vendredi 26 mars 2021

Être un artiste ou rien

Être un artiste me permet de créer un monde hors de celui-ci.

J'ai trouvé mon berger et mon salut dans l'art sous toutes ses formes.

Les inimitiés et iniquités de la vie sont sublimées dans un air de guitare, un solo d'harmonica ou bien un dessin fluide et sans hachures.

Tout peut passer: tempêtes, ouragans, pandémies. Je demeurerai imperturbable à la barre de mon navire.

Je joue dans mon propre film.

Je ne serai jamais qu'un figurant dans les films d'autrui.

Dans mon film, je suis un artiste.

Que j'aie du talent ou pas m'importe peu. 

Je sais que je vais créer, encore et encore, parce que ma liberté en dépend.

D'autres se lanceraient dans des tirades stoïques pour respecter l'étiquette d'Épictète.

Moi je peins.

D'autres vous diront ceci ou cela pour justifier l'injustifiable.

Moi, je vais encore faire de l'art.

On vous dira qu'il est nécessaire de, qu'il est utile de, qu'il faut absolument...

Moi, je vais jouer de l'égoïne ou de la ruine-babine. 

Ce que je n'aurai pas dit sera encore plus intense que si je l'avais dit.

C'est le pouvoir de l'art qui me terrasse moi-même et m'amène toujours plus loin.

Je trouve même des réponses à des questions que je ne me posais pas.

Et puis je rêve...

Ah! comme c'est bon de s'abandonner en jouant Bella Ciao sur sa guitare...

Comme c'est jouissif de peindre un soleil entre les branches d'un arbre...

Comme c'est divin d'écrire des niaiseries inutiles pour le simple plaisir d'écrire...




lundi 22 mars 2021

Crotte de chien

C'est une histoire un peu glauque, j'en conviens. Il est néanmoins nécessaire de nous confronter aux réalités les plus brutes pour atteindre une forme d'éveil... Bouddha, né dans la ouate, a dû fuir le luxe et le confort pour trouver quelque chose comme sa voie. C'est tout dire. 

Bref, Simon voulait atteindre le Nirvana un petit peu plus rapidement que les autres.

-J'veux mourir hostie! J'en peux plus de vivre! criait-il au grand étonnement des gens illégalement réunis en party dans ce condo, en pleine pandémie de COVID-19.

Simon, qui n'était pas le genre de pierre sur laquelle on fonderait une église, ouvrit la fenêtre du salon pour se défenestrer lui-même.

-Qu'est-ce qui fait là l'hostie d'malade? hurla le gros Bob en voyant Simon se jeter dehors par la fenêtre.

Simon tomba deux pieds plus bas dans de la crotte de chien.

Il avait une fois de plus manqué son suicide. 

-Tabarnak! Chu tombé dans 'a marde! 

Les gars riaient en-dedans mais pas trop pour ne pas pogner une amende.

-J'veux mourir hostie! chuinta Simon.

-Ta yeule Simon ciboire on va s'faire buster si tu rameutes les voisins! La vieille Rita au troisième est r'connue pour stouler tout l'monde!

-Allez chier... 

Simon se releva péniblement et retourna chez-lui à bord de son gros pick-up rouge vif.

Il était saoul raide.

Il ne portait pas de masque.

Il ne voulait plus vivre.

Et, tout compte fait, il avait le visage beurré de crotte de chien.



mercredi 17 mars 2021

Le racisme systémique n'existe pas


Le racisme systémique n'existe pas. Surtout au Québec. Ici, nos racistes ne sont pas plus racistes qu'ailleurs. On ne sait rien de ce qui se passe ailleurs. Surtout si ça se passe en anglais. Néanmoins on sait qu'ici nos racistes sont les moins racistes du monde. Ce sont des racistes québécois qui ne le sont que par méchanceté gratuite, comme ça arrive tout le temps au bar Chez Guili-Guili, une institution québécoise que tous les Québécois québécois connaissent...

S'il y avait un système associé au racisme, cela signifierait que ce système est nécessairement mauvais, sinon à abattre comme s'il s'agissait d'un vulgaire mur de Berlin ou bien d'un Veau d'Or à déboulonner.  Cela provoquerait des dommages irréversibles aux saigneurs de notre économie. Imaginez un monde où l'on donnerait raison à ceux et celles que l'on moleste presque de droit divin. Un monde où les victimes auraient raison des bourreaux. Brrr! J'en ai chaud dans le dos!

Depuis que le monde est monde que le système est comme ça. Il y a le pharaon, les pyramides de gypse, et tout plein de petits scribes à la solde des bourreaux. Ils ont trouvé le système parfait hors duquel il ne saurait y avoir de civilisation où l'on fouette les gens pour traîner des pierres. Ils ne savent pas encore que tout système, aussi parfait soit-il, finit toujours par s'effondrer. Parce qu'un jour ou l'autre les esclaves en ont marre de se faire rentrer dans la gorge soir et matin que chacun est bien à sa place comme ça, dusse-t-il se nourrir dans un dépotoir, tout simplement parce que le système est comme ça. Un système qui ne doit pas exister pour tromper les gens le plus longtemps possible. Ce n'est jamais le système qui rend ça systémique: c'est la vie. Les saigneurs poussent l'audace jusqu'à prétendre que la vie est faite comme ça. Allez donc chier. Le Système est l'état actuel de nos préjugés sociaux et économiques qui favorisent Untel plutôt qu'Unetelle. Ça ne prend pas un dessin pour le comprendre: vous prenez tout, scélérats fanfarons, et ne nous donnez que des miettes de ce que vous nous avez pris. Vous traitez ensuite de mendiants ingrats ceux et celles que vous avez volés. C'est la vie? Vraiment?

Vous êtes pauvre? C'est de votre faute. Tout un chacun s'entend là-dessus s'il veut se tailler une place parmi les chroniqueurs du Pharaon.

Vous êtes Noir? Ce n'est pas de notre faute. Il y a d'autres Noirs ailleurs et ici le Journal dit qu'ils sont biens et feraient mieux d'arrêter de critiquer tout le temps.

Vous êtes femme? Ressaisissez-vous. Il y a des femmes comme Denise Délurée qui savent faire oeuvrer leur charme pour accéder au pouvoir tant convoité par les moins que rien. 

Vous êtes transgenre? Oh la la! Pff...  Rire de quelqu'un n'a jamais fait de mal qu'à la personne consternée.

Vous êtes handicapés? Ça coûte cher à l'État. Vous ne pourriez pas faire attention un peu avec vos handicaps et cesser d'être handicapés?

Vous êtes Autochtone? On vous a apporté l'eau potable. Et si elle ne l'est pas c'est de la faute à Trudeau.

Évidemment, il y avait de l'eau vraiment potable avant l'arrivée du Système. Et le Système était là bien avant Trudeau.

Ne le dites pas trop fort.

Le Système n'aime pas qu'on le reconnaisse. Ni qu'on le contrarie. 

Il est bien dans l'indifférence générale, le traintrain quotidien des vexations et humiliations des personnes marginalisées. 

Il est confortable dans les honneurs que l'on rend aux bourreaux. Il est béat de volupté dans le mépris que l'on exprime envers les victimes.

C'est un réflexe d'adolescent que de critiquer le Système.

C'est nul de contredire le Système.

C'est aussi ça le Système.

Nous faire accroire que nous sommes une merde quand on se bat pour plus de justice.

Le Système n'existe pas mes frères et soeurs.

Le racisme systémique n'existe pas.

C'est la vie...


mardi 16 mars 2021

Ronny le Runner n'est pas toujours de bonne humeur

Ronny le Runner débarque de son vieux vélo volé, clopin-clopant, avec les lunettes de travers sur son nez. Elles n'ont qu'une seule branche depuis longtemps. Cela ne semble pas trop le contrarier. Il vit bien avec ça. Ou bien personne ne l'écoute si d'aventure il se plaint de cette situation.

Ronny le Runner a le dos voûté et le visage incrusté dans ses épaules. Il a une coupe Longueuil. Il est dans sa cinquantaine. Il regarde à gauche à droite tel un furet prêt à sauter sur une bonne occasion. C'est un voleur de bas étage: sous-marins de dépanneur, bouteilles de shampoing, chocolats et bouteilles vides. Le prix est toujours fixé à 25 piastres. C'est ce que Djo lui demande pour un quart de poudre de perlimpinpin. 

Ronny le Runner place son vélo sur le mur du bloc-appartement où Djo crèche. Il va cogner à la fenêtre de Djo. Djo demeure dans un demi sous-sol. 

Djo ne répond pas. 

Il court vers la porte d'entrée pour aller sonner.

Et il revient à toute vitesse voir par la fenêtre du demi sous-sol si Djo se lève pour aller répondre.

Djo ne répond pas.

Il retourne sonner à la porte.

Puis Djo finit par lui ouvrir au bout de deux ou trois allers-retours de la fenêtre du demi sous-sol à la porte d'entrée.

Ronny le Runner remonte sur son vélo tel Don Quichotte enfourchant sa Rossinante. 

Puis il repart vers d'autres aventures, d'autres livraisons.

Lorsqu'on voit Ronny, on se demande s'il n'a pas un peu de nos biens dans ses mains.

On souhaite aussi qu'il ne se mette pas à sacrer en donnant des coups de pieds dans les poubelles, comme l'autre nuit, en plein couvre-feu, seulement parce que Djo refusait de lui ouvrir.

Les policiers le connaissent et l'appellent par son petit nom.

Ils l'emmènent parfois au poste et le libèrent le lendemain, comme d'habitude.

Ils sont tannés de l'avoir dans les pattes mais finissent par s'y faire.

-C'est encore Ronny le Runner... au Parc Champlain... il crie et garroche son vélo sur un arbre...

Ronny le Runner n'est pas toujours de bonne humeur.

Ça doit être pour ça.


jeudi 11 mars 2021

4 petits formats

 J'ai peint 4 petits formats à l'acrylique. Ça tient dans une main. Ça ne rend pas nécessairement le travail plus facile... 







mardi 9 mars 2021

Trois nouvelles toiles...

 Cela vient tout juste de sortir de mon atelier. J'en ai encore les mains tout crottées...





lundi 8 mars 2021

Femme

Je ne peux pas parler à la place des femmes.

Je ne puis que les écouter et surtout mieux les comprendre.

Nous sommes de la même espèce mais la culture a favorisé mon genre ainsi que l'expression de ma sexualité.

Je peux marcher sans crainte dans les rues et ruelles de ma ville à toute heure du jour ou de la nuit. 

Je n'ai pas à me soucier de l'homme qui me suit ou bien de l'inconnu qui me croise. 

La ville m'appartient presque. J'y suis un roi.

Et c'est pareil presque partout ailleurs. Dans le domaine du travail comme dans le domaine de n'importe quoi je fais partie des privilégiés, même si je ne goûte pas à tous mes privilèges.

J'ai le bon teint de peau, le bon sexe, la bonne grandeur et presque le bon gabarit pour en imposer sans même me forcer. Je suis né comme ça. Je brille sans même briller...

La perpétuation de mon patronyme s'est faite sur le dos de milliers de vies de femmes totalement ignorées.

On sait qu'il y a eu un bonhomme Bouchard, petit ou gros, qui s'occupait de tuer des grenouilles pour le seigneur de je ne sais trop quoi. 

On ne sait pas qui était sa mère, ni sa femme ni ses filles... Mais les gars! Houlala. On connaît presque leurs joies et leurs tristesses sur vingt générations... Les femmes sont mortes et enterrées depuis très longtemps. On retiendra une sorcière ou deux. Sinon Hildegarde de Bingen, obscure mystique médiévale qui a laissé un nom féminin aux arts et aux lettres. Toutes les autres sont disparues et oubliées à jamais pour que notre culture masculine survive des siècles et des siècles. Idem pour celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucun des deux genres identifiés plus haut.

Notre culture est imprégnée de masculinité que je n'hésite pas à qualifier de toxique.

La libération de l'homme est indissociable de la libération de la femme. Nous ne serons pas libres tant qu'un membre de notre tribu humaine sera tenu à l'écart, amoindri et ostracisé pour des raisons qui n'en sont pas.

L'homme autant que la femme souffrent de ces murs créés entre les humains selon l'état ambiant des préjugés sociaux. On vous tasse dans un coin parce que vous êtes pauvre. Encore plus si vous êtes une pauvre femme. Tout vous passera sur le dos. Vous ne devrez pas contrarier vos maîtres. Tout ce que vous direz se revirera contre vous. Vous devrez vous taire et, si vous parlez, vous devrez être plus compétente qu'une bande de dix gars pour que l'on feigne de vous suivre en maugréant sur la couleur ou bien la forme de vos vêtements.  

Femmes, je vous écoute sans doute mieux que je ne vous comprends.

Je me montrerai solidaire de vos luttes mais je ne saurais les mener à votre place.

J'essaierai, au mieux, de ne pas nuire à votre émancipation au sein d'une société ridiculement patriarcale qui prend une dérive autoritaire. Tout simplement parce que la bête ne se rendra pas sans tenter de vous mordre un peu...

Je me promets de tordre la bête, bien entendu.

C'est ma manière de vous offrir des fleurs pour ce 8 mars, Journée internationale de la femme.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mes soeurs et mes frères, pour que nous soyons enfin libres et nettement plus égaux.