelques bières et du rhum de marque Capitaine Morgan.

Quand la tête se met à tourner un peu, nous montons sur nos patins, nous, c'est-à-dire moi, puisque mes amis sont trop pauvres pour avoir des patins, même en location. Ils se contentent de me regarder patiner après s'être saoulés la gueule. Ils vont s'asseoir dans un coin sombre, toute la veillée, et ne le quittent qu'à la fermeture.

Je vais donc patiner, un tour, deux tours, trois tours, sur la musique de Kiss, Duran Duran ou AC/DC. La musique du temps, quoi. Nous sommes en mil neuf cent quatre-vingt-deux, quatre-vingt-trois... Je ne sais plus trop. Qu'est-ce qu'on s'en torche. Kiss et Duran Duran, ça situe une époque.

Après avoir patiné quelques tours de pistes, je vais prendre un grand verre de Sprite avec un sac de chips.

Je me sens tout seul en sacrement, étourdi tant par le patin que par l'alcool que j'avais bu précédemment. J'ai le tournis. Je me retape avec un Sprite, un sac de chips, peut-être même une partie de jeux vidéo: Space Invaders, Q-Bert ou Galaga.

Je regarde passer les filles en feignant l'indifférence. En-dedans, je bous.

D'instinct, je me tiens loin de mes amis. Je me dis que je «pognerai» mieux sans eux. Je vais tout de même les voir, quelques secondes, juste assez pour me rendre compte qu'ils vomissent partout et cherchent à se battre avec tout le monde. Donc, je les laisse mariner dans leur jus. Je ne veux pas d'embrouilles.

-Bienvenue à la Roulathèque! La r-r-r-r-roulathèque la plus hot en Mauricie!

Tiens, c'est le DJ qui gueule dans son micro.

-Ce soir, contrairement à l'habitude, on commence par le tour des garçons. Les garçons au centre, et les filles vont se chercher un compagnon de danse pour le slow... Et le slow, ce sera, à la demande spéciale de Manon, Je t'attendais de Daniel Hétu.

Je t'attendais succède à Hell's Bells d'AC/DC. C'est capoté la Roulathèque. Le DJ a l'air tout aussi saoul que moi.

Je vais m'asseoir au centre de la piste, sur l'ilôt central, avec les autres gars. Je me dis qui risque rien n'a rien. Je suis donc là, comme un con, à attendre qu'une petite dame vienne me prendre par la main. Cela me donne soif. Je me claquerais bien une autre bière. Je viderais une ou deux bouteilles de vin. N'importe quoi sauf me trouver là, au milieu de la piste. Et si personne ne venait me prendre? Et si je ne plaisais pas aux filles, hein? Questions redoutables de l'adolescence...

Une grande brune fonce vers moi. Elle est même jolie. C'est la plus grande de la place et je suis probablement le plus grand aussi. Ça crée des rapprochements, j'imagine. Elle me tend sa main. Je me lève et prends sa main. Tadam. C'est le premier slow de ma vie, à la Roulathèque. Oh boy! J'en déchire presque mes shorts.

Puis nous roulons, main dans la main, un tour, deux tours.

Je t'attendais
Mon coeur était plus glacé qu'un hiver


Nous prenons de la vitesse. Ou plutôt je prends de la vitesse. Je veux qu'elle sache que je suis sportif et vigoureux. J'accélère. Elle accélère et peine à me suivre.

Allez viens on va s'aimer tendrement
Tout là-haut sur un rayon de soleil

Nous prenons un tournant. Elle dérape. Je dérape. Elle passe par-dessus la bande. Je m'écrase par terre. Plein de monde rit autour de nous.

Mes copains, ivres morts, n'ont pas manqué ça.

-Wa! Boutch! T'es galant en hostie Boutch! qu'ils me disent en me lançant des chips. La fille vient t'charcher pour un slow pis toé t'A calice d'l'aut' côté d'la bande hostie d'Boutch de christ!

-Wa Boutch! Boutch!
qu'ils crient encore, jaloux de constater que j'avais presque réussi à séduire une fille pendant qu'ils dégueulaient partout.

La grande brune s'est relevée et n'a même pas daigné m'adresser la parole.

Vaincu, je patine péniblement jusqu'au vestiaire, en me massant la hanche, endolorie suite à ma chute.

Je ramasse mon manteau, mon sac et mes bottes.

Il est vingt-deux heures.

Une pluie fine fait reluire la rue Barkoff.

Je marche, seul, avec mon sac de patins et ma bouteille de rhum.

vendredi 18 juillet 2008

Patof le chien saucisse mâtiné de chien bâtard


Je déteste les chiens. Tous les chiens, sauf Patof. Patof, c'était le nom d'un chien qui errait dans la ruelle de mon enfance, près de l'usine de textile Wabasso, à Trois-Rivières. Nom d'un chien! Quel nom pour un chien: Patof!

Évidemment cela faisait référence à Patof le clown, célèbre animateur d'émissions pour enfants des années '70. Un genre de Krusty le clown psychédélique avant la lettre personnifié par Jacques Desrosiers.

Patof, le chien pas le clown, était un chien saucisse mâtiné avec un chien encore plus laid. Ne me demandez pas sa race: je n'y connais rien. Je sais que c'était un chien saucisse parce que sa bite traînait au sol, et pas nécessairement parce qu'elle était longue. Patof était un chien saucisse court sur pattes, comme tous les chiens saucisses du monde, mâtinés ou pas.

Patof ne jappait jamais. C'était le chien le plus nul au monde. Il te regardait avec de grands yeux indifférents, sans broncher. C'est à peine s'il sortait la langue ou branlait de la queue. Rien. Patof était le chien le plus nihiliste du monde entier.

C'était le chien idéal pour lui attacher des objets autour de la queue, l'espèce de boudin plat qui lui sortait du cul. Patof avait donc de bonnes raisons de ne plus branler de la queue: on la lui avait coupée - pas la bite, mais la queue, je précise encore au risque de passer pour un impudent.

Donc, Patof avait un boudin plat en guise de queue, tout ce qu'il fallait pour y nouer une corde au bout de laquelle les gamins de ma ruelle attachaient des bouts de bois, des boîtes de conserves, des vieux pneus, etc.

Il y avait des jours où Patof n'en pouvait plus. Quand on t'accroche un radiateur après la queue, normalement tu finis par abdiquer, que tu sois humain ou canin. Il y a des limites à ce qu'une queue peut supporter.

Du coup, Patof se couchait. Il faisait la grève. Il ne bougerait pas son gros cul laid avant qu'on lui ait retiré la corde autour de la queue.

Sacré Patof! On lui en a fait voir de toutes les couleurs. Et le on, remarquez bien, m'exclut en tant que personne qui parle. Je dis ça comme ça, pour ne pas passer pour un gros crotté qui attache des boîtes de conserves après la queue amputée des chiens bâtards mâtinés de saucisses.

En fait, on me surnommait «le curé» quand j'étais jeune. Je n'aimais pas baiser une pauvre fille en meute de huit garçons dans les wagons abandonnés de la ligne de chemin de fer, ni donner des coups de poing aux vieillards, ni mettre le feu, ni attacher des cordes autour des queues amputées des chiens saucisses mâtinés de «on s'en calice».

Bref, j'étais plate. Et l'on ne m'invitait jamais à aller faire de mauvais coups.

On a vite compris que je n'étais qu'un cave qui lisait des bandes dessinées. C'est donc le on qui m'excluait, comprenez-moi bien.

J'étais aussi le cave qui finissait par enlever la corde autour de la queue de Patof.

-Ok! Les gars... C'est assez! Laissez Patof souffler un peu!

-Hostie! Gros Boutch! qu'ils me disaient. Tu fais encore ton curé Boboutch?

-Crissez-moé patience gang d'hostie d'mongols! que je leur répondais.

-Boboutch! I' va encore pogner les nerfs Boboutch? répliqua un rouquin.

-Appelle-moé pas Boboutch mon tabarnak pis laisse Patof tranquille!

Bon, je ne vais tout de même pas vous défiler toute la conversation. Je crains de ne pas m'en souvenir in extenso. C'est loin tout ça. Et puis je parlais de Patof, non?

Donc, Patof était laid et il puait.

Je n'ai jamais flatté Patof. Sérieux, on aurait dit que son poil était fait en laine d'acier Bulldog, vous savez, la marque pour récurer les chaudrons cramés.

Ce n'est pas parce que j'avais de l'affection pour Patof que je raconte cette histoire.

C'est juste parce que j'ai cette foutue histoire en tête, pour je ne sais quelle calice de raison. Elle trotte dans ma tête, comme s'il n'y avait pas mieux à faire que de raconter l'histoire d'un vieux chien sale.

Car Patof est devenu vieux, vous voyez. Encore plus vieux, plus lent, plus laid. Ses grandes oreilles pendaient lamentablement sur l'asphalte quelques années plus tard, alors que je pratiquais le kung-fu de façon très personnelle dans mon arrière-cour, dans le but de devenir Bruce Lee ou Bud Spencer. J'avais vieilli moi aussi. Encore un an et j'entrerais au collège.

Patof n'était plus capable de lever la patte pour pisser.

Il trottait jusque vers le premier escalier venu, mettait ses pattes d'en avant sur la première marche, puis livrait sa marchandise. Pour chier, je ne me souviens plus ce qu'il faisait. Il ne devait pas se donner tant de mal, j'imagine, et lâcher le paquet sans sourciller.

Les enfants avaient vieilli dans le quartier. Plus personne ne se souciait de Patof. Il passait devant nous comme un fantôme. On ne disait même plus «Tiens! C'est Patof.» Même pas. On le laissait vivre, sans plus.

Puis un beau jour, alors que je revenais d'une journée de travail au supermarché, où j'étais crisseur de sacs, voilà que je tombe sur Patof, l'écume aux lèvres, qui jappe comme un damné et nous regarde avec un regard halluciné de bête féroce!

-Wouhouhou!!! qu'il hurle, comme si personne ne l'entendait. Wouhouhou!!!

Son maître était absent, comme d'habitude. En fait, c'était qui son maître? Le gars au troisième étage? L'autre au premier? C'est loin tout ça. Je ne m'en souviens plus.

Qu'est-il advenu de Patof, ce chien saucisse mâtiné de pas achalant? Pourquoi qu'il hurle à tous vents, l'écume aux lèvres?

Patof a la rage. Bingo! On a tout compris, l'écume aux lèvres et les hurlements. Il faut tuer Patof, voilà.

Au bout d'une demie heure, les gars de la fourrière arrivent puis tirent une fléchette dans le cul de Patof, caché sous une galerie.

On ne l'entend plus japper. On retire Patof de là puis, un peu plus loin, on lui injecte quelque chose pour qu'il crève, j'imagine, et on jette son cadavre dans un bac, j'imagine aussi.

J'ai connu bien des chiens, des Tibis, des Fidos, des Kikis et des Cocos. Mais aucun d'entre eux n'arrivent à la cheville de Patof, le chien bâtard de la ruelle de mon enfance.

Oh! Patof! Oh! Patof, Patof blou! Oh! Patof blou!


PS: C'était fucké en hostie dans les années '70. Quel vidéoclip instructif!

ON EST AU QUÉBEC ICITTE TABARNAK!

Je suis à 300 kilomètres au Nord du barrage Manic 5. Je prends une pause-café à un arrêt routier sur le bord de la route 389 avant que de repartir vers Labrador City, avec Craig, un gars de Terre-Neuve, à bord de son camion-remorque. La serveuse et sa belle-soeur jouent aux cartes. Chaque client les dérange.

-Ouin? couine la serveuse, une maigrichonne de cinquante piges à la peau ravagée par la cigarette. Sa belle-soeur n'est guère plus belle. Une grosse outre avec un regard de berger allemand.

-One coffe please, demande poliment Craig.

-E'l'café c'est deux piastres.

Craig ne comprend rien mais se fie à ce qu'il lit sur la caisse enregistreuse et tend un billet de cinq.

Elle lui sert son café. Elle sert le mien. Puis elle va se rasseoir devant la grosse. Pas de merci. Pas de bonjour. Rien. On les dérange...

-On est au Québec icitte... murmure la serveuse. I' pourraient pas parler en françâ?

On sort dehors prendre notre café.

-Oh! Man! Those girls are so ugly, eh?... Brrr... They were nicier in Baie-Comeau, eh? What d'you think about that, Gitane, eh?

-Gaétan... My name is Gaétan. It is not Gitane... Like gate, a fence y'know... Gate-an! Gaétan!

-Ok... Ga...Gitane! Eh? Is that right?

-Hum... That's ok...


Le soleil luit plus fort qu'au Sud. L'air est frais. Je me la coulerais presque douce si ce n'était de ce crosseur qui a planté son garage au milieu de nulle part, comme une araignée attraperait les mouches.

Le crosseur, un gros sale, la barbe pas faite, la moustache graisseuse, a un regard de bête féroce qui slurpe sa soupe et prend sa douche une fois par mois.

Dès que tu es pris dans sa toile, avec ton véhicule décrissé par le chemin de gravier qui s'étend de Baie-Comeau à Shefferville, tu sais que ça va te coûter cher en sacrement et que tu devras fermer ta gueule et vider ton portefeuille pour ne pas rester coincer dans la forêt boréale.

En voilà justement un qui est pris. Un vieux monsieur de Labrador City, une copie presque conforme du Colonel Sanders. Il a l'air plutôt propre, poli, distingué.

Sa Ford Escort fait des siennes. La boucane sort par le radiateur. Et le voilà qui s'explique avec le gros sale.

- I beg your pardon sir... monzieurre... salout...meurci boucouppe! It doesn't work... Kaputt!Passe bonne!!! No good! Do you understand me?

-Parle en français tabarnak! T'es au Québec st-chrême! C'est pas moé qui va s'forcer pour te parler en anglais asti de calice!

-I beg your pardon monzieurre? What did you say?

C'est là que j'interviens. Je parle d'abord avec l'anglais. Pour le gros sale, j'y reviendrai plus tard.

-Good afternoon sir. Gaétan Bouchard.

-Good afternoon. Richard Johnson. Nice to meet you.

-Nice to meet you. So, your car is broken?


-Qui parle en français hostie! Dis-lui ça! On est au Québec! Me dicte le gros sale.

-What did he say? me répond le colonel Sanders.

-Hum... He's saying what's the problem with your car.

-Oh! I see. Let me tell you... Gitane... Do I say it right? Gitane is your name?

-Gaétan... Like gate... a fence y'know. Gate-an...


-Ok... Ga...Gitane.

Bon. Passons cet épisode. Les anglais ne seront jamais capables de prononcer mon prénom. J'en fais mon deuil. Je serai toujours un gitan... ou une gitane pour les anglais. Ils finissent toujours par me surnommer Gypsy au bout d'une semaine. Ou bien Big Guy. Ou Gryzzly. Ou Sasquatch. Je vous jure. C'est ce que je leur inspire.

Je parle avec le colonel Sanders et traduis au gros sale ce qu'il me dit à propos des problèmes de sa Ford Escort.

Le gros sale consent à lui réparer ça dans l'heure qui suit à condition qu'il y mette le paquet. Le colonel Sanders sursaute quand je lui traduis les prix mais comprends qu'il n'a pas le choix.

Le gros sale se sent presque attendri par ma présence. Il me fait un clin d'oeil complice. Après tout, je parle français...

-Où c'é' qu't'as appris l'anglâ? C'est-tu dur d'parler en anglâ? Hostie! I' nous répondent pas en françâ quand on les visite en Ontario maudit tabarnak!

-Monsieur, vous avez de la merde sur la moustache, que je rêvais de lui dire...

L'affaire est conclue. Le colonel Sanders me remercie. Je dois maintenant le laisser seul, sans interprète, avec le gros sale.

Je remonte aux côtés de Craig dans son camion-remorque.

Craig fait tourner un CD de musique traditionnelle terreneuvienne. Cela lui rappelle Terre-Neuve qu'il me dit.

Je lui demande si les filles de Labrador City sont plus belles que les deux tartes qu'on vient de voir.

-Of course! my friend. That's for so fucking sure! Brrrr!!!

ÉPILOGUE

Quelques années sont passées. Je suis de retour à Trois-Rivières et prends une bière au Zénob, un petit bar sympathique de la rue Bonaventure. C'est le Festival «international» de la poésie et une poétesse brésilienne, teint café au lait, cheveux noirs, yeux un peu défoncés par la marijuana peut-être, déclame des vers en portuguais. Je n'y comprends foutrement rien.

Tout le monde l'applaudit, stupidement, même moi.

Passant près de moi, la Brésilienne se sent attirée par le tatouage que j'ai sur le bras, un corbeau à deux têtes qu'un pote Haïda m'a tatoué lors d'un séjour en Colombie-Britannique.

Comme elle ne parle pas français et que je ne parle pas portuguais, hormis quelques mots tirés de chansons que j'aime, nous communiquons donc en anglais.

-What's that, on your arm? qu'elle me dit en saisissant mon bras. What does it mean? me dit la Brésilienne, sur un ton envoûtant.

-It's a black crow with two heads,
dis-je sur un ton nonchalant. It means...

-
Heille! On est au Québec icitte! rote un connard derrière nous. On parle en françâ au Québec!

Du coup, je pète les plombs.

-Mon
hostie de tawouin du christ! J'la parle ben comme faut ta calice de langue de singe! Veux-tu ben m'crisser la paix pis aller t'crosser dans l'drapeau du Québec e'l'plus loin possible de moé, christ de cave? Hostie! Elle vient du Brésil, le con! Elle parle juste le portuguais pis l'anglais. Faut-tu qu'A' suive un cours de français st-calice avant que de passer trois jours au Québec?

Le con, un universitaire aux traits d'inquisiteur affamé, prend son trou. Je suis quatre fois plus gros que lui. Ça rend moins patriote.

Je poursuis ma conversation en anglais, avec la Brésilienne, et ne couche pas avec elle ce soir-là ni les autres soirs. J'ai juste parlé en anglais, pour apprendre quelque chose que je ne connaissais pas.

C'est ma manière d'être patriote que d'être toujours plus poli et plus intelligent, voire plus cultivé.



jeudi 17 juillet 2008

VIE ET MORT DE KOWA, CÉLÈBRE IVROGNE TRIFLUVIEN


Il était petit et laid, une tête de René Lévesque auquel il aurait manqué la moitié du cerveau. Point de fuite plutôt que point de mire, si vous voyez ce que je veux dire.

Sa principale occupation dans la vie était de boire. Et il buvait tout le temps, n'importe quoi, n'importe comment, n'importe quand. Pour payer son boire, il disposait de deux sources de revenus stables: l'aide sociale et le travail au noir. Son travail consistait essentiellement à faire le ménage dans son bar préféré où il était payé en boissons alcoolisées: un pichet, quelques verres de fort, parfois un joint. Bref, il faisait l'affaire et ne coûtait pas cher. C'était le pochtron de service.

Je n'ai jamais su son nom. On le surnommait Kowa. Cela faisait référence au célèbre lutteur Vladek «Killer» Kowalski, du temps où les meilleurs spectacles de lutte au monde se tenaient ici, au Québec. Peut-être que Kowa Kowalski était d'origine Tchèque ou bien qu'il avait pété les plombs un jour où il n'avait pas reçu son chèque le premier du mois... Toutes les hypothèses demeurent ouvertes.

En plus d'être un ivrogne fini, à deux doigts du delirium tremens, Kowa aimait aussi s'habiller en femme pour faire sa tournée des bars. Et croyez-moi, il était bien plus beau en femme qu'en homme!

Évidemment, une fois bien saoul, qu'il soit déguisé en homme ou en femme, Kowa mettait sa queue sur la table, à côté de son pichet de bière. Et il se mettait à gueuler des insanités incompréhensibles, la queue à l'air, jusqu'à ce qu'on lui paie un autre pichet pour l'inciter à commettre encore plus de niaiseries innommables.

Fatalement, il finissait par tomber les quatre fers en l'air, la robe par-dessus sa tête de Ti-Poil, la queue sortie de sa petite culotte, baignant dans une flaque de vomi frais.

Quelques bons Samaritains le ramenaient à la maison, que dis-je, à sa chambre.

Kowa créchait dans une maison de chambres baptisée Le Foyer des coeurs brisés par ses chambreurs, tous des types défoncés, polytoxicomanes, cassés, prêts à tout pour un verre de bière et une bonne cigarette. Cela pourrait expliquer pourquoi Kowa se déguisait parfois en femme...

Ce qui devait arriver arriva.

Un jour, c'était au printemps de 2001 si je ne m'abuse, Kowa, saoul comme une enclume, a déboulé l'escalier du Foyer des coeurs brisés et s'est pété le crâne. Il en est tombé raide mort.

Comme Kowa n'avait pas de famille connue, il a été enterré dans une fosse commune, avec d'autres pochtrons, sur le bras des contribuables. Il est mort comme il a vécu, un doigt dans l'oeil et l'autre dans le cul, comme on dit par chez-nous.

Bien qu'il soit mort depuis longtemps, sa légende lui a survécu.

Tous ceux et celles qui ont vu Kowa au moins une fois dans leur vie ne l'oublieront jamais, pour de bonnes mais surtout de mauvaises raisons.

Paix à ton âme Kowa.

J'espère que tu pourras faire le ménage au Ciel pour te la saouler
ferme.

mercredi 16 juillet 2008

DANS L'OUEST, AVEC UN PISTOLET À CLOUS


Mission City. Colombie-Britannique. Au printemps de 1993.

Il pleut encore mais le panorama est magnifique. Les baies sauvages, dites salmonberries, colorent les sous-bois. Les montagnes aux sommets enneigés habillent l'horizon. De quoi faire rêver un vagabond.

Ce vagabond, logé au Bellevue Hotel, juste au-dessus du bar éponyme, descend le côteau sablonneux de la rivière Fraser, emprunte la ligne de chemin de fer, puis marche jusque vers la première entreprise venue. C'est un colosse, que dis-je, un ogre. Shrek avec le crâne moins plat et les cheveux longs.

Ce vagabond-là, c'est moi. Et je me cherche du travail parce qu'il me reste à peine de quoi survivre une semaine.

J'entre dans le bureau de Van Der Loew Pallet Supply and Co. On y fabrique des supports de bois pour les entrepôts. Je me présente à la secrétaire, une joufflue de cinquante quelques années au regard un peu vide.

-Hi! I'm looking for a job. I'm a good worker and I've got many skills...

C'est une phrase que j'ai apprise par coeur, comme un Mexicain dirait en bon québécois: salut j'charche une djobe. Chu un bon travailleur pis chu habile.

La secrétaire me prie d'attendre et va chercher le patron ou son représentant.

Au bout d'un moment, le patron s'avance vers moi. C'est un aveugle. Il marche avec une canne blanche.

-Good morning sir, dis-je dans mon meilleur anglais.

L'aveugle bedonnant au front chauve enveloppé d'une casquette ne dit rien. Il fonce vers moi, avec sa canne blanche cliquetant au sol, et il se saisit d'un de mes biceps.

-Hum. You're a big guy. Ok. Let's go. Follow me.

Je suis engagé. Non pas sur la base de mon intelligence, mais sur la base de mes gros bras. Pas besoin de cévé. Je remercie mes parents de m'avoir nourri huit fois par jour.

Il m'amène devant un tas de bois et me met un pistolet à clous entre les mains. Mon rôle consistera à planter des clous dans des supports de bois toute la journée, jusqu'à dix-huit heures. Évidemment, c'est moi qui passerai le balai après que tout le monde soit parti.

Le soir, au bar du Bellevue Hotel, je renverse la moitié de ma bière à chaque fois que je prends une gorgée. J'ai le pistolet à clous dans le bras qui continue d'opérer, comme la caricature qu'en ferait un Charlie Chaplin dans le film Les Temps modernes.

Au bout de quelques semaines, je fais tout dans l'atelier. Je cloue. Je fais le ménage dans la cour à la pluie battante. Les lames d'acier qui entourent les planches me tailladent les bras, les jambes. Je me rentre des bouts de bois dans la peau à longueur de journée. Je soulève seul des planches géantes de pin rouge avec un tréteau. Je bosse du lundi au samedi. Je n'ai de répit que le dimanche, et moi seul, parce que je me suis dit catholique... au lieu d'athée. Un petit mensonge qui me fait conserver mon boulot. Le patron est un baptiste et le dimanche mes camarades de travail doivent aussi l'aider à bâtir leur église. Grâce à Rome, j'ai mon dimanche. Fuck l'église.

Puis un jour, au bout de deux mois, j'en ai marre.

La frousse me prend de me couper les doigts en opérant la scie.

Tous mes camarades ont perdu un ou cinq doigts.

Ils renversent toujours la moitié de leur bière, sauf quand ils sont saouls.

Et ils sont sourds comme des pots.

Tactactac toute la journée, et vous êtes Beethoven moins le talent musical.

J'ai donc crissé mon camp à Vancouver et, sept jours plus tard, j'étais au Yukon.

Aussi loin que possible tant qu'à faire.

Bye! Bye! Mission City. Yukon, here I come!


En supplément musical: My Girl de Chilliwack, le groupe rock le plus populaire de Mission City, puisque Chilliwack est la ville d'à côté.


mardi 15 juillet 2008

Bob et la vieille noune catholique de la banque alimentaire


Bob n'avait plus un sou. Enfin, presque plus un sou. Il lui restait trois dollars pour passer la semaine. Trois dollars! Aussi bien dire qu'il ne lui restait plus rien pour se nourrir, lui-même, ainsi que sa femme et ses enfants.

Bob se sentait petit, laid, nul, minable. Pourtant il était grand, beau, plutôt brillant, mais né du mauvais côté de la clôture, né du côté où l'on fait la file à la banque alimentaire pour se nourrir un peu.

Les «bonnes relations», le «réseau de contacts» et toutes ces sornettes de crosseurs qui s'en mettent plein les poches, ça ne joue pas quand tu proviens d'un milieu où personne n'a réussi au sens où l'entendent les frais chiés et les snobs.

Quand tu fais ton chemin dans la vie à partir d'un milieu pauvre, tu pourrais aller porter des cévés partout, en te polissant les gencives à l'eau de javel, qu'il ne restera jamais de toi que l'image d'un type des bas-quartiers qui peut péter les dents des caves sans sourciller. Donc, on te laisse volontairement de côté, qui que tu sois. On préfère, justement les caves.

C'est du moins ce que se disait Bob en lui-même, en soupesant ses trois misérables dollars.

Ses trois dollars lui serviraient d'ailleurs à payer ses denrées à la banque alimentaire. Ce n'est pas parce que la banque alimentaire s'appelle Les artisans du bonheur que c'est gratuit.

Les administrateurs des Artisans du bonheur ont bien vite compris que charité bien ordonnée commence par soi-même. Ils se font donc la charité en demandant trois dollars aux pauvres pour leur fournir de beaux paniers de fruits et légumes pourris, du pain blanc passé date et des desserts défraîchis.

-Va pas te nourrir là! lui disait le gros Caouette, un débrouillard de la misère portant des culottes en coton ouaté trop petites pour lui. Va plutôt fouiller dans les containers à déchets derrière les supermarchés... Les fruits et légumes sont bien plus frais...

Le gros Caouette n'avait pas tort, même si on lui voyait la craque de cul. Les fruits et légumes étaient bien plus frais dans les vidanges qu'à la banque alimentaire.

Transitant d'un bénévole à l'autre, à la banque alimentaire, il ne restait plus en bout de ligne que des légumes mous formant un brouet digne d'une auge à cochons.

Pourtant, Bob se sentait trop orgueilleux pour fouiller dans les ordures. Il conserva précieusement son trois dollars pour les temps durs et, maintenant qu'il était en plein dedans, il pouvait s'acheter quelques sacs de bouffe à la banque alimentaire au lieu de se nourrir dans les containers.

Il y avait toujours moyen de ne pas payer à la banque alimentaire, mais l'humiliation à subir était trop grande. Il lui fallait alors rencontrer une travailleuse sociale qui lui posait toutes sortes de questions pendant une demie heure histoire de lui enlever le goût de revenir: depuis quand êtes-vous sur l'aide sociale, quels emplois avez-vous occupés, prenez-vous de la drogue, êtes-vous membre d'une minorité visible, déterrez-vous les morts pour les manger? D'la grosse crisse de marde, quoi.

La travailleuse sociale, c'était le traitement spécial pour les vrais pauvres, ceux qui n'avaient vraiment rien. Ça ne donnait rien de plus aux pauvres, sinon trois dollars de légumes pourris sans avoir à débourser quoi que ce soit.

Bob préférait avoir sur lui ces trois foutus dollars! Pas question qu'il se fasse sermonner par une connasse fraîchement sortie du Cégep qui commence son premier travail de sa vie, kapo dans une banque alimentaire...

Bob se présenta donc à la caisse avec ses trois dollars. On lui remit une facture et un numéro, le 347. On traitait en ce moment le 339. Ça ne serait pas trop long.

Une vieille nonne catholique, courte sur pattes, s'amusait à recevoir les affamés avant que de distribuer de la nourriture. Elle était blanche de tête, portait des lunettes faites de fonds de bouteilles ainsi qu'une pesante croix de bois autour du cou, Elle ressemblait à Zira dans La planète des singes, en moins humain. On lisait difficilement la bonté sur ce visage. On y devinait plutôt le besoin de se venger de Dieu sait quoi. Bref, une bonne graine lui aurait fait le plus grand bien.

La vieille nonne remettait des consignes aux pauvres qui étaient là: ne faites pas ceci, ni cela, c'est seulement trois pains par personne, etc.

À la fin de chaque rencontre, elle distribuait des chapelets, des prières, des bons mots pour les pauvres: il faut faire confiance au Seigneur, heureux celui qui aura cru sans avoir vu, et n'oubliez pas d'apporter votre trois dollars la prochaine fois!

Bob était en calvaire. La banque alimentaire bénéficie de fonds publics et ces tabarnaks de vieilles nonnes cassaient les oreilles des pauvres avec de l'hostie de religion culpabilisante...

-Nous ne sommes pas dans un État laïc et ça paraît, se disait Bob en tenant fermement sa facture, pour s'acheter trois piastres de pourri.

C'était maintenant le tour de Bob. La vieille touffe l'appella du doigt, comme un chien.

Bob lui présenta sa facture. La vieille soeur le dévisagea de haut en bas.

-C'est trois pains par personne... Et tenez, on vous donne aussi ces prières, ce chapelet, ces évangiles...

Bob explosa.

-Je suis athée madame. Je ne crois pas en Dieu. Jésus n'est pas ressuscité et il ne se passe pas plus de miracles de nos jours qu'il y a deux milles ans. Tout ça c'est de la connerie!

La vieille ne dit rien. Elle était dépassée par les événements. À une autre époque plus glorieuse du catholicisme, elle aurait pu faire monter Bob sur un bûcher. Alors que là, aujourd'hui, il fallait qu'elle s'attende à se faire traiter comme de la merde par des athées, des Bougon ou des restants de prison. Elle ne pouvait pas vraiment refuser de nourrir Bob. D'autant plus que les fruits et les légumes étaient pourris. Trois dollars c'est trois dollars. Élevée à la campagne, Soeur Fonds-de-Bouteilles connaissait la valeur de l'argent.

-C'est pas plus de trois pains par personne, répéta-t-elle.

Bob prit ses trois pains, ses fruits et légumes pourris, ses desserts liquéfiés et tout le vert-de-gris qu'il pouvait prendre sans avoir à faire de génuflexion.

Il crissa son camp en prenant tout de même le temps de remercier la soeur, la travailleuse sociale, la caissière et les bénévoles. Bob n'est pas assez malhonnête, contrairement à ses amis d'enfance, qui ont tous fait fortune dans le crime organisé.

Bob rapporta sa maigre pitance à la maison. Le gros Caouette, qui le prit en pitié ce jour-là, lui rapporta une pleine cargaison de parfum Polo qu'il avait trouvé dans le bac à déchets d'une pharmacie.

-Y'est encore ben bon, Bob. L'parfum sent encore ben bon. Essaye-lé! C'est pas parce qu'on est pauvre qu'on est obligé d'sentir le chat mort tabarnak!

Sacré Caouette...

Pendant ce temps, la viande, le fromage et tout le reste pourrissaient dans les congélateurs de la banque alimentaire. On les gardait pour les temps durs, c'est-à-dire pour les partys des bénévoles.

Ainsi, la Foi triomphait encore.

La Foi qui n'est rien sans la charité selon Paul de Tarse, alias St-Paul.

Amen.

ROUGE COMME UNE TOMATE (TITRE PROVISOIRE)


Bon. J'ouvre Cyberpresse, Le Devoir, Canoë, le Courrier International et même The Onion. Je cherche un thème, une illumination, quelque chose qui va calmer mon besoin viscéral d'écrire.

J'ai trop de fourmis dans les doigts pour m'accommoder des grands titres. Cyberpresse est au point mort depuis quelques jours. Ça manque de variétés. Tant qu'à faire de l'information spectacle, faites-le bien s'il-vous-plaît. Les touristes américains ne sont pas au rendez-vous cette année à Montréal... Vous voulez vraiment que je traite de cela sur mon blogue? I don't care.

Et que dire du fameux quotidien Le Devoir! Je parcours le site à toute vitesse. Je tombe sur une lettre de M. Jacques-Yvan Morin, professeur «émérite» de je ne sais trop où. Émérite??? Hostie de prétentieux! Bref, c'est un ancien membre du gouvernement du Québec qui nous rabat encore les oreilles avec la dépendance à une idée fixe propre à exciter un séminariste ou bien un psychiatre qui se teint les cheveux.

Une Constitution nouvelle pour le Québec - Le miroir d'une nation... C'est drôle, mais ça me donne juste envie de chier. Sans plus. C'est peut-être mon ascendance autochtone qui réagit contre le mot miroir. Des miroirs, des colifichets et des breloques pour une constitution sortie tout droit de la tête des p'tits zamis... Ça fait été, vous ne trouvez pas, une constitution nouvelle pour le Québec? Franchement, je serais mieux de ne rien écrire là-dessus. C'est vraiment de la merde.

Canoë trouve un peu plus de grâce à mes yeux. Je compare Canoë à un marché aux puces géant où le boutiquier sympathique côtoie le type un peu louche. Les chroniqueurs Julius Grey et Richard Martineau m'amènent vers Canoë. S'ils n'étaient pas là, je ne suis pas convaincu que j'y serais souvent pour lire la chronique castriste de Jacques Lanctôt, pour qui les atteintes aux droits de l'homme existent partout dans le monde sauf à Cuba, royaume de la bonté et des jardins fleuris.

Les oeuvres d'Enver Hodja, le célèbre dictateur albanais, m'ont l'air plus crédibles que tout ce que j'ai lu de Lanctôt. Il m'a ému une fois, quand il a parlé de son enfance, de son père embrigadé avec les fascistes d'Adrien Arcand, etc. Lanctôt est vite revenu à Cuba. Et depuis, je sais à quoi m'attendre de lui. Ce n'est pas un homme libre. C'est un ambassadeur de Cuba au Québec. Tu lui parles de la gomme balloune Bazooka Joe et il trouvera le moyen de te dire que la gomme Che Guevara est bien meilleure. Encore une fois, les idées fixes ça me désole.

Le Courrier international me rapporte l'histoire d'un ovni tombé le 30 juin 1908 dans la taïga sibérienne qui aurait abattu 80 millions d'arbres. Ils n'ont pas trouvé la trace du météorite, 100 ans après. Que s'est-il passé? Certains pensent qu'un trou noir, créé au cours d'une expérience du fameux inventeur et ingénieur serbe Nikola Tesla, aurait traversé la planète... Quoi qu'il en soit, il aurait fait étrangement clair en cet été de 1908, en Europe. Des nuages phosphorescents provenant du lieu de l'impact provoquèrent un effet de nuit blanche. Mythe? Réalité? À vous de me le dire.

Je termine avec The Onion. Alors là, je me contente de rigoler, stupidement. The Onion est la revue des revues du canular journalistique. J'ai rêvé un temps de produire une édition francophone s'inspirant de cette revue. Le projet n'a eu l'heur que d'enthousiasmer votre humble serviteur ainsi qu'une journaliste locale qui m'a fait l'honneur d'un reportage à l'époque. Bref, j'ai fait un flop. Pourtant, je reviens vers The Onion. Je me rappelle d'une de leurs meilleures blagues. C'était à propos du président Bush, qui était présenté comme un homme qui ne connaissait rien à l'économie puisqu'il quittait un salaire de plusieurs millions de dollars pour un misérable poste de fonctionnaire fédéral d'à peine 200 000$ par année... Et vous voudriez lui confier vos sous?

Finalement, j'ai réussi à écrire, encore une fois.

Je ne m'en tire pas trop mal.

Je peux faire craquer mes doigts, mon cou, ma chaise, alouette!

Il ne me reste plus qu'à vous quitter sur une musique bien douce et, hop!, l'affaire sera ketchup.

lundi 14 juillet 2008

Lettre aux éditeurs


Madame,
Monsieur,

Je produis plus que vous ne saurez jamais imprimer dans votre putain de vie.

Comme je n'ai pas envie d'attendre à 2009 ou 2010 pour être lu, je ne vous enverrai pas cette lettre.

Je vais juste attendre que vous mordiez à mon hameçon et que vous publiiez des extraits de mon blogue.

Ça se vendrait, croyez-moi, juste parce que ce sont des textes siphonnés, de ce genre de prose que l'on peut servir comme de la moulée aux pauvres lecteurs qui ne trouvent rien de mieux à lire par manque de culture ou d'imagination.

Lire du Gaétan Bouchard, c'est comme manger des fraises recouvertes de yogourt crémeux, même si l'analogie n'est pas très bonne, ce qui prouve que c'est juste de la moulée ce que j'écris.

En me publiant, cher éditeur, vous ne faites pas nécessairement une bonne affaire. Cela reste à voir quoi, je ne suis pas Dieu ni devin. Si vous ne faites pas un sou, c'est que vous vous êtes trompés de métier et que vous vous faites baiser comme des poules pas de tête par le premier écrivain venu.

Cela dit, même si vous ne faisiez pas d'argent en me publiant, vous vous feriez toujours bien un auteur comme d'autres se font une pitoune ou bien un bellâtre.

Lors de vos coquetels et autres réceptions insipides, vous pourriez vous vanter pendant des siècles d'avoir été le premier à reconnaître l'ineffable Gaétan Bouchard, alias Makwa Grizzli, cet écrivain controversé qui publie sa moulée sur la Toile, sans faire appel à des comités de censure, des rédacteurs en chef, des patrons, des gencives, des incisives, des pieds ou des trous du cul.

L'indépendance d'esprit est ma force majeure.

Je ne publie pas sous un pseudonyme parce que je suis con.

Sur votre contrat, vous pouvez écrire que j'aime le jus de tomates et que je devrai assister à Tout le monde en parle pour aller roter dans le micro, histoire de faire la promotion de ma moulée.

J'accepterai volontiers de danser la danse des canards dans les émissions de variétés.

Si je passe à Cabine C, avec madame Charette, je vais porter un masque de gorille et simuler l'acte sexuel avec la chaise.

Bref, je suis un auteur sérieux. Comme Hunter S. Thompson ou Charles Bukowski. Comme Mikhaïl Boulgakov, Jean-Paul Sartre ou Claude Blanchard.

Et je vous remercie à l'avance de ne pas rire.

Recevez, madame, monsieur, mes salutations.

Gaétan Bouchard
Alias Makwa Grizzli
Écrivain aigre-doux ou journaliste gonzo

Mon courriel:
bouchard.gaetan@gmail.com

PS: Je ne réponds jamais à mes courriels.