samedi 30 septembre 2017

À propos des arts et de ma guitare électrique

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Photo prise lors de mon expo Simplement dans ma cour (mai 2007)
De gauche à droite: Marc Cavanaugh, Robert Rebselj, une inconnue,
Vangolet et moi-même.

Je me suis acheté une guitare électrique dans une vente de garage il y a deux semaines. C'est une guitare Artist. Une guitare australienne qui saute dans mes mains comme un kangourou dans son bain. Woa! Vous avez pas idée comme je m'amuse à la faire vibrer entre mes doigts. Je me sens devenir B.B. King. Ou Harry Manx. Voire Chuck Berry.


Je joue de la guitare classique depuis presque vingt ans. Je ne suis pas un héros de la guitare, mais j'ai ce qu'il faut de talent pour m'envoûter moi-même pendant des heures avec la guitare, les harmonicas, les claviers, l'accordéon et les tamtams.

En fait, je pratique tous les arts avec la même passion peu importe les résultats. C'est ma manière de rendre la vie meilleure qu'elle ne l'est, de magnifier ma propre existence et même d'améliorer les scénarios.

Je suis d'abord et avant tout un artiste. Je vis avec la honte d'être un artiste. Une honte qui provient de mes origines sociales. Les arts et les lettres sont souvent perçus comme des affaires de moumoune au sein de mon milieu. Ça ne vaut pas quelqu'un qui creuse un trou à 30$ de l'heure. Remarquez que je n'ai rien contre le gars qui creuse ce trou. J'ai déjà été ce gars-là, même si l'on me payait au salaire minimum... C'était mon statut d'artiste qui me collait à la peau. Moins artiste, j'aurais fait 30$ de l'heure. Trop artiste, tu deviens anarchiste et tout le monde craint de se faire salir ses beaux costumes avec un tel voyou au sein de l'équipe de travail. Un artiste devrait seulement être artiste. Mais bon, ça ne marche pas ainsi...

Pourtant, cette honte s'efface avec les années.

La fierté d'être artiste fait sa place.

J'ai bâti mon oeuvre de peine et de misère.

Et on aurait beau persifler les artistes qu'elle restera, mon oeuvre.

Elle me permet déjà d'afficher le sourire bienveillant du vainqueur spirituel.

Un sourire qui pourrait avoir une pointe d'arrogance si mon coeur n'était pas directement gagné à tous ceux et celles qui souffrent sur ce pitoyable grain de poussière qui nous tient lieu de vaisseau spatial.

Alors voilà. Je suis un artiste.

Et je vous remercie de me soutenir d'une manière ou d'une autre.

Je m'attendais à si peu...

Et on m'a tant donné...

Merci.

Merci à vous, à la vie.

Ça me fera jouer d'encore plus beaux solos de guitare électrique.

jeudi 28 septembre 2017

Monsieur Câlin

Monsieur Câlin était tout un spécimen de craquepotte.

Il était gros, velu et chauve. La cinquantaine dépassée. Sa tête était enfoncée dans ses épaules et il ressemblait un peu à un petit bonhomme pas de cou.

À part de ça, il s'était mis en tête que le monde travaillait trop pour expliquer pourquoi il ne travaillait pas. Sa mission sur Terre, ça faisait longtemps que Monsieur Câlin l'avait trouvée. Il n'y a qu'à entendre le nom qu'il porte pour s'en faire une petite idée. Monsieur Câlin était distributeur de câlins.

Il s'était fabriqué un costume pour donner du panache à son titre. Il visait le sommet de ces caractères insolites jadis dessinés par Louis Fréchette dans Orignaux et détraqués, qui est de loin sa meilleure oeuvre.

Le costume de Monsieur Câlin était constitué d'un gros sac de poubelle vert qu'il perçait de trois trous pour y passer la tête et les bras comme s'il s'agissait d'un poncho. Ce sac de poubelle le faisait horriblement suer. Et quand il suait, Monsieur Câlin puait. Les gens se plaignaient donc aux policiers que Monsieur Câlin tentait de les étreindre et de les caresser. Ils ajoutaient aussi que Monsieur Câlin sentait la charogne. Les policiers arrêtaient Monsieur Câlin et une semaine plus tard Monsieur Câlin recommençait.

C'était une fixation. Recevoir un câlin tandis qu'il revêtait un sac à poubelle qui lui tenait lieu de poncho.

Il se fait moins souvent arrêté Monsieur Câlin.

Il a fini par comprendre qu'il ne pouvait pas se jeter sur les gens pour leur demander de l'amour alors qu'il pue comme mille putois sous son sac de plastique.

Aussi se contente-t-il de s'auto-caresser dans son coin. Il passe de longues heures à se brasser le sac à poubelle devant l'indifférence feinte des badauds qui croient que la folie ça s'attrape par la salive.

Tout le monde a fini par plus ou moins accepter Monsieur Câlin.

On le laisse se caresser pendant des heures sur le trottoir.

On le laisse imiter la poule ou la belette.

On le laisse dans son sac à vidange.

mercredi 27 septembre 2017

Affafabe le Vert bonbon

Affafabe était une personne affable à la peau vert bonbon. Il était un Vert bonbon de naissance. Une mutation génétique étrange qui n'affecte que vingt-trois personnes dans le monde.

C'est très peu. Et à vrai dire Affafabe n'en connaît pas d'autres que lui-même. Il y avait bien sûr LapinMalin1965 sur Facebook. Mais c'était une personne méchante qui se faisait passer pour un Vert bonbon pour mieux rire de Affafabe l'affable, bègue et malade de peau. LapinMalin1965 était en fait un vulgaire professeur de philosophie qui aimait rire des gens en plus de soutenir toutes sortes d'organisations racistes nauséabondes. Bref, la honte de sa profession. Un vrai trou du cul. Tout le contraire de Affafabe.

Affafabe...

Je le revois avec son air sans méchanceté.

Je l'entends encore bégayer dans ma tête.

-Ej... je... Ej... ej... je... vous en pr... prie. B...bo...bonne jour.... bonne journée les salopes!

Il nous appelait tous salopes, Affafabe, fille au garçon, et nous ne nous en formalisions pas trop parce que Affafabe aimait provoquer pour faire oublier qu'il était un Vert bonbon de naissance.

Pour arranger les choses, il se faisait teindre les cheveux en jaune fluorescent. Affafabe était affable, mais bon, bien sûr qu'il était étrange. Et il n'allait certainement pas le cacher. Mettez-vous à sa place? Tant qu'à être Vert bonbon, aussi bien se faire remarquer.

-C'est... c'... c'... c'est un cadeau du Ciel que... qu'ej'... je... que j'sois Vert bonbon mes salopes! Ça vous f... f... fait d'quoi beau à voir.

Il n'était pas vraiment beau, mais il était tellement affable qu'on finissait par oublier son absence de sourcils, ses yeux exorbités et sa dentition mauvaise.

C'était ça Affafabe le Vert bonbon.

Tout le monde le respectait.

Parce qu'il respectait tout le monde.

Et si quelqu'un avait voulu faire du mal à Affafabe le Vert bonbon, eh bien tout le monde aurait sauté sur lui pour lui foutre une raclée.




mardi 26 septembre 2017

Je préfère les bien-pensants aux racistes, pas vous?

Les bien-pensants sont la pire abomination du monde.

Ils sont comme la mère qui dirait à son enfant de ne pas sortir sans son foulard pour ne pas attraper un rhume. Ne voit-on pas que c'est la pire horreur que l'on puisse commettre envers un être humain?

Les bien-pensants voudraient que l'on ne prenne pas froid, que l'on ne soit pas raciste, sexiste, haineux ou intolérant. Ils surveillent le moindre de nos gestes pour nous proposer de l'aide, les fumiers!

Ils sont encore pire que cette bonne mère qui devrait laisser son enfant devenir le petit monstre facho qu'il entend être à sa majorité.

Qu'elle le laisse sortir sans foulard, son fiston, et qu'elle lui laisse faire ses propres expériences avec les plotes et les races.

Sa bien-pensance, elle peut se la rouler bien serrée. Ti-Gars veut vivre à fond de train. Tassez-vous tout le monde, mononcle s'en vient. Il est maintenant vieux, con et raciste, mais il n'est pas un foutu bien-pensant, une de ses Germaine qui veut soigner ton rhume et te rappeler que tu ne dois pas conduire ton char quand t'es saoul. Il réclame le droit d'être le dernier des crétins, comme l'était son grand-père et bien d'autres avant lui du temps qu'un gars n'avait pas honte de pisser le plus loin ou de roter à table au restaurant.

Les bien-pensants sont une horreur.

Ils veulent que la vie soit belle, merveilleuse et tralala ça sent bon les fleurs.

Or, la vie est sale et tous les coups sont permis.

Les bien-pensants sont répugnants avec leurs règles...

Les bien-pensants font semblant d'aimer tout le monde mais ils rient de vous si vous portez un tee-shirt loup.

Ils doivent apprendre à avoir peur, eux aussi, les bien-pensants. C'en est fini de leur sourire bienveillant!

Il faut donc effrayer Ned Flanders, vous savez, le voisin d'Omer Simpsons. Une vraie soie qui pense qui tout est tiguidou tiguida. Un vrai con. Toujours prêt à aider son prochain parce qu'il entend la voix du Seigneur. Non mais, quel abruti!

Hitler, ça c'était un homme, au moins.

Il criait.

Il n'écoutait personne.

Comme un enfant qui ne veut pas porter de foulard.

Comme un enfant qui crie dans les allées du supermarché.

Un enfant qu'il faut calmer avant que tout le monde n'en vienne à montrer des signes d'exaspération.

C'est que le monde aime le calme, voyez-vous.

Ça vaut pour presque tout le monde.

Sans doute un peu plus pour les bien-pensants.

Et des fois je me dis qu'il vaut mieux pour moi de partager un verre de vin avec un bien-pensant que de me faire postillonner dessus par un crétin raciste xénophobe qui manque d'empathie et ramène tout à sa petite personne aspirant atteindre les sommets de l'imbécillité extravertie.

***
La pensée du jour

Quand un raciste s'en prend aux bien-pensants je me rends compte que je préfère les beaux sentiments à la pseudo-logique haineuse. Bref je préfère le bourgeois bobo et libéral au tribun autoproclamé qui prend pour du patriotisme la pratique de l'anthropophagie.

vendredi 22 septembre 2017

Votez Grosse Plogue!

J'sais bin pas trop par y'où c'que c'est qu'ej' devrais commencer. Ahem. Ahem. M'en va's d'abord m'écla'rcir la voix. J'aurai moins l'motton comme on dit. 

Moé là, bin c'est Marcel. J'veux dire que j''m'appelle Marcel pis que j'su's musicien. Je joue d'la planche à laver dans un band. Oui. Pis ceusses qui pensent qui a rien là savent pas c'qu'i' disent. Le beat, c'est pas donné à tout l'monde. 

Y'en a qui pourraient faire chanter une fourchette. 

Bin moé c'est pareil avec la planche à laver. En seulement que j'su's pas là pour vous parler d'ma planche à laver, mais bin pour dire que j'veux d'venir rien du tout. 

Et qu'la meilleur manière d'el' devenir c'était de me présenter aux élections municipales. 

Si j'su's élu, bin j'vous garantis que j'f'rai rien. Rien pantoute. M'en va's assister aux réunions municipales mais j'dirai rien. Rien pantoute. 

M'a voté comme tout l'monde. Pour le maire ou pour le beau-père, m'en sacre. 

J'vous assure que j'f'rai rien pantoute, qu'ej' changerai rien, qu'ej' proposerai rien, pis qu'les nids-de-poules seront pas plus ou pas moins patchés qu'avant... 

Avec l'argent que j'va's gagner comme conseiller municipal j'va's crisser ma job-là bin entendu. J's'rai p'us commis au dépanneur. J'va's prendre un peu comme qui dirait ma retraite. Donc, votez pour quelqu'un qui veut rien faire et être payé pour ça. Votez donc pour moé, hein? Pourquoi voteriez-vous pour un autre? Moé j'va's vraiment faire c'que j'vous dis. J'va's rien faire. Rien. 

J'm'appelle Marcel. Marcel Grondin. Mes amis m'appellent Grosse Plogue. Me présente dans le district des Écrevisses. J'vous promets rien sinon qu'i' s'passera jamais rien sous mon règne... Vous entendrez rarement parler de moé... J'va's juste collecter l'argent pis farmer ma yeule. 

Votez Marcel Grondin.

Votez Grosse Plogue.

Pis passez à autre chose.

I' s'passera rien sous mon règne.

Rien de rien.

J'dépenserai pas plus qu'un salaire de conseiller.

J'aurai aucune ambition pour travailler plus pis pour rencontrer qui que ce soit.

Grosse Plogue vous évitera bien des ennuis.


jeudi 21 septembre 2017

Plus rien à cirer du combat contre les religions

J'ai été baptisé catholique. J'ai suivi les enseignements de l'église par devoir. Je  me suis pointé à la messe à tous les dimanches. Et, franchement, je détestais ça. Je trouvais ça ennuyant. Soporifique. Une forme de rétrécissement de l'esprit qui m'était insupportable.

Vers l'âge de treize ans, je me suis rebellé. J'ai dit à mes parents que je ne voulais plus aller à la messe. Comme le simple fait de le dire ne suffisait pas, je me suis mis à donner mes arguments, que j'hésitais à leur fournir par une forme de respect filial. Cela dit, j'avais treize ans et le couvercle de la marmite devait sauter. Je leur ai donc dit que je ne croyais pas en Dieu.

-Si Dieu existe, qu'il me foudroie sur-le-champ... J'attends.. Tiens? Je suis encore là? Donc, Dieu n'existe pas. Vous ne pouvez pas m'obliger à m'agenouiller devant un être imaginaire...

Je faisais bien sûr de l'ironie. Que pouvais-je faire d'autre? C'était ma seule arme contre l'autorité qu'ils avaient de m'obliger à fréquenter l'église.

L'ironie, c'était qu'aucun de mes amis n'allait à la messe. En 1981, c'était déjà du passé. Mon anticléricalisme suscitait à peine un sourire en coin de mes camarades. Il s'en foutait bien de l'église. Elle n'existait tout simplement plus. C'était une patente pour baptiser des bébés et enterrer des morts.

J'ai passé quelques années à me croire le pourfendeur des religions, comme mon idole Voltaire. Par contre, il n'y avait plus d' «infâme» à écraser. Je devais faire des miles et des miles pour trouver un curé encore capable de tenir une conversation. Et même si je l'avais trouvé, il aurait dû subir mon monologue.

Puis j'ai fait la paix avec la religion. Je ne veux pas dire que je suis devenu croyant. Je veux simplement dire que je ne joue pas au curling. Les amateurs de curling vivront bien selon leurs règles au sein de leur club, tant que cela n'interfère pas avec les droits civiques garantis par la constitution. Il y a aussi les amateurs de bowling. Dans tous les cas, que chacun fasse sa partie. Je jouerai la mienne à ma façon. Et quand on se fera une réunion de quartier, on aura cette intelligence de ne pas mettre le curling, le bowling ou bien ma passion personnelle au-dessus de toute autre considération. Ce qui me semble le fondement de la laïcité.

***

Cette semaine, Martine Ouellet, cheffe du Bloc québécois, s'en est prise à Jagmeet Singh, candidat à la direction du NPD canadien. Elle a dénoncé la montée de la «gauche religieuse».

Il semble qu'on ait déjà oublié feu le curé Raymond Gravel, député bloquiste sous Gilles Duceppe.

Jagmeet Singh croit en la séparation du temple et de l'État sous son turban. Il soutient le mouvement pro-choix en matière d'avortement. Il est pour la défense et la promotion des droits des membres de la communauté LGBT. Mais, voyez-vous, il faudrait surtout retenir qu'il porte un turban...

Je prédis que Jagmeet Singh remportera la course à la direction du NPD.

Je crois même qu'il serait possible pour lui d'augmenter le score des députés NPD au Québec, en dépit de tout ce qui se persifle ici et là.

Pourquoi? Parce que la société québécoise est déjà rendue ailleurs. On ne ressent plus le besoin de s'agiter pour faire de l'anticléricalisme outrancier. Chacun fait sa petite affaire dans son temple ou bien dans sa chambre. On n'embrigadera pas la vie dans un désir sournois d'uniformisation.

***

Au fait, on peut aussi se questionner à propos des femmes qui portent le voile et militent pour Québec Solidaire, une organisation politique fermement pro-choix en matière d'avortement et tout aussi inclusive envers la communauté LGBT.

Si ces femmes sont les réactionnaires que certains veulent nous faire croire, que font-elles au sein d'un parti politique plutôt impie?

Pourrait-on imaginer une militante ultraconservatrice des Bérets blancs au sein du Parti communiste, voire de Québec Solidaire?

Il y a quelque chose qui clocherait.

Suis-je en faveur du port du voile? C'est une question qui ne se pose même pas.

Je n'en ai rien à cirer, du voile.

Et c'est parce que je n'en ai rien à foutre que je ne me battrai pas plus contre le port du chapeau melon, du turban ou de la kippa. Je laisserai même les évêques faire leur épicerie avec leur mitre bien enfoncée sur la tête.  Ça mettra de la couleur dans la foule. Sans plus.

Autrement, on tomberait vite dans la connerie.

Comme celle de ce Pierre 1er, tsar de toutes les Russies, qui s'était mis en tête de moderniser son empire de force en coupant les barbes des chrétiens orthodoxes.

Ou bien celle du Congrès américain qui s'en est pris à un prêtre autochtone, un certain Sitting Bull, qui voulut rétablir la danse des esprits au sein de sa tribu. Une danse diabolique, bien entendu, puisque le Congrès le disait... Cela se termina par une tragédie. Par le massacre de Wounded Knee et la poursuite d'une politique de génocide culturel auprès des Sioux et des peuples autochtones. Tout ça sur la base d'un combat à mener contre une religion jugée barbare, celle des Sioux évidemment.

Vous en voulez d'autres?

Je crois que la coupe est pleine.

***

Non seulement nous pouvons, mais nous devons nécessairement apprendre à vivre ensemble. La Terre n'est plus aussi grande qu'elle ne le semble. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de nous haïr sans risquer de tous y passer.

La meilleure recette, c'est encore celle que nous pratiquons inconsciemment, voire sciemment, depuis des lustres. Cette vieille recette que pratiquaient depuis longtemps les Autochtones. Écouter l'autre lorsqu'il parle. Ne pas l'interrompre. Lui laisser dire ce qu'il a à dire. Et puis lui répondre poliment ensuite, en prenant tout le temps qu'il faut. Au risque de garder le silence tous les deux devant le spectacle des étoiles.

mercredi 20 septembre 2017

Monsieur Lebrun tient des discours à l'humanité

Monsieur Lebrun était plus blanc de poil qu'il n'était brun. Idem pour la peau. Il aurait dû s'appeler Monsieur Leblanc. L'ironie de la vie voulait que son nom fut Monsieur Lebrun.

Est-ce tout?

Bien sûr que non.

Monsieur Lebrun était sur son trente-et-un, si vous voyez ce que je veux dire.

Il était propre, bien peigné. Il portait un complet-cravate bleu foncé.

Les poils de ses trous de nez ne dépassaient plus ce jour-là. D'habitude ça lui sortait du pif comme un bouquet de fleurs séchées.

Oui, il était pas mal monsieur ce jour-là Monsieur Lebrun.

C'est qu'il allait prononcer un discours, Monsieur Lebrun. Un discours qu'il allait lire devant l'ensemble de l'humanité rassemblée devant lui.

-Ahem! Ahem! toussa-t-il pour s'éclaircir la voix.

La foule ne disait rien. Tout le monde était comme déjà hypnotisé par sa présence.

-Mes amis, mes chers amis...

Puis Monsieur Lebrun tomba dans un état total de prostration.

Il ne bougeait plus. Il était figé comme une vieille crotte.

Que pouvait-il bien se passer?

L'humanité quittait le solarium.

Des préposés tout vêtus de blanc les entraînaient vers la salle à dîner.

-Il faut que vous veniez dîner Monsieur Lebrun! lui dit Linda Hubert, préposée aux bénéficiaires depuis trois ans à la Résidence de la Sainte Paix.

-Ahem, toussa Monsieur Lebrun... C'est que...

-Votre discours pour l'humanité? Vous le ferez tantôt ou demain... Là, c'est le temps de manger...

-Oui, sans doute...

Monsieur Lebrun trottina derrière Linda Hubert.

Un téléroman américain traduit en parisien jouait à l'écran, dans le solarium.

Les feux de l'amour. Ou bien quelque truc du genre.

Le téléroman où il y a une fille qui dort sur un oreiller bourré de plumes.

Son nom m'échappe.

Un Nous qui fait si vieux

Le PQ c'est comme un vieux qui est convaincu que le charleston est encore à la mode. Certains l'écoutent encore avec politesse. Comme s'ils craignaient que le vieux ne s'effondre en exécutant sa dernière danse. On le ménage. On lui laisse danser le charleston. Puis on tasse les meubles et on avise les inconnus qu'il n'a plus tout à fait toute sa tête. Ou bien qu'il est encore saoul, comme d'habitude.

Évidemment, le vieux n'aime pas ça. Il se sent victime d'âgisme. Il demande que la loi oblige tout le monde à danser le charleston. «Le baladi et la bossa nova, ce n'est pas pour Nous», prétend le vieux. Et tout un chacun se regarde en se demandant pourquoi ce Nous n'a rien à voir avec soi-même. Pourquoi ce Nous fait si vieux.

***

Martine Ouellet dénonce la montée de la «gauche religieuse». La cheffe du Bloc québécois dénonce entre autres le candidat à la chefferie du Nouveau Parti Démocratique,  Jagmeet Singh, un sikh d'origine montréalaise qui parle français. Une autre tentative qui me donnerait l'envie de voter pour Jagmeet Singh plutôt que pour Martine Ouellet...

-Enlève ton turban le sikh! semble lui dire Martine Ouellet...

C'est d'autant plus ridicule que feu le curé Raymond Gravel faisait justement partie de cette même «gauche religieuse» que Martine Ouellet dénonce aujourd'hui. C'est vrai que le curé Gravel était député bloquiste. Il portait une croix. Pas de turban. C'est vrai que dans sa religion on ne porte jamais de turban. Mais bon, on ne se mettra pas à compliquer les choses plus qu'elles ne le sont...

En passant, les sikhs ne sont pas des musulmans et ne peuvent donc pas imposer la charia...

Le seraient-ils qu'ils n'en voudraient peut-être pas plus. Il n'y a pas que des fous dans les religions. Il y a aussi des Raymond Gravel, des Jagmeet Singh...

Je ne peux m'empêcher de penser aussi à Simone et Michel Chartrand. Ces deux-là étaient des chrétiens de gauche.

-La religion m'a fait trop de mal pour que j'en dise du bien et trop de bien pour que j'en dise du mal, ironisait Michel Chartrand.

C'est une idée qui se défend, même si ce n'est pas la mienne.

Alors quel est le problème avec la «gauche religieuse»? On lui reproche quoi? D'être pro-choix? D'être antifasciste? D'être pour la reconnaissance des droits civiques des membres de la communauté LGBT? Il faudrait bien qu'on me l'explique. Comment peux-tu vivre pleinement ta vie de réactionnaire religieux parmi des salauds de gauchistes qui prêchent pour l'avortement libre et gratuit et participent aux parades de la fierté gaie? Il y a quelque chose qui ne tient pas la route, vous ne trouvez pas, madame Ouellet?

***

Combattre le port de signes religieux ostentatoires me fait penser à Pierre le Grand qui coupait les barbes de tous les vieux chrétiens orthodoxes pour rendre la Russie moderne... Quelques-uns furent sans doute tués au passage, mais qui peut arrêter le progrès, hein?

On peut aussi songer à ceux qui interdisaient aux Autochtones de s'habiller selon leurs coutumes, tant culturelles que religieuses. On oublie que l'on a fait la guerre à Sitting Bull parce qu'il contribuait à rétablir la Danse des Esprits (Ghost Dance), un mouvement religieux  considéré comme de la sorcellerie par les membres du Congrès américain de l'époque.

Dans tous les cas, ce sont des innocents qui paient pour l'intolérance des uns et des autres.

Une intolérance qu'il faut combattre parmi toutes les organisations et institutions.

Pour éviter des massacres comme celui de Wounded Knee, il faudra bien en venir à vivre et laisser vivre tout un chacun, sous la protection de nos lois qui garantissent à chacun non seulement la liberté d'expression, mais aussi celle d'exprimer librement ses convictions religieuses.

Après la Conquête de 1759, on a interdit aux catholiques de siéger comme députés. Puis on a fini par reconnaître aux catholiques le droit d'exercer des fonctions parlementaire. Ce fut ensuite le tour des Juifs. Ezéchiel Hart fut d'ailleur le premier député juif d'Amérique du Nord. Il devint député de Trois-Rivières. Les années passèrent et tout un chacun put devenir député, riche comme pauvre, juif ou catholique, propriétaire ou locataire, homme ou femme. On peut appeler ça le progrès. Il serait dommage de s'en priver pour revenir au temps de la sainte inquisition espagnole...

Ou bien à celui de Pierre Le Grand qui vous tire par la barbichette.

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Djemila Benhabib s'en prend à Xavier Camus, un professeur de philosophie qui tient un blog où il s'oppose avec véhémence au racisme et au fascisme qui tous deux ont gagné du terrain depuis l'élection de Donald Trump.

Xavier Camus expose les liens subtils qui se tissent entre le groupuscule d'extrême-droite La Meute, certains mouvements nationalistes et quelques chroniqueurs de la presse à scandales.

On a affaire à d'anciens militaires qui se promènent avec des flambeaux dans les rues en croyant être des chiens bergers allemands et il faudrait regarder ça comme une parade de la Saint-Jean-Baptiste, constitué de braves gens qui n'auraient pas dû boire autant de conneries sur le web?

Camus a eu le malheur de révéler que des membres de la Meute faisaient partie du service d'ordre de Djemila Benhabib. Comme il a eu le malheur de signaler que plusieurs perroquets des médias traditionnels étaient membres de la page Facebook de la Meute. Du coup, on voudrait que Camus soit payé par les Frères musulmans, ce qui relève bien sûr du délire idéologique poussé à l'extrême.

Et c'est là, justement, qu'une intellectuelle comme prétend l'être Djemila Benhabib ne devrait jamais aller.

Le Québec n'est pas l'Algérie. Il s'est passé une sale guerre civile là-bas. Un gouvernement laïque corrompu s'est fait bousculer par un mouvement religieux qui se nourrissait de la lutte contre la corruption gouvernementale. Dans certains cas, comme en Afghanistan, les États-Unis ont soutenu le mouvement religieux contre le gouvernement laïque corrompu. Mais pourquoi rappeler ces événements désagréables qui compliquent tout autant notre vision des choses qu'ils ne menacent notre fonds de commerce? L'ennemi à abattre, dans tous les cas, c'était l'injustice sociale. L'injustice sociale qui sert de terreau fertile à toutes les idées les plus absurdes, ici comme ailleurs, parce que rien de bon ne peut pousser dans le désespoir.

***

La lutte contre le totalitarisme ne laisse certes pas de répit.

Il faut non seulement combattre l'extrême-droite. Il faut aussi prendre ses distances face aux Khmers rouges et autres gardes d'une quelconque campagne d'anthropophagie. Il importe tout autant de se dissocier des mouvements religieux qui souhaitent établir une théocratie. À ce que je sache, nous sommes encore loin du compte. Pour la religion, je veux dire. Le seul mouvement religieux qui pourrait aspirer à ça, ici, c'est le christianisme. Il est lui-même divisé en une myriade de sectes, sans compter que toutes les églises catholiques sont à l'abandon. La religion à surveiller, si j'étais un anticlérical militant, ce serait bien sûr celle de la majorité. Pas la pitoyable concurrence. Même pas 3% de la population... Aussi bien s'en prendre aux animistes. Ou bien aux mazdéens.

***

Pour ne rien vous cacher, je crois avoir de l'appétit pour la vie spirituelle.

Je n'appartiens à aucune religion et à aucune organisation politique.

Je loge quelque part à gauche. Et quelque part dans les étoiles.

Je me sens près de l'animisme. C'était après tout le culte de mes ancêtres autochtones.

J'envisage avec ravissement l'hypothèse que toute chose, roche ou créature, est dotée d'une âme qui lui est propre. Toute chose est en vie et mérite d'être traitée comme une part du grand tout. Le Grand Esprit, alias Kitché Manitou, est aussi cet être imaginaire qui nous permet de discuter auprès du feu en tentant de percer la signification de nos rêves. Cet «être imaginaire» n'interdit pas la présence d'autres dieux et d'autres explications. C'est d'ailleurs ce qui fâchait les Autochtones lors de leurs premiers contacts avec les missionnaires catholiques.

-Robe noire! Je t'écoute parler de ton dieu depuis des heures, sans t'interrompre, avec respect... Et toi, dès que je te parle du mien, tu me dis que ce ne sont que des sottises et de la superstition... Ce n'est pas très, très gentil... Hugh!

***

Je ne suis donc pas athée. Ou si peu.

Tout cela est sans importance.

Je me sens en paix avec tous les êtres humains, quelle que soit leur religion, leur appartenance politique, leur fonction sociale.

Face à mon semblable, quel qu'il soit, je me comporterai toujours aussi honorablement que je dois nécessairement le faire.

Nous faisons tous partie de la même aventure. Nous ne devons pas nous exploiter les uns les autres, mais collaborer ensemble dans un esprit de partage et de solidarité. C'est ce qui fait la beauté d'un voisinage, d'un quartier, d'une ville et, plus encore, d'un pays, voire du monde entier.

Ce Nous qui se fait si vieux doit faire place à un Nous qui n'exclue personne, même les vieux qui voudraient encore danser le charleston. À chacun sa danse. À chacun sa folie.


lundi 18 septembre 2017

Mes amis les vagabonds

Les bums et ramasseux de canettes connaissent tous le Capitaine. Ils vous parlent de lui avec respect. Il est de tous les bums le plus autonome, le plus déconnecté, bref le plus libre.

Ils l'appellent le Capitaine parce qu'il a l'air du Capitaine Haddock avec sa grosse barbe noire et sa casquette de marin. 

On ne sait pas où il habite, mais on le croise partout sur son vélo, entre Montréal et Québec, dont à Trois-Rivières.

La première fois que je vis le Capitaine, j'attendais mon bus alors que je le voyais roupiller dans l'abribus, couché sur du carton et emmitouflé dans son manteau. Son vélo, ses sacs de plastique et tout un attirail de pêche l'accompagnaient. 

Sans doute que je lui faisais de l'ombre. Il a fini par se réveiller et par me remarquer. 

-Belle journée hein m'sieur?

-Oui, lui répondis-je. Y'a pas à dire...

Et puis nous avons parlé de tout et de rien. Et surtout de la pêche. Parce que le Capitaine compte sur le poisson pour ne pas se nourrir dans les bacs à vidange.

-J'pêche partout... Même à Montréal... Berthierville... Sorel... Québec... Lévis... Trois-Rivières... J'pêche le matin pis j'déjeune avec du poisson... oui m'sieur... La nature est généreuse hein?

Puis ma bus arriva. 

J'ai salué le Capitaine et je suis parti.

Je l'ai recroisé souvent au cours des mois et des années.

Je l'ai vu dormir sous le viaduc de l'autoroute 755, sous l'abri des joueurs du terrain de baseball d'un parc municipal, sur un banc public, etc.

Les bums et autres ramasseux de canettes m'ont assuré que le Capitaine était un spécial.

-I' r'çoit pas de chèque... c'est un vrai... I' vit juste de c'qu'i' trouve... du poisson, des chips dans les vidanges, du vieux pain... I' veut rien savoir d'l'argent...

Que s'est-il passé dans la vie du Capitaine pour qu'il décroche autant des obligations que nous rencontrons? Pas de loyer à payer... Pas d'agente d'aide sociale pour vous enquiquiner...La liberté libre et vraie, dans le dénuement absolu, à se laver dans des toilettes publiques, bien entendu, mais aussi à regarder les étoiles, s'il s'en trouve encore. 

***

Le Capitaine n'est plus seul. 

On dirait que la relève est assurée.

Une pauvre dame a aussi élue résidence dans un parc que je traverse fréquemment.

Elle refuse l'argent. 

Jos voulait lui donner cinq dollars parce qu'il la voyait fouiller dans les poubelles. Il trouvait qu'elle faisait pitié et lui a donc offert cette aumône.

Elle lui a répondu qu'elle ne voulait pas de son argent.

-Lorsque vous me voyez, venez plutôt me parler. Ça, ça va me faire plaisir. L'argent, c'est pas important...

Elle aussi, voyez-vous, vit sans argent.

Du moins, on pourrait le croire.

Elle a décroché. Totalement.

Et on se sent sans voix devant des gens comme ça.

On se demande si l'on doit les aider ou bien si ce sont eux qui nous aident.

Ne sommes nous pas les plus à plaindre avec nos chaînes de salariés et notre médiocre accès à du temps de qualité pour respirer?

Ils vagabondent toute la journée, regardent les oiseaux du ciel, pêchent du poisson, mangent du pain passé date, tandis que nous nous échinons toute la journée sans rien voir, mangeant en toute hâte, courant après cette vie qui nous écrase les uns les autres.

***

Je me rappelle vaguement d'une nouvelle de Tchekhov. Elle met en scène un pauvre bonhomme qui dort toutes les nuits à la belle étoile. Il remercie le Seigneur pour la vie qu'il mène même quand le sol est humide et froid...

-Je ne changerais pas de vie! Quelle belle vie je mène! Merci mon Dieu! dit-il substantiellement.

Cette nouvelle me revient en mémoire quand je songe aux vagabonds que je croise sur mon chemin.

Malheureusement, le titre de la nouvelle m'échappe. Est-ce Le passeur? Le vieux monsieur avec son chien? Arrête de boire Boris? Je ne m'en souviens plus. Et c'est dommage.

Peut-être que je ferais mieux de le demander au Capitaine.

Peut-être qu'il a lu Tchekhov lui aussi.

Ce qui ne me surprendrait pas.

Il y a souvent des gens trop éduqués qui finissent par péter les plombs.

Un peu comme Tolstoï qui devint vagabond les deux derniers jours de sa vie, rejetant tout dans ce qui fut sa dernière aventure sur Terre. 

Il avait quatre-vingt deux ans 

On le rattrapa à bord d'un train, déguisé en mendiant. Puis son coeur claqua parce qu'on ne voulait pas lui foutre la paix.

On ne voulut pas qu'il devienne vagabond. Et Tolstoï en mourut.




vendredi 15 septembre 2017

L'histoire du preux chevalier Grunwöld alias Ronald Bégin

Grunwöld s'appelait en fait Ronald. Il préférait Grunwöld. Ça n'avait pas l'air malin, Ronald. Tandis que Grunwöld, fiou, ça vous débouchait un fjord.

Grunwöld était évidemment le nom qu'il affichait sur les médias sociaux, animant toutes sortes de tribunes destinées aux plus authentiques crétins des coins les plus reculés de la bêtise.

Il se croyait bien la réincarnation d'un preux chevalier. Pas d'un trou de cul de serf, d'un mendiant ou bien d'un moine émasculé. Un preux chevalier, c'était certain. Et il avait combattu les armées d'Aladin.

Finalement, on avait affaire à un raté.

Grunwöld croyait à toutes sortes de trucs disparates. Le monde était dominé par les Reptiliens... Les Américains ne sont jamais allé sur la Lune, etc. Il l'avait vu sur YouTube, imaginez-vous donc...

Pendant la journée, Grunwöld devait cependant redevenir Ronald. Ronald Bégin, commis d'entrepôt.

Il n'y a pas de mal à travailler en tant que commis d'entrepôt. À moins de ne pas porter de bottes à embouts d'acier. Mais là n'est pas notre sujet.

Ronald Bégin refusait cette vie de commis d'entrepôt.

Il serait preux chevalier ou rien.

Que vouliez-vous?

***

Finalement, comme je ne sais pas comment terminer cette histoire, je vais tenter cette fin abrupte. Un énorme astéroïde entre en collision avec la Terre tuant sur le coup Ronald Bégin et tous les habitants de son pays. Grunwöld perd sa connexion Internet mais ne peut pas s'enrager puisqu'il est déjà mort.

***

Autre finale.

Grunwöld tombe amoureux d'une princesse des dunes du Sahara.

Ils ont beaucoup d'enfants et apprennent ensemble à jouer au rugby.

La princesse tient à boire de l'eau.

***

Celle-là pourrait aussi faire l'affaire.

Il pleut sur la ville.

Grunwöld a envie d'un bon hamburger.

Il se commande plutôt une soupe won ton.

Avec un grand verre d'eau.

***

Il marchait puis tout à coup: plus rien.

Rien.

Tout était à l'eau.




jeudi 14 septembre 2017

Mon nouveau recueil de poèmes / Tirage à un seul exemplaire

J'ai tiré un seul exemplaire de ce recueil de poèmes.

Il sera bientôt disponible sous peu dans une librairie près de chez-nous.

Il s'intitule Livre de comptabilité A82.01 .

Voici quelques extraits.










Livre de comptabilité A82.01
Poésies de Gaétan Bouchard
Tous droits réservés. 2017
Exemplaire unique.




Oui à l'indépendance, non au nationalisme

La culture, c'est ce qui m'a permis de vivre l'infini dans un espace restreint. C'est une trappe au plafond pour s'évader au ciel. C'est un art de magnifier la vie et de lui donner encore plus de résonance.

Le nationalisme, bien que lyrique, n'est pas de la culture.

C'est de la politique.

Le peuple n'appartient à personne.

Ni à vous, ni à moi.

La nation, les sacrifices pour la patrie, la patrie menacée et quoi encore me semblent des incantations pour abjurer le bonheur des hommes.

Je ne suis pas nationaliste. Je ne le serai jamais.

Ma patrie, c'est le cosmos.

Mon monde, c'est Ti-Ben, Rita, Bob, Caillou, Rachid, Ruth, etc.

Mon drapeau, c'est pas de drapeau du tout.

Je suis un passager de l'USS Enterprise.

Vers l'infini et plus loin encore avec le docteur Spock et les autres.

***

À chaque fois qu'un militant indépendantiste critique le multiculturalisme, je me sens plus cosmopolite et moins Québécois.

Je ne sais pas quelle est la stratégie des enragés identitaires mais elle fonctionne mieux que celle de tous les fédéralistes pour faire dévier des souverainistes de l'ultranationalisme qui a gagné du galon depuis les attentats du 11 septembre.

Certains contempteurs du multiculturalisme avancent que c'est un plan du gouvernement fédéral pour assimiler les Québécois... Les banquiers sont derrière ça voyez-vous. Il ne faudrait pas être naïf. Ne pas être raciste et constater que l'élite utilise l'antiracisme pour mener à bien ses projets d'instaurer un Nouvel Ordre Mondial...

Bref, si Justin Trudeau n'est pas raciste il est patriotique de l'être un petit peu, pas trop, juste assez pour ne pas froisser ces valeureux combattants du Ku-Klux-Klan local qui hurlent au loup en revendiquant leur «liberté d'oppression». On aura besoin de leur vote aux élections. Et bien qu'ils n'aiment pas les bronzés et les nez fourchus il serait maladroit de les dénoncer.

C'est à vous dégoûter à jamais de l'indépendance du Québec...

C'est pourtant une option portée par bon nombre de Québécois qui n'embarquent pas dans ces controverses identitaires, qui transcendent ce nationalisme puant, qui souhaitent un pays inclusif où tout un chacun trouvera sa place et mènera sa barque comme il l'entend.

Autrement, ça ne vaut pas la peine de la faire, l'indépendance. Restez seuls avec votre esprit de clocher paroissial. Moi je décroche. Je ne veux plus aller à la messe. Je n'appartiens à rien ni personne. Et vous ne pourrez pas parler en mon nom.

***

Je me souviens d'un type. C'était un bizarre. Il devait avoir autour de vingt ans. Il était grand, sec et dévoré par la timidité. On ne lui connaissait pas d'amis. Il semblait seul au monde sur le campus du cégep qu'il fréquentait. Un jour, il adhéra à un groupe nationaliste quelconque. Il en fut transformé. Il distribuait des tracts nationalistes sur le campus. Ce qui n'a rien de particulier. Sinon qu'il portait toujours le drapeau fleurdelisé accroché à son cou comme s'il s'agissait d'une cape.

Les jours passèrent. Puis les semaines. Le pauvre gars allait encore au cégep avec sa cape fleurdelisée. C'est là que la travailleuse sociale du cégep intervint. Elle l'invita dans son bureau pour lui expliquer calmement qu'il lui fallait peut-être songer à enlever sa cape. Avant que de devenir fou.

-J'peux pas! qu'il disait.

-Pourquoi?

-J'ai juré que j'la porterais jusqu'à c'que l'Québec soit indépendant!

Que vouliez-vous qu'elle fasse? Rien, évidemment.

On a fini par perdre de vue ce Capitaine Québec.

Peut-être est-il guéri.

J'imagine qu'on en trouve aussi qui se drapent avec l'unifolié canadien ou bien avec celui de leur village.

Après tout, nous sommes tous pareils.

Nous avons tous à gérer nos exaltés.

Nous devons tous ne pas trop les prendre au sérieux.

Et les guérir de leur timidité peut-être.

Et leur offrir une vie sociale digne de ce nom pour ne pas laisser aux fanatiques le pouvoir de s'intéresser aux pauvres diables pour ensuite se servir d'eux.

***

Je vous étonnerai peut-être. Je suis indépendantiste.

Je n'en ferai pas tout un plat. C'est une question administrative qui mérite une discussion un tant soit peu sérieuse que je n'ai pas l'envie de mener en ce moment.

Je suis disponible pour d'autres scénarios parce que je ne me sens lié à aucun, en âme et en conscience. Je ne suis pas abonné à vie à cette idée. Il se peut que mon idée change. Comme la vôtre pourrait changer.

Je suis d'abord et avant tout un humain.

Je suis ensuite un humain.

Et, au bout du compte, je suis encore humain.

Rien qu'humain.

Et pleinement humain.

Oui à l'indépendance.

Non au nationalisme.

mercredi 13 septembre 2017

Diogène, Hiawatha, Glouscap et les autres

Mes vieux cours de philosophie me donnent cette prétention de renvoyer la notion de cosmopolitisme à Diogène de Sinope, un philosophe qui vivait dans une amphore située aux abords d'un dépotoir.

Diogène vécut à la même époque que Socrate, Platon et Aristote.

C'était un étranger, c'est-à-dire un métèque aux yeux des citoyens d'Athènes.

Diogène s'en moquait. Tout comme il se moquait de leurs fausses prétentions, de leurs valeurs superficielles, de leurs idoles.

Il se disait citoyen du monde. Point final.

On prétend qu'un jour Alexandre le Grand lui-même, élève d'Aristote, vint le voir pour profiter de ses enseignements et de sa sagesse.

-Que puis-je faire pour toi? lui demanda le Grand.

-Ôte-toi de mon soleil, tu me fais de l'ombre, lui répondit le pouilleux qui vivait dans un vieux pot.

***

Ce qui étonne chez Diogène c'est cette majesté qu'il projette même devant les Grands tout en étant le roi des vagabonds.

Un jour il est fait esclave au cours d'une quelconque guerre.

-Que sais-tu faire? lui demanda le vendeur du marché.

-Diriger des hommes, répondit l'esclave Diogène.

Puis il pointa l'homme qui lui semblait le plus riche dans la salle.

-Vendez-moi à lui. Il a besoin d'un maître...

Le maître en question était effectivement l'homme le plus riche de l'assemblée. Il acheta Diogène.

Diogène devint l'enseignant des deux fils de l'homme riche.

Au bout de son enseignement, ils s'enfuirent avec Diogène et menèrent avec lui une vie de vagabonds errant librement d'un dépotoir à l'autre.

***

La notion de cosmopolitisme renvoie à la Grèce ancienne pour une raison purement terminologique. Cosmo, polis, isme... tout ça renvoie au grec.

Cela dit, les Autochtones, quatorze mille ans plus tôt, disait que la Terre n'appartenait à personne. Ils n'avaient certes pas la notion de «citoyen du monde» mais sans doute cultivaient-ils celle du respect envers la Terre et ses créatures, à moins d'une de ces folies dont l'humanité ne se lasse pas d'avoir de temps à autre pour régresser un tant soit peu.

On n'a pas retenu le nom d'un Autochtone en particulier.

Certains vous parleront de Glouscap, d'autres d'Hiawatha. Les plus politisés vous ramèneront vers Sitting Bull et Louis Riel.

Je ne saurais vous en parler plus que je ne dois moi-même encore l'apprendre...

Ce que je sais, c'est qu'avec les Grecs j'étais du côté d'un fou qui se tenait dans un dépotoir face à une société qui ressemblait tellement à la mienne que je ressentais le dégoût de Diogène.

En fréquentant un peu plus la philosophie autochtone, j'y découvre toute cette sagesse qui manquait tant aux Grecs Anciens qu'à Diogène.

Les Grecs comme les Romains plaçaient leur Âge d'Or dans le passé...

Pour eux, ils vivaient à l'Âge de Fer, le pire temps de l'humanité, une époque sombre où tout le monde trompait tout le monde, où les enfants tuaient leurs propres mères, etc.

L'Âge d'Or, c'était quand les Grecs et les Romains vivaient comme des Autochtones... Pourquoi perdrais-je mon temps avec la philosophie de l'Âge de Fer alors que celle de l'Âge d'Or est encore toute fraîche, ici-même, malgré nos tentatives d'y mettre un terme?

***

Avec le temps, malgré tout le respect que je puisse avoir envers Diogène, je constate que sa voie était sans issue.

Cela ne remet pas pour autant en question l'idée de transcender l'esprit des nations pour se fondre à des notions universelles, communes à tous, et susceptibles de nous faire évoluer tous ensemble sur une Terre devenue de plus en plus étroite.

Nous vivons encore à l'Âge de Fer.

Nous cultivons encore des préjugés sociaux fondés sur rien.

Pourtant, nous vivons sur l'Île de la Tortue.

Nous occupons le territoire et l'histoire encore en cours des Autochtones.

Nous sommes, que nous le voulions ou non, idem pour eux-mêmes, des Autochtones d'adoption.

Notre mémoire est encore trop sélective et empreinte d'idées reçues.

Il n'y a pas que la Grèce.

Il n'y eut pas que Rome.

Bien sûr la France.

Bien entendu le Québec.

Mais l'Île de la Tortue, Hiawatha, Kitché Manitou, Glouscap, le Grand Cercle de la Vie?

Pas un mot. Ou presque.

J'habite ce territoire depuis des années.

Je suis même Métis de par feue ma grand-mère Adrienne, Anishnabeg reconnue par la Loi sur les Indiens.

Pourtant, des pans entiers de l'histoire de l'Île de la Tortue me sont inconnus.

Jamais on ne m'a appris à dire au moins bonjour ou merci en algonquin, à l'école.

Mais on m'a appris à dire good morning et thank you; buenos dias et muchos gracias.

J'ai grandi sur le territoire des Haudenosaunee, des Atikamekw, des Anishnabeg et des Wendate sans rien savoir d'eux, sinon qu'ils portaient des plumes.

Vous trouvez ça normal vous?

À Trois-Rivières, on ne voit qu'un seul monument rappelant la présence des Autochtones. Il s'agit d'une plaque de bronze appliquée sur le socle de la statue du supposé fondateur, le Sieur de Laviolette, gofer de Champlain.

Les Autochtones sont à genoux devant lui, évidemment.

Et lui, eh bien il est debout, noble et fier sous sa moustache.

Vous me direz que les Autochtones se foutent des statues et vous aurez sans doute raison.

Ils ne diraient pas non à quelques totems, j'imagine.

Ça ferait vivre quelques artistes locaux.

Ça nous réconcilierait avec ce peuple qui n'occupe plus ce territoire parce que nous sommes dessus.

On passerait peut-être à autre chose un jour.

Une forme de renaissance de l'Île de la Tortue.

Une renaissance spirituelle, aussi forte et sublime qu'a pu l'être la philosophie grecque au cours des deux derniers millénaires.

Les Grecs ont perdu la guerre face aux Romains et néanmoins la Grèce a colonisé Rome.

Les Autochtones ont perdu la guerre face aux Colons. Et néanmoins l'esprit des Autochtones finira par décoloniser la colonie.

Et si vous voulez pleinement goûter cette philosophie, eh bien il faudra nécessairement commencer par au moins une nuit de canot-camping. La tente de vinyle remplacera le tipi. Les étoiles que vous verrez la nuit seront à peu près les mêmes que les Autochtones voyaient et voient encore de nos jours.

Citoyens du monde. Tout simplement Humains.

Les deux pieds nus sur la Terre sacrée.









mardi 12 septembre 2017

Souvenirs de philo

Statue de Diogène de Sinope,
philosophe cynique
Au risque de vous faire rigoler, je dois vous dire que j'ai étudié en philosophie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

J'avais d'abord étudié un an à la faculté de droit de l'Université Laval. J'avais dû quitter mes études parce que je ne pouvais pas me les payer. Et aussi parce que je préférais lire des romans pendant mes cours de droit. Je me suis trouvé un poste de préposé aux bénéficiaires au Centre hospitalier de l'Université Laval. J'ai passé deux ans à cette «école de la vie». J'ai travaillé sur tous les départements, sur tous les quarts de de travail. Puis je me suis inscrit en philo à l'UQTR parce que j'attendais une réponse pour Sciences Politiques à l'UQAM. Une réponse qui ne vint pas, allez savoir pourquoi. C'est vrai que je m'étais inscrit au début août...

En philo, je me la coulais douce. Le droit était beaucoup plus exigeant. En philo, on me demandait de rédiger des comptes-rendus de lecture. Ce que je faisais les deux doigts dans le nez, à la dernière minute, sur ma vieille dactylo. Une caisse de bière n'était jamais très loin. J'obtenais des scores de haut niveau. Je réussissais sans étudier parce que j'avais une bonne maîtrise du français.

Tout ce que j'aimais de mes études en philo c'était surtout de posséder une carte de bibliothèque de plus. Je pouvais emprunter jusqu'à sept livres. Wow! Je me suis donc mis à lire des romans pendant mes cours de philo. J'écoutais toujours d'une oreille distraite. En phénoménologie, je n'avais qu'à lire le Que sais-je? des Presses universitaires de France et j'aurais une longueur d'avance sur tout le groupe si j'y comprenais quelque chose. En marxisme, je n'avais qu'à me rappeler mon année de militantisme au sein d'un groupuscule trotskiste québécois. Pour l'humanisme, eh bien j'en donnais plus qu'on ne m'en demandait. Je partais sur de grandes envolées lyriques. Je faisais bien plus de la littérature que de la philo, mais bon, si la philo doit être triste, ça ne vaut pas la peine...

J'aimais aussi me saouler la gueule avec les étudiants les plus marginaux de la vénérable université.

Il y avait trois courants en philo.

L'humanisme, le marxisme et la logique.

J'étais gagné à l'humanisme et me dissociais autant du marxisme que de la logique.

C'était en 1989. Le mur de Berlin venait de tomber. Des étudiants défiaient des chars d'assaut sur la place Tien An Men.

Les idoles et les idéologies s'effondraient.

Les fascismes rouges, noirs ou bruns avaient leur logique.

Je prenais progressivement le parti du Docteur Jivago: plus d'art, plus de poésie, plus de musique, plus de curiosité intellectuelle.

Nous étions vaguement punks, néo-hippies, alcooliques, anarchiques et contestataires, jeunes, insouciants, buveurs de vin rouge, fumeurs d'herbes, etc.

Je faisais partie de l'Association des étudiants de philo. Nous avions un local que nous habitions presque 20 heures par jour. C'était devenu notre havre de plaisirs artificiels dans ce monde superficiel. Nous nous prenions pour des poètes maudits, des artistes ou bien des trous du cul.

Toute la faune bigarrée des pochtrons du centre-ville passaient par ce local de philo qui était devenu un haut-lieu d'expériences psychédéliques sur le campus. On s'y sentait comme chez-soi. Et on y fomentait toutes sortes de coups d'éclats, dont la publication d'un petit journal déjanté: Erratum.

Il arrivait aussi que nous pétions une bulle. Comme la fois que nous nous sommes mis à inonder le département de philosophie de tracts où nous nous gaussions de la logique et de la philosophie analytique. Je me souviens seulement des titres: La logique pue... 2+2=5... Conférence en philo analytique: un verre d'eau vous sera servi... On produisait jusqu'à 5 tracts par jour. Il y avait de n'importe quoi. Dont des poèmes de feu Viviers, alias Urbain Pesant, une armoire à glace de 400 lbs qui avait joué pour le club de football Les Diablos. C'était malade.

Ce fut notre chant du cygne. Tout s'est terminé quelques mois plus tard. Chacun a suivi sa voie.

On m'avait dit que le droit menait à n'importe quoi.

La philosophie aussi.

J'ai obtenu mon baccalauréat en philo en 1992. Je ne me suis jamais présenté à la cérémonie de la remise des diplômes. Ma mère aurait aimé ça avoir du photo de moi avec un bonnet carré sur la tête. Je ne m'en sentais pas la force. Trop de gens ne méritaient pas leur diplôme. Dont des illettrés et des incultes. J'avais le sentiment que mon diplôme ne valait rien de toute façon.

J'ai poursuivi mes études un temps à la maîtrise. Mon sujet de thèse était L'éthique du marquis de Sade pendant la Révolution française. Je partais du postulat de Baudelaire selon qui le mal qui se connaît est plus près de la guérison que le mal qui s'ignore. Je comparais Sade à Robespierre. Sade écrivait des histoires vicieuses mais militait contre la peine de mort pendant la Révolution. Robespierre vantait toutes les vertus mais tranchait des têtes.

J'ai complété une session de scolarité à la maîtrise.

Puis j'ai foutu le camp sans regarder derrière.

J'ai vécu de toutes sortes de boulot.

Ça aurait pu être pire.

J'aurais pu devenir logicien.

Ou adepte de Wittgenstein.

Heureusement que je n'ai jamais aimé m'ennuyer.

Heureusement que j'ai gardé de bons souvenirs de philo.


lundi 11 septembre 2017

Poncho jaune / Une tragédie en un acte de votre ami Gaétan

Le décor est vide parce qu'il n'y avait pas de budget pour un décor.

On n'a même pas pris la peine d'ouvrir les rideaux. Ni d'éteindre les lumières.

Tout se joue devant eux. À froid.

Il n'y a pas de musique.

Seulement un gars qui porte une chaise sur son dos. Comme si la chaise était assise sur lui.

Son sourire est irrégulier. Comme s'il ne savait pas s'il devait rire de lui-même ou laisser les autres se moquer de lui. Il mime un ballon sans bouger les mains, en roulant seulement des yeux sous ses paupières.

Il n'est pas nu, évidemment. Il porte un poncho de vinyle jaune acheté à vil prix dans un quelconque bazar.

Puis rentre un monsieur qui boite. Il s'appuie sur une canne. C'est un vieux monsieur avec une barbichette blanche. Il porte un costume trois pièces brun. Il sent un peu le vieux fromage mais l'odeur ne se rend pas jusqu'aux spectateurs. Il faut qu'ils aient l'impression qu'il sent le vieux fromage. Pour aider l'auteur, eh bien le comédien déjà sur scène intervient.

Poncho jaune: Sauf vot' respect, monsieur, vous sentez le vieux fromage.

Vieux monsieur: Et vous, paltoquet, que faites-vous avec une chaise sur le dos? Est-ce que je suis végétarien?

Les deux se regardent. Ils n'y comprennent rien.

Puis ils figent l'un devant l'autre, sans bouger un muscle, pendant au moins 13 minutes.

À la treizième minute, ils reprennent la conversation.

Vieux monsieur: Ouin bin cré bin qui va faire chaud d'main. Aujourd'hui c'est sweetie-dli-doux!

Poncho jaune: Faudrait que j'aille m'acheter des vis chez Rona.

Les rideaux s'ouvrent.

On entend une mouche voler. Une mouche géante. Et même qu'elle passe sur scène, la mouche. 

Mouche: Bonjour, je m'appelle Armand le comédien et je tiens le rôle de la mouche. Bzzz... Bzzz... fait-il en agitant ses mains comme si c'était des ailes.

Puis les rideaux se ferment.

Les comédiens déposent tous leurs vêtements sur la chaise et s'en vont en sous-vêtements vers les coulisses.

Poncho jaune: J'aime beaucoup le ketchup vert. 

Vieux monsieur: Sweetie-dli-doux!

Mouche: Bonjour, je m'appelle Armand le comédien et je tiens encore le rôle de la mouche. Bzzz... Bzzz... fait-il en agitant ses mains comme si c'était des ailes.



samedi 9 septembre 2017

Proésie

L'orme du coin de ma rue semble jaillir du trottoir.

Une dizaine de ses feuilles ont jaunies cette nuit.

Déjà, les végétaux se préparent pour un long repos.

Pour les humains, ce sera le contraire.

Le repos est terminé.

La chasse commence.

Bientôt l'orme sera dénudé et tout sera laid autour de moi.

Puis il y aura la neige avec ses teintes subtiles de bleu et de gris qui lui confèrent son chatoiement.

Je vous dis ça parce que je ne trouve rien d'autre à vous raconter.

Peut-être qu'il y a des mots qui jaunissent dans ma tête.

Peut-être qu'il faut penser aux pommes quand c'est le temps des pommes.

Et aux canneberges quand c'est le temps des canneberges.

Et ainsi de suite.

Jusqu'à la fin des temps.

Parce que la vie est une suite de rites.

À moins d'être vraiment malpropre.




vendredi 8 septembre 2017

Hommage déjanté à la langue française

Je passerai sans doute pour ringard que de rendre ici hommage à la langue française.

Je rends d'ailleurs hommage à la seule langue que je maîtrise parfaitement, avec le joual et autres accents des quartiers ouvriers de Trois-Rivières. 

Chaque quartier a son accent à Trois-Rivières. Au Rochon, j'en entends qui s'appellent coq entre eux. 

-Salut coq? Comment ça va coq?

-Ça va bien coq. Pis toé coq?

-Super coq.

Dans Sainte-Cécile ce n'est pas comme dans la P'tite Pologne ou bien Sainte-Marguerite. Chaque quartier invente sa parlure. C'est ce qui fait la beauté de l'ensemble: sa diversité. D'autant plus magnifiée de nos jours qu'elle nous ouvre sur le monde, après un long hiver. Elle nous promet d'autres printemps et, pourquoi pas, de beaux étés. 

On ne nous enlèvera pas nos hivers. Ou bien j'irai les chercher vers l'infini et plus loin encore. J'ai l'âme nordique, par choix. Je tiens à mes glaciers tout autant qu'y tiennent mes comparses les ours polaires. Mais je digresse de mon hommage. Et c'est dommage.

Je parle un peu l'anglais. Je ne l'ai pas appris à l'école. J'avais à peine 79% en anglais. Ça ne m'intéressait pas puisque j'avais 100% en français. J'étais le roi du français. Le français, c'était moi.

Dans mon monde, je trouvais mes raisons pour me dire que je ne devais vivre qu'en français, par une forme de résistance intellectuelle alimentée par des lectures de collégien. Je faisais partie d'une secte: la langue française! Non seulement j'allais l'apprendre, j'allais aussi la reproduire. Enfin, je satisferais ce besoin de m'en servir comme d'une arme. 

J'ai donc lu tous les livres de la secte. Même les plus obscurs. J'ai poussé mon zèle jusqu'à lire au complet le dictionnaire Larousse, le dictionnaire des difficultés de la langue française, le grammairien Grevisse et j'en passe. Des lectures qui prouvent que je suis un peu bizarre. Lesquelles me rendent encore service en ce moment même.

J'ai compris assez tôt qu'il y avait une différence manifeste entre la langue parlée et la langue écrite.

Dans les deux cas, la langue n'est belle que dans sa simplicité. Plus on s'éloigne de la clarté, plus la connaissance est cloisonnée et dissociée de tout. Il faut que ça coule de source. Que ça suive l'ordre logique du discours. Autrement, on ne s'y retrouve plus. On baigne dans des effets de rhétorique maladroits. On se crée un métalangage.

Pour ce qui est du style, je n'ai rien trouvé de mieux que Voltaire. Il fut mon guide. Et il le demeurera longtemps. Mauvais dans sa poésie, il dépassait tous les autres dans la prose. Il faut dire que l'époque se prêtait aux Lumières. J'en suis en quelque sorte un héritier spirituel au sein d'une autre secte, les Lumières, la franc-maçonnerie, la libre-pensée et la déclaration universelle des droits de l'homme...

Puis j'ai trahi la langue française.

C'était en 1993. Je suis parti sur le pouce à Vancouver, écoeuré de moi-même tout autant que du Québec.

Je revins au monde à Vancouver, baragouinant l'anglais comme un bébé.

J'ai appris l'anglais en travaillant dans une fabrique de supports de bois destinés à l'entreposage. Souvent je ne comprenais rien à ce que me disait mes camarades. Je faisais semblant de comprendre. Comme on fait aussi semblant de comprendre dans toutes les langues.

Lorsque je revins au Québec, après m'être promené un peu partout, je ne vis plus l'anglais comme mon ennemi viscéral. C'était une langue qui, comme tant d'autres, était belle... Je m'étais écarté des préoccupations de certains missionnaires de ma secte. Je ne comprenais pas pourquoi parler deux langues ferait de moi un traître... Évidemment, ça se passait dans ma tête. C'était des résidus de l'expérience vécue au sein de ma secte dont je n'étais certainement pas le moins fanatique.

Je regrette d'en savoir si peu sur les langues autochtones. Je ne connais que quelques mots. Quelques expressions. Des bribes que je capte. Comme l'accent des Terre-Neuviens. Ou celui des Acadiens. I were there last night: j'étions là hier... Je continue d'apprendre. J'aimerais surtout connaître l'anishnabeg. C'est-à-dire l'algonquin.

D'autres langues se pressent à mes oreilles tous les jours. J'ai le privilège d'avoir deux personnes dans mon entourage qui parlent le bosniaque et le serbo-croate. Je ne saurais faire une longue conversation. Mais je connais tous les gros mots et toutes les injures. C'est par le jeu qu'on apprend le mieux...

J'adore l'espagnol. Et je me suis même mis à l'arabe. Avec un peu d'aide de mes amis, j'irai encore plus loin dans l'apprentissage des langues. Ça tient le cerveau en bonne santé autant sinon plus que les mathématiques. 

Je demeure foncièrement attaché à la langue de la rue qui m'a vu naître.

Ce n'était pas la langue d'un peuple ou d'une administration publique.

C'était la langue du monde dans lequel je baignais.

On m'avait dit de ne pas dire moé pis toé à l'école. Parce que moé pis toé ce n'était pas beau.

Et qu'est-ce que j'entendais à la maison?

Moé pis toé. 

Moi et toi, c'était un peu plus haut sur le premier ou le deuxième coteau des Trois-Rivières. Comme quoi l'accent peut varier d'une rue à l'autre, selon sa situation géographique ou bien sa position dans l'organigramme social.

J'ai eu honte un temps de moé pis toé.

J'avais honte de mon accent féroce des bas-quartiers trifluviens.

Un accent pétri de sons gutturaux où les r se perdent d'autant plus que cette sonorité n'existait pas chez les Autochtones.

Ce qui laisse supposer que notre accent est aussi autochtone...

C'est l'Autochtone en nous qui parle lorsqu'on dit moé pis toé on est allé su' l'bo' d'la 'iviè' hiè'...(nous sommes allés sur le bord de la rivière hier).

Cette langue truculente a été apprise par un de mes amis anglophones, Robert Rebselj, un gars de Winnipeg qui a passé son enfance en Colombie-Britannique.

Il est tombé un jour dans la famille Tousignant. On en a fait un Tousignant d'adoption en lui apprenant toutes les subtilités du joual. Tant et si bien que mon comparse Rebselj, alias Robob, en vint à connaître jusqu'aux recoins les plus obscurs de notre culture. C'est lui qui m'a fait apprécier La Bolduc et Paul Brunelle. Lui qui m'a fait redécouvrir Oscar Thiffault, Lucien Boyer et Yvan Ducharme.

Les questions identitaires ont pris le bord. Il n'est resté que les solutions culturelles. Autrement dit: produire de la culture. Changer le monde ici et maintenant sans passer par des entourloupettes. Changer notre regard. Changer nos chansons. Chanter nos changements... Que sais-je?

Je ne renie pas l'importance de la politique.

Mais on serait fou de renier celle de la culture pour la promotion d'une langue, quelle qu'elle soit. 

Qu'en est-il de mon hommage envers la langue française?

Il est là, sous vos yeux.

J'ai écrit un texte de plus en français.

Les moteurs de recherche et autres gadgets informatiques vont multiplier la résonance de ces mots français pour des siècles et des siècles... Débrancherait-on tout demain qu'on ne pourrait y voir qu'une autre de mes fanfaronnades de Trifluvien.

Je parle aussi et surtout le trifluvien.

J'escamote les r souvent.

Je n'écris pas nécessairement comme je parle.

Je parle comme ça vient, naturellement, pis c'est toutte. Ceux qui sont pas contents bin i' s'ront pas contents. M'en sac'. Dix pieds par-dessus 'a tête. 

El français, c'est bin beau mais faut pas virer fou non plus.

C't'une langue de singe comme les autres. 

C'est toutte.

jeudi 7 septembre 2017