mardi 30 août 2016

Jeannine René, 9 décembre 1936-29 août 2016

Jeannine René en 1957. Elle avait 20 ans.
Marie-Gaétane-Jeannine René, fille de Rodolphe René et Valéda Lefebvre, née à Trois-Rivières le 9 décembre 1936, est décédée subitement d'une crise cardiaque hier le 29 août 2016 au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières.

Je l'aimais comme elle aimait ses quatre fils.

C'était ma mère.

Elle n'aura pas souffert. Je l'aurai vue heureuse et sereine avant que de partir pour ce que l'on appelle le grand voyage. C'est tout ce qui compte.

Je porte son histoire. Comme je porte celle de feu mon père qui nous a quitté en 1995.

Que son âme repose en paix.

samedi 27 août 2016

À pied et à vélo depuis bientôt cinquante piges

Tout jeune, je devais tout faire à pied ou à vélo. Je trouvais difficile de ne pas avoir d'automobile. Cela en disait trop long sur mes origines. J'étais donc pauvre. Enfin, pas tant que ça. Notre frigo familial était plein. Peut-être même trop plein: du fromage cheddar à satiété, du  yogourt, des pâtés de toutes sortes, des desserts, des steaks épais comme ça. Nous allions à pied ou à vélo mais nous ne crevions pas de faim. C'était mieux que rien. Mais ce n'est pas comme ça que j'allais me faire une blonde que je me disais.

J'ai malheureusement poursuivi mes études dans un collège privé. Je travaillais dans une épicerie pour m'offrir ce cadeau empoisonné. J'étais bien sûr parmi les plus pauvres de tous les étudiants. Certains s'y rendaient en voiture sport de renom. D'autres allaient passer leur Spring Break en Floride ou bien en Californie. Moi, je travaillais. Et toutes les filles de luxe du collège me semblaient tout à fait inaccessibles. D'autant plus que j'étais à pied et que je provenais des bas-quartiers de la ville, ce que trahissait mon accent, mes sacres et ma façon de dire constamment moé pis toé. Que faire d'un fils de prolétaires qui portait un prénom ridicule: Gaétan...

Je suis passé ensuite à la faculté de droit de l'Université Laval dans l'espoir de devenir un avocat qui travaillerait pour les syndicats, les veuves et les orphelins. J'ai fréquenté là aussi des gosses de riches qui ne comprenaient pas pourquoi je travaillais de nuit à torcher des culs au Centre hospitalier de l'Université Laval. Ils avaient sans doute raison. Au bout d'un an, j'ai dû quitter les études. Je n'étais pas capable de me les offrir. J'ai préféré me joindre aux hordes communistes et anarchistes de Québec pour faire la révolution. Je devins un Gaétan en colère prêt à plonger tous les riches dans une fournaise de glaives chauffés à blanc.

Les années passèrent. J'allais encore à pied et à vélo. Je trouvai cependant le moyen de me faire des blondes et de me rendre jusqu'en Alaska. Je laissai tomber le militantisme politique pour mieux choisir mes causes et donner du temps à l'amitié, à l'amour, aux arts et aux lettres.

Je fis quelques allers et retours d'un océan à l'autre. Puis je revins m'installer dans mon pays.

Je n'avais plus rien à foutre des faux-semblants, des bourgeois et des péteux de broue.

J'étais enfin libre. Libre de mon orgueil stupide qui me faisait espérer de jouer la partie de tout le monde alors que tout m'excluait de cette partie, dont ma conscience sociale, mon besoin de justice, mon mépris des hypocrites, ma musique, ma peinture et ma révolte tant physique que métaphysique.

Je vais encore à pied et à vélo, même si ma blonde conduit une camionnette Chevrolet Uplander qui nous mène parfois en-dehors des sentiers battus. Je suis content de ne pas conduire et ne voudrais pour rien au monde guérir de mes yeux astigmates qui n'ont pas un bon focus à haute vitesse. C'est une joie maintenant que de tout faire à pied ou à vélo. J'ai des jambes grosses comme des troncs d'arbre et ma colonne vertébrale est solide. J'approche de la cinquantaine dans une forme plutôt bonne malgré mon diabète et quelques petits pépins. Je dirais même que je pète le feu.

Je me réjouis d'être capable de marcher. Je suis tout sourire d'être capable de me taper trente kilomètres à vélo de temps en temps et cinq kilomètres à pied tous les jours. J'ai la sensation que je suis là pour rester. La sensation que mon temps n'est pas fini et que le meilleur s'en vient.

Je dis encore moé pis toé.

Et je ne cours ni les réceptions ni les vernissages ni les cinq à sept ni les coquetels de bourgeois soporifiques et hautains qui chient pourtant leur étron à la même place que tout le monde.

J'ai autour de moi des gens qui m'aiment. Et j'aime des gens.

Je ne suis pas riche. Mais je ne suis pas pauvre comme la gale. Je suis comme tous les autres déplumés et dépossédés de mon pays.

Bref, j'ai l'impression d'avoir réussi ma vie.

C'est tout ce que j'ai trouvé à vous dire aujourd'hui,

Ce n'est pas grand' chose, j'en conviens, mais c'est gratuit.



vendredi 26 août 2016

Burkini

Femme sur la plage en 1910
Je m'en veux d'aborder ce sujet. J'ai l'impression de m'abandonner aux bêtises alimentées par les journaux jaunes et les radios-poubelles. Je me promets de ne pas en dire plus que le temps d'un billet.

Eh oui! je vais vous dire ce que je pense de la soi-disant polémique entourant le port du burkini à la plage...

Je dois d'entrée de jeu vous avouer que je n'ai jamais vu de femmes en porter sur les plages que je fréquente. J'ai bien sûr vu des femmes voilées de temps à autres qui ne plongeaient même pas le bout de leurs orteils dans l'eau tandis que leurs maris portaient un "maillot-dine" comme on dit par chez-nous, un slip de bain qui moule les organes génitaux. J'aurais préféré voir les formes de leurs femmes. Mais bon, là n'est pas la question.

Il y a quelques années, lors de la soi-disant polémique entourant les accommodements raisonnables, les médias ont relayé toutes sortes de bêtises jour après jour pour effrayer et indigner le bon peuple. On a rapidement confondu tout et rien.

Ainsi, on s'arracha la chemise sur de vieux cons qui demandaient au propriétaire d'un centre sportif de teinter ses fenêtres. Elles laissaient voir des femmes en train de remuer leurs membres. Ce qui outrageait leurs croyances. Ce n'était pas une affaire d'État. Il revenait au propriétaire d'envoyer paître ces juifs hassidiques en leur disant, par exemple, d'aller se remuer l'auguste membre avec une poignée de braquettes. C'était aussi simple et aussi facile que ça. Pas de quoi ameuter tout un peuple au bulletin de nouvelles parce qu'il manquait de chats écrasés sur la route ce jour-là.

Idem pour l'affaire encore plus farfelue des musulmans qui se sont présentés dans une cabane à sucre en demandant au proprio de leur servir des fèves au lard sans porc. Le proprio pouvait les envoyer scier eux aussi. Il aurait aussi pu les accommoder avec des fèves sans gras animal. J'en fais moi-même avec de l'huile d'olive sans avoir l'impression de trahir l'esprit de ma nation. Cet esprit qui ne réside pas dans le lard mais dans la liberté...

Encore une fois, ce n'était pas une affaire d'État. C'était tout simplement une autre connerie de Québecor, toujours à l'affût de controverses fondées sur les peurs et l'ignorance du bon peuple.

C'est qu'il y a le bon peuple et le mauvais peuple. Le bon peuple répète ce qu'on lui répète. Le mauvais peuple pense par lui-même et dit toutes sortes de bêtises non homologuées. Cela va de soi.

Pour revenir au burkini, il faut nécessairement passer par la critique du fanatisme, qui peut être autant religieux que nationaliste. J'ai même connu des athées fanatiques. Dès que l'on ne vit que d'idées fixes, que l'on soit tourné vers la Mecque ou centré sur un discours qui n'admet aucune zone grise, on sombre inévitablement dans la position des anges exterminateurs. Ce qui me fait préférer les gens moins angéliques et pétris de défauts à échelle humaine, dont la tolérance n'est pas le moins funeste.

Je ne tiens pas en haute estime les religions. Par contre, je respecte la quête spirituelle des humains. La religion est une réponse définitive à une question qui me semble d'autant plus insoluble qu'on ne sait même pas comment la poser. S'étrangler pour si peu me fait douter du génie de l'homme. Et la femme n'a certainement pas à obéir à ces valeurs d'hommes qui veulent les tenir en cage ou bien en gage.

Quand je vois une femme en costume de bain sur la plage, voire dans la rue, je n'ai pas l'envie de sauter dessus pour la violer. Je sais me tenir. Et même qu'il m'apparaît étrange qu'on puisse soupçonner qu'un homme digne de ce nom puisse avoir des idées semblables. Il semble que c'est pour contrôler les envies de ces hommes qui devraient "se faire un noeud dedans" que l'on en est venu à voiler des femmes de pied en cap.

Heureusement que cette époque est révolue. Nous ne retournerons pas à ces discours religieux ringards à une époque où toutes les églises sont transformées en marchés aux puces ou bien en entrepôts du pneu, quand elles ne sont pas tout simplement démolies.

Les juifs hassidiques, les islamistes, les bérets blancs et autres fous de l'archange Saint-Michel peuvent bien aller se faire voir loin de ce monde que de toutes façons ils méprisent. Nous n'avons pas à leur accorder la moindre attention sinon pour leur rappeler ce qu'ils savent déjà comme tous les pauvres cons que nous sommes. Il y a des lois pour tout le monde. Et la loi ne dit pas que tu ne peux pas te promener tout habillé sur la plage. Elle dit plutôt que tu ne peux pas te promener tout nu, à moins d'être dans un camp de nudistes. C'est-à-dire sur une propriété privée.

Donc, laissons-les se promener sur nos plages avec leurs burkinis, leurs bérets blancs et leurs tuyaux de poêle sur la tête s'ils le veulent. Cela ne doit susciter tout au plus que notre indifférence teintée d'un peu de cynisme bon enfant. Cela ne mérite pas un mois d'articles savants et d'analyses sociologiques de branleurs constitutionnalistes ou pas.

Si les Français veulent encore plus d'attentats sur leur sol: c'est leur affaire.

La nôtre, c'est que nous avons l'obligation de vivre ensemble même quand nous ne sommes pas capables de nous sentir, de nous voir et de nous aimer.

La meilleure façon de punir un masochiste ce n'est pas de le fouetter. C'est de refuser de lui faire du mal.

La pire condamnation qu'on puisse offrir aux prosélytes de toutes ces traditions religieuses stupides c'est notre plaisir déculpabilisant et notre indifférence à leur endroit.

À Rome, ceux qui ne font pas comme les Romains sont tout de même des Romains. Sauf qu'on se fout un peu de leur gueule. C'est dans la nature des choses.

jeudi 25 août 2016

Summertime

Summertime and the livin' is easy
Fish are jumpin' and the cotton is high
DuBose Heyward, Summertime

Les jours s'écoulent paisiblement en vacances. Les obligations du jour sont moins présentes qu'à l'accoutumé. Laver la vaisselle et aller à l'épicerie ne sont plus des fardeaux. Les petits détails qui devraient nous emmerder en temps normal deviennent des événements sans conséquences. On se surprend à siffler toute la journée même si l'on s'efforce à le faire les jours où l'on travaille par devoir de résistance envers la morosité et la monotonie.

Évidemment, on ne peut pas que fainéanter en vacances. Du moins pour les miennes. Les plaies de lit, ce n'est pas mon truc.

Trente kilomètres de vélo, cinq kilomètres de marche rapide, quelques kilomètres en voiture et la vie est belle. Et la santé est bonne.

Comme le corps a fait du sport, c'est avec moins de culpabilité que l'on s'offre un bon repas arrosé d'un bon vin. Un peu de grattage de guitare et l'excellente série télévisée Boardwalk Empire avant que de dormir comme un bébé auprès de sa bien aimée.

Si la vie ne pouvait être que des vacances, ce serait trop chouette,

Je ne suis certainement pas le premier à le dire. Ni le dernier.

Alors, je vais me contenter de siffler tout mon saoul jusqu'à la fin de mes vacances.

mardi 23 août 2016

Les clous ça dit toutte sur une maison

J'ai visité la Gaspésie avec ma douce il y a deux ans. Nous avions été marqués par la beauté des paysages, bien entendu, et il n'est sans doute pas nécessaire d'y revenir. Par contre, nous avions été outrés par la médiocrité d'un déjeuner qu'on nous avait servi dans un quelconque restaurant aux abords de la route 132. Notre déjeuner était constitué de deux oeufs brouillés, de quelques rares cubes de patates rôties, une saucisse hot-dog coupée en deux et une fine tranche de tomates coupée avec un scalpel pour agrémenter le tout. Le café était dégueulasse. L'ambiance était moche. Le service était à chier. Ce déjeuner contrastait avec les déjeunes gargantuesques que l'on sert dans ma région: du bon café, beaucoup de patates, des vraies saucisses à déjeuner, trois ou quatre tranches généreuses de vrais fruits et un service comme si vous étiez en famille. Finalement, vous êtes mieux de déjeuner à Trois-Rivières plutôt qu'en Gaspésie.

***

La même expérience d'un déjeuner décevant s'est répétée cette année dans un restaurant de Saint-Siméon dont je tairai le nom pour ne pas leur faire de publicité. Appelons ce restaurant Le Guéridon pour lui donner un nom de substitution. Il est situé tout près de la traverse vers Rivière-du-Loup, juste en haut de la côte. On nous y a servi deux oeufs brouillés avec une ultra-fine tranche d'orange, une non moins fine et unique tranche de bacon, quelques patates rôties perdues dans une trop grande assiette et un café qui s'apparentait à de l'eau de vaisselle. La serveuse n'était ni antipathique ni sympathique ni rien.

Par contre, il y avait ces habitués de la place qui sauvaient le restaurant Le Guéridon de mon plus total mépris.

Trois vieux hommes dans la soixantaine sirotaient leur eau de vaisselle en livrant leur science sur les clous. L'un ressemblait vaguement à un morse avec ses grosses moustaches. L'autre était plus maigre et plus sec avec un dentier trop grand pour sa fine bouche. Et le troisième, franchement, passait tellement inaperçu qu'il ne disait rien. C'est à peine si je l'ai remarqué même si je sais fort bien qu'il y était. Il faut dire que j'étais assis de dos à ces compères. Ce qui ne m'empêchait pas de les entendre pour savourer leur conversation pittoresque à propos des clous.

-Ej' travaille tous 'es jours à démolir la maison de Ti-Noir, disait le vieux morse, et cré-moé qu'i' y a toutes sortes de clous: des petits clous, des gros clous, toutes sortes de clous... Y'a des clous à têtes rondes. Des clous à têtes plates. Des clous pas d'têtes. Toutes sortes de clous. Y'a même des vis des fois...

-Gardez-vous tous 'es clous? questionna le vieux maigrichon.

-Tous 'es clous mais y'en a qui sont gros comme la salière... Quand j'pogne des gros clous d'même j'me badre pas avec ça... J'coupe les planches pis j'te garroche les bouttes dans un tas... J'me mettrai pas à me désâmer après des gros clous d'même...

-Y'avait-tu ben des clous à têtes plates?

-Ouin mais y'avait aussi des clous à têtes rondes... En seulement qu'les clous à têtes plates sont plus vieux. On voé qu'i' sont en vieille fonte... Les clous plus neufs sont encore brillants...

-Les clous ça dit toutte su' une maison!

-Ah oui! Les clous ça dit toutte, les gros clous, les p'tits clous, toutes sortes de clous...

-Ti-Noir y t'dit-tu d'garder 'es clous?

-Non Ti-Noir s'en sacre. I' dit qui va en acheter à 'a Malbaie... Dans mon temps, jamais qu'mon père aurait j'té un clou pis moé j'suis sa manière parce qu'i' a trop d'monde qui jette les clous, les petits clous, les gros clous, toutes sortes de clous...

-Ti-Caille aussi va démolir son cabanon c't'automne... I' te l'a-tu dit?

-Ouin j'l'ai su par Ti-Zoune mais pas sûr que Ti-Caille va garder 'es clous... Lui aussi va en acheter des neufs à 'a Malbaie... Maudit gaspillage! Ça jette leu' beaux clous pour s'en acheter qui valent pas d'la marde! Y'a des vieux clous de deux cents ans d'encore cloués pis sont pas sortis du bois... T'achètes des clous neufs pis première affaire qu'tu sais c'est qu'el' clou r'sort de son trou comme un ver pour aller à 'a pêche!

-Certain! J'ai pour mon dire que les clous ça serait pas des clous si ça restait pas cloué...

-Quand t'as d'la misère à déclouer des clous, des gros clous, des p'tits clous, toutes sortes de clous, c'est parce que c'est des bons clous...

Cette conversation que je suis incapable de vous rapporter in extenso se prolongea jusqu'à la fin de mon misérable repas. Je remerciai le destin de m'avoir fait mettre les pieds dans ce restaurant minable pour entendre ça. Ces conversations sans queue ni tête sont pour l'écrivain ce que les clous sont pour une maison.

Évidemment, plusieurs ne partageront pas mon avis et me trouveront ridicules de m'émouvoir de si petits détails. Je descends dans Charlevoix et plutôt que de vous parler du Casino et de l'observation des baleines je vous rapporte des propos émis par un vieux morse et son acolyte. Je vous parle d'un déjeuner qui n'enlève pas la faim. Je vous dis tout ce qui ne figurerait pas dans un guide touristique. Comme si j'étais vraiment un gars de la place.

Je suis pourtant un gars du fleuve. Un de ces gens de paroles et de causeries chanté par Gilles Vigneault. Un habitant d'une ville portuaire qui tient des propos de pirate et de contrebandier.

Je suis de ce pays, en effet.

lundi 22 août 2016

Roadtrip à Tadoussac

Lever du soleil à Saint-Siméon dans Charlevoix.


Oui, même les blogueurs prennent des vacances. Cela explique pourquoi je n'ai rien posté sur mon blogue au cours des derniers jours. Je me suis un peu ennuyé de ne pas vous ennuyer avec mes bêtises quotidiennes. Mais pas tant que ça. J'avais plutôt la tête ailleurs. Ailleurs, là-bas, les yeux rivés sur les eaux salées du golfe du grand fleuve Magtogoek (anciennement Saint-Laurent). Ailleurs, à Rivière-du-Loup, Saint-Siméon, Tadoussac et Baie Saint-Paul.

Moi et mon amoureuse sommes partis mardi dernier à Rivière-du-Loup sur un roadtrip indéterminé. Quatre heures de vieux rock sur l'autoroute 20 et la route 132-Est. Nous n'y avons passé qu'une seule nuit en camping de Gitans. Le lendemain, nous avons pris le traversier en direction de Saint-Siméon dans Charlevoix. La traversée dura près d'une heure et demie. On se sentait en croisière sans avoir à payer une note faramineuse. Les goélands et les cormorans tournaient au-dessus du traversier. L'air était froid et salin. Une journée magnifique s'annonçait.

Nous nous sommes installés ensuite au camping Falaise-sur-Mer de Saint-Siméon. Comme le nom l'indique, on s'est fait des mollets. On a dormi au son d'un petit ruisseau puis le lendemain matin nous avons marché jusqu'au village de Saint-Siméon pour exercer notre contemplation. Ça montait comme dans la face d'un singe pour revenir. La baignade et la douche furent bienvenus. Nous nous sommes tapés une bonne bouffe puis retour vers l'observation de la nature.

Comme nous ne souhaitions pas tenir en place afin de conférer plus de densité à notre roadtrip, nous avons poursuivi notre chemin vers Tadoussac. Il y faisait un froid d'ours polaire à huit heures du matin. Nous nous sommes installés au Camping Tadoussac qui nous offrait une vue grandiose sur notre pays. Puis nous nous sommes tapés un gros déjeuner avant que de partir explorer Tadoussac.

Tout ce que l'on descend doit être remonté. Et ça descendait pendant deux kilomètres pour nous rendre jusqu'au village. Nous avons bifurqué par un petit sentier du Parc des Ancêtres qui nous mena jusqu'au bord de mer. La plage y était magnifique. Quelques touristes attendaient de monter à bord d'un zodiaque pour aller observer les baleines. L'air devenait plus chaud et le soleil de plomb contribua grandement à haler nos peaux. La remontée vers le camping fût pénible. Cela nous a pris tout notre petit change pour revenir sur nos pas. On profita du reste de la journée au Camping Tadoussac à contempler la mer et l'embouchure de la rivière Saguenay. Un bon vin, un bon repas puis une rencontre avec un sculpteur de Tadoussac qui, incidemment, portait le même prénom que moi.

On décida ensuite de prendre le chemin vers Baie Saint-Paul dans Charlevoix. J'avais lu quelque part qu'il y avait plein de galeries d'art et d'artistes. Nous ne fûmes pas déçus.

Pour s'y rendre. on emprunta la route 362 qui longe le fleuve. Nous traversâmes les villages de Saint-Irenée, La Malbaie et Les Éboulements. C'était magnifique et il fallait souvent avaler pour se déboucher les oreilles au fil des remontées et des descentes dans les montagnes.

Le Camping du Gouffre, à Baie Saint-Paul, nous offrit un emplacement intime sur le bord d'une rivière pour y parquer notre camionnette transformée en campeur. Nous avons bouffé comme des rois, une fois de plus, puis nous sommes partis visités les galeries d'art de Baie Saint-Paul. J'ai compris que je devais absolument y exposer mes toiles un jour ou l'autre. J'ai ressenti que je pouvais joindre mes oeuvres à celles de mes pairs sans en avoir honte. Je ne dis pas ça par orgueil ou narcissisme. C'était tout simplement une révélation. Ce que je fais vaut son pesant d'art. Ce ne serait pas la dernière fois que je reverrais Baie Saint-Paul. Et même qu'un jour je devrai m'y installer l'été ou l'automne ou l'hiver par une circonstance qui finira bien par s'offrir.

On revint au campement pour notre dernière nuit dans Charlevoix. L'air se faisait plus frais entre les montagnes. Une petite ferme jouxtait le terrain de camping et ma blonde a pu nourrir un poulain avec des carottes et des chèvres avec des bouts de piments. On ouvrit une bonne bouteille pour la boire lentement près d'un feu à contempler les montagnes qui entouraient notre gouffre. La nuit fût fraîche et je dormis comme un bébé.

Il fallut bien revenir à la maison. Pour que le choc ne fût pas trop brutal on prit le Chemin du Roy qui longe le fleuve. Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec, St-Augustin-de-Desmaures, Neuville, Cap-Santé et alouette!

Une pluie nous accueillit à Trois-Rivières en soirée. La seule pluie de notre voyage, hormis celle qui survint au cours de notre nuit à Rivière-du-Loup. Comme l'an passé en Nouvelle-Écosse, notre roadtrip se fit au soleil. Peut-être parce que nous menons une bonne vie. Ou parce que les deux dernières semaines du mois d'août constituent le meilleur temps pour prendre nos vacances.

Elles ne sont pas encore terminées ces vacances. Il nous reste encore une semaine à nous promener ça et là, à pieds, à bicyclette ou en camionnette.

Rien de prévu.

Rien à prévoir.

Seulement profiter de la vie.

Plage de Saint-Siméon

À l'aube au Camping Falaise-sur-Mer de Saint-Siméon

Vue panoramique sur Tadoussac

Une citation de Gérald Godin dans le Parc des Ancêtres de Tadoussac.

La plage de Tadoussac.

Vue panoramique de Tadoussac.

Un cheval au Camping du Gouffre de Baie Saint-Paul.

Baie Saint-Paul vue de l'intérieur d'une camionnette...

La petite rivière du Camping du Gouffre de Baie Saint-Paul



lundi 15 août 2016

Un sujet léger

Il convient d'écrire sur des sujets légers quand il fait chaud et que l'on s'habille légèrement. Ce n'est pas la canicule aujourd'hui, mais ce n'en est pas moins chaud pour autant.

À tous les jours que le bon vent amène vient toujours un temps où il me faut réfléchir à mon billet du jour. Je pourrais, évidemment, penser à autre chose. Voire passer à autre chose. Cependant, votre gentillesse m'oblige à continuer, chers lecteurs et lectrices. Vous pourriez interpréter mon silence comme une trahison. Pour les plus méchants d'entre vous, votre mépris envers ma personne serait irrémédiablement compromis et menacé par l'indifférence.

Toutes ses calembredaines me mènent tout droit à mon sujet léger.

Et ça tombe bien, puisque je dois vous parler de Pierre Léger. Pas le Pierrot Léger qui avait une corne de rhinocéros tatouée dans le front. Pas ce feu Pierrot Léger, alias le fou, un poète de Montréal  qu'on avait le malheur de trouver parfois dans les toilettes des bars aux petites heures du matin avec de la poésie plantée dans le bras.

Paix à son âme s'il me lit de là où il se trouve. Ce n'est pas de ce Pierre Léger qu'il est question ici. Mais de son homonyme, Pierre Léger, un gars dans la trentaine qui, par un curieux hasard, ne porte pas de nom composé comme la plupart des gens de sa génération.

Il aurait dû s'appeler Pierre Léger-Brûlotte si sa mère, Régine Brûlotte, avait été à la mode de chez-nous. Mais non, Régine était démodée. La mode ne rentrait pas dans son village de la Haute-Mauricie. Alors Pierre Léger s'était donc tout simplement appelé Pierre Léger. Pour ne pas dire Joseph-Alexandre-Pierre Léger comme on peut le lire sur son certificat de naissance. Ce qui prouve qu'en plus d'être démodée, Régine Brûlotte était catholique.

Quant à son père, Pierre Léger sénior, premier de ce nom, il s'était perdu un jour en allant acheter une pinte de lait et n'était plus jamais revenu. Ce qui fait que Pierre Léger junior avait surtout grandi dans des familles d'accueil. Régine Brûlotte n'avait pas la fibre maternelle en plus d'être morte très jeune. Pour tout dire, Pierre Léger s'était élevé lui-même, ce qui n'est pas très léger comme sujet j'en conviens.

Or, Pierre Léger a beaucoup consommé de drogues au cours de sa vie pour trouver un sens à sa vie qui semblait bien ne pas en avoir. D'autres n'en auraient pas fait tout un plat. Des tas de gens vivent sans raisons de vivre et ne se droguent pas tous les jours. J'en connais même un qui sort son chien tous les matins et traîne même un sac de plastique pour ramasser les petites crottes de son cabot. Comme quoi les raisons de vivre ou pas ne devraient jamais intervenir dans les questions d'ordre public ou d'hygiène personnelle. Tous les bourgeois le savent et les riches engagent des animateurs de radio tout aussi rapaces pour vous rentrer cette leçon dans le crâne.

Évidemment, nous sommes tous différents. Pierre Léger assumait cette différence avec de la drogue, beaucoup de drogues, tout ce qui lui tombait sous le nez. Il allait même jusqu'à faire la tournée des toilettes dans l'espoir d'y trouver des bouts de joint ou bien des sacs de poudre oubliés par les hédonistes qui s'adonnent à en renifler pour ensuite constater qu'ils ne bandent plus.

Il ne travaillait pas, Pierre Léger. Et pourtant, il n'avait pas de corne de rhinocéros tatouée dans le front. C'est à peine s'il s'était fait tatouer une larme au coin de l'oeil lors de son dernier séjour en prison. Signe qu'il avait sans doute servi de mignon pour quelque brute sans âme pendant son incarcération.

Cela dit, Pierre Léger passe souvent devant chez-moi. Et c'est là que ça devient intéressant. Enfin! intéressant pour moi. C'est ainsi que je l'ai connu. Enfin! Pas tout à fait. J'ai fini par savoir que c'était le même que celui que je croisais au dépanneur de la rue Royale où je vais parfois m'approvisionner en breuvages diète. Ce même Pierre Léger que je vois aussi au Parc Victoria.

Pierre Léger vient de La Tuque. Il est passablement édenté. Il a une allure de punk qui n'a pas demandé à le devenir. Il porte des pantalons élimés, des bottes trouées ainsi qu'un sac à dos sur lequel est imprimé une énigmatique peau de guépard tachetée.

Au fil de nos rencontres très courtes, j'ai fini par connaître sa vie. Autrement, je ne vous en parlerais même pas. Il y a des limites à inventer n'importe quoi.

Il n'est pas tout à fait sans ressources, Pierre Léger, puisqu'il roule sur un vieux vélo qui grince.

Il roule devant chez-moi vers quatre ou cinq heures tous les matins.

Je sais que c'est lui dès que je vois son sac à dos en simili-peau de guépard.

Je sais que c'est lui lorsque je l'entends crier à tue-tête après un interlocuteur imaginaire.

Il ne peut être qu'imaginaire puisque ce qu'il lui dit n'a jamais ni queue ni tête.

Pierre Léger fait semblant de lui parler en anglais, comme s'il avait un bluetooth.

-Well, well, my frennde you're flail di lail da de floungui way so schnapps eu fiveure o'clock dène you holy fuck djizz swell and chic because fire fire all time the god save plasteur windshield and cats and dogs...

Pierre Léger débite des incongruités au beau milieu de la rue, sur son vélo, réveillant sur son passage tous les citadins qui ont le malheur de dormir les fenêtres ouvertes l'été. Dont moi qui, fort heureusement, est souvent réveillé à cette heure-là.

C'est à peu près tout ce que je sais à propos de Pierre Léger après avoir saisi quelques bribes de sa vie au dépanneur et au Parc Victoria où je le croise souvent et lui parle comme s'il était plus important que Philippe Couillard, ce serviteur de l'Arabie Saoudite.


samedi 13 août 2016

Je suis un homme bon, un être de lumière... ouah!

Le billet d'humeur que j'ai posté ici hier pourrait laisser croire que je suis un être négatif, hargneux et malsain. On ne s'attaque pas impunément au bonheur, fusse-t-il artificiel ou bien superficiel.

Je vous rassure tout de suite, lecteurs et lectrices: je suis un être de lumière.

Je ne veux pas dire que je suis une lumière... C'est un pas que je ne franchirai jamais. Non pas par excès d'humilité. Mais par réalisme. Il m'arrive d'être con comme un manche. Et de l'être volontairement qui plus est. Je me défends en prétendant que c'est ce qui donne de la couleur à ma personnalité. Sans mes défauts, je serais quelqu'un de fade et d'insignifiant. On me respecterait autant qu'un horaire de chemin de fer.

Oui, je suis un être de lumière.

Derrière ma scatologie, mes sacres et mes blasphèmes se cache un petit bonhomme qui aime tout le monde, même les méchants. parce que j'ai la sensation que nous sommes tous des cons. Moi y compris.

Je pardonne à l'humanité d'être à mon image. Je me pardonne d'être à l'image de l'humanité. Et de l'un à l'autre je tente de comprendre comment je puis vivre sans commettre de dommages collatéraux avec mes paroles en l'air et mes indignations envers les actes qui mènent tout droit à l'injustice sociale.

Je ne suis pas parfait, non, mais j'aime la tarte aux pommes et les marguerites qui poussent sur les terrains vagues.

Je m'attendris devant le sourire d'un bébé.

Quand un chien fait des cabrioles je ris de bon coeur.

J'ai une belle pensée pour quelqu'un de trop gros qui remonte toujours son pantalon.

-Hu! hu! hu! que je ris tendrement en voyant le malheureux patapouf.

Bref, je suis de la bonne pâte. Je ne suis en rien un vilain, un adepte du satanisme et un partisan de la violence physique.

Je ne suis pas du genre à me laisser faire, bien sûr, et j'en ai secoué quelques-uns au cours de ma vie pour bénéficier de contradictions qui me rendent un peu plus inconséquent et par cela même plus énigmatique. Qui n'aime pas les énigmes? Quand on sait tout sur quelqu'un on le regarde avec un mélange de mépris et d'indifférence. On l'oublie aussitôt. On ne se rappelle jamais de son nom. On ne trouve pas plus de raisons pour l'aimer que pour le détester.

***

Oui, je suis un homme bon.

Je ne vous dirai pas tout ce que je fais pour assumer cette bonté. Vous diriez, avec raison, que je me vante de mes bonnes actions. Cela aurait pour conséquence de les annuler.

Donc, croyez-moi sur parole: je suis un homme bon puisque je vous le dis.

Bien sûr, je ne crois pas vraiment aux dieux dont on me parle sans cesse. Je n'ai aucune réponse définitive aux questions si mal formulées. J'adopte un sourire narquois devant les proverbes, maximes et pensées positives cheap. J'ai une certaine propension à l'intellectualisme, bien que je m'en défende parfois. Quand on se met à me ânonner des belles phrases je me mets à citer Schopenhauer, Nietzsche et Cioran, pour ne nommer que ceux-là. D'ailleurs, il m'arrive même de ne citer personne et de me montrer tout simplement cynique et désagréable. Comme quelqu'un qui se croit supérieur derrière ses grosses lunettes.

Je ne suis pas la personne idéale que l'on doit inviter pour un vernissage, un cinq à sept ou bien un léchage de raie quelconque. Je me tiendrai calme la plupart du temps mais j'adopterai invariablement une moue de mépris pour me sentir comme un chien dans un jeu de quilles.

Assez parlé de moi! Vous êtes assez vieux pour vous faire votre propre opinion sur la tarte aux pommes et le chiendent.

Si vous m'avez lu jusqu'au bout, j'espère que c'est parce que vous n'aviez rien de mieux à faire.

Autrement vous pouvez m'adresser une plainte pour avoir abusé de votre temps.

Voici mon courriel: bouchard.gaetan@gmail.com

vendredi 12 août 2016

Les pensées positives me font chier

Je vagabonde parfois sur les médias sociaux pour y trouver de la matière à réfléchir. Twitter et Facebook, pour ne nommer que ceux-là, peuvent parfois relayer des informations que les médias traditionnels reprendront à leur compte plusieurs jours après, voire jamais. Les médias traditionnels sont devenus en quelque sorte handicapés par leur structure trop lourde. Ils sont à tous les jours un peu plus déclassés et déphasés qu'ils ne l'étaient la veille.

Cela dit, il y a aussi beaucoup de merde sur les médias sociaux. Il n'y en a pas moins dans les médias traditionnels comme dans la vraie vie.

Je suis particulièrement insensible aux belles pensées décorées de fleurs et de petits chats qui miaulent.

Or, elles abondent sur Facebook comme dans la vie des personnes qui tiennent à surmonter leurs souffrances avec des abracadabras.

"Le bonheur c'est ne jamais regarder en arrière et aller de l'avant..." Vous voyez le genre? Ces billevesées m'exaspèrent. Elles témoignent, à mon avis, de la faiblesse d'esprit de ceux et celles qui les emploient pour conjurer le mauvais sort.

Au lieu de me réconforter, ces belles pensées me dépriment au plus haut point. Je dirais même qu'elles font sortir le méchant. Dans le sens que je deviens bête et méchant en les voyant. Plutôt que de me guider vers la sérénité, elles me font devenir encore plus cynique.

À vrai dire, je n'en ai rien à cirer des belles pensées. Premièrement, je suis heureux dans la vie que je mène, malgré les aléas du sort, et je ne suis pas du genre à me plaindre de mes bobos outrancièrement. Deuxièmement, je ne veux pas devenir plus mou, mais plus dur. D'une dureté qui n'exclue pas la tendresse mais qui se refuse à devenir flasque comme du Jell-O.

Il doit sûrement y avoir un troisièmement et un quatrièmement mais je crois avoir fait le tour du sujet.

Les belles pensées, c'est de la pure bêtise.

Ce n'est ni sage ni intelligent. C'est emmerdant. C'est à jeter tout de suite sans les lire.

Bref, cela peut servir à quelqu'un qui n'a ni jugement ni personnalité. Cela peut être utile à un dépendant affectif, à un alcoolique notoire repenti ou bien à Rita.

Pour moi, c'est tout à fait inutile. C'est même mauvais pour ma santé mentale.

Comme la religion.

Comme la politique.

Comme toute idée fixe qui répète toujours les mêmes âneries et proverbes à la con.

Les chiens n'ont pas de scie et lorsqu'ils pissent sur les poteaux, eh bien ils pissent sur les poteaux.

That's it.

That's all.




mercredi 10 août 2016

Le temps d'un billet posté sur mon blogue...

Les journaux imprimés perdent du terrain à tous les jours. Leur lectorat diminue et les revenus publicitaires se font plus rares. La Presse ne publie plus en semaine. Le Toronto Star doit procédé à des compressions. Tous les journaux se tournent vers le numérique et tentent vainement de faire payer les lecteurs qui préfèrent largement le contenu gratuit. Les chroniqueurs qui ne sont pas publiés en ligne sont privés d'audience. Punir un auteur c'est dire que le contenu de cet article n'est disponible qu'aux abonnés. Du coup, il se sent pourrir tout seul dans son coin.

Moi, votre humble serviteur qui vous offre ce blogue tout à fait gratuitement depuis 2007, me retrouve sans le vouloir aux premières loges. La Presse devient un joueur tout aussi contournable que mon blogue. Ma zone d'influence s'étend au grand dam de ceux qui n'y trouvent pas cette méthodologie noble et distinguée des médias du bon vieux temps. J'ai parfois le vertige de constater que je peux être lu par tant de gens sans bénéficier de l'imprimatur des familles Desmarais ou Péladeau. Que s'est-il donc passé? Et moi qui souhaitais être à jamais un écrivain maudit... Et si je devenais populaire, qu'est-ce que je ferais, hein? De quoi aurais-je l'air?

Avant, je n'aurais été rien du tout. Maintenant, je suis un rien du tout qui peut être lu par tout le monde. J'ai même plus de lecteurs en France et en Russie qu'au Québec pour une raison qui m'échappe... Est-ce pour avoir trop souvent parlé de Tchekhov et du camembert?

Les journalistes de profession ne manqueront pas de se plaindre des nouvelles technologies de l'information. Comme les copistes du Moyen-Âge durent se plaindre de l'invention de Gutenberg.

Il n'y aurait pas eu Montaigne, Shakespeare, Molière, Cervantès, Voltaire et tant d'autres sans l'invention de l'imprimerie qui permit à des trous du cul et des fils de roturiers de faire entendre leur voix.

Il n'y aurait pas moi avec un petit m sans l'Internet. De même que bien d'autres blogueurs et lumpenprolétaires de l'opinion écrite.

Parfois, je me dis que je vis une époque formidable.

Cela ne dure jamais longtemps.

Le temps d'un billet posté sur mon blogue...


Mort d'un député ivrogne et plein de marde

Un député venait tout juste de mourir d'avoir trop bu. Ce député, dont le nom m'échappe, était reconnu pour avoir été un opportuniste qui choisissait ses causes en fonction des articles de journaux. Son empathie avait presque toujours été feinte. Il avait toujours trouvé que sa femme était chanceuse d'être avec un homme de sa notoriété. Il n'avait jamais compris sa jalousie à l'égard des stagiaires qui lui suçaient la graine. Ses enfants allaient tous à l'école privée. Ses amis étaient tous des gens d'influence qui lui payaient de beaux costumes et l'invitaient à boire avec eux en quelque endroit paradisiaque digne des hommes d'exception comme il l'était.

Ce député avait sacrifié son foie pour rendre service à son pays. On peut donc comprendre que tout ce qu'il y a de vacillant, de croche et de corrompu dans la colonie se déchirait la chemise pour lui rendre hommage. La sainte trinité n'allait pas se montrer ingrate envers l'un des leurs. L'église, la politique et le monde des affaires se serraient les coudes pour lui faire des funérailles dont ne seraient pas dignes un ouvrier, une mère de famille ou bien un ramasseur de bouteilles vides, gens inutiles s'il en est.

Toute la semaine les licheux de cul des médias avaient vanté la carrière de ce député en lui prêtant toutes sortes de qualités qu'il n'avait pas. Voilà qu'il était devenu noble, altruiste, romantique, irremplaçable, comme si le bon Dieu lui-même était mort sur sa croix.

À tous les jours, au bulletin de nouvelles, on vit des faux-culs nous débiter leur laïus sur les vertus de cet ivrogne sans-coeur et sans-dessein. Ce député inculte n'était pas capable d'écrire une phrase sans fautes. Il baragouinait un anglais d'arrière-colonie qui lui conférait l'illusion d'être l'égal de ses maîtres. C'était, à tout point de vue, un incompétent comme on en voit trop souvent en politique. Un incompétent qui soutenait qu'on devrait augmenter le salaire des députés pour attirer des candidats de son calibre...

Les funérailles eurent lieu à la cathédrale de sa région. Ce jour-là on peut dire que tout le secteur était paralysé par le défilé des limousines ministérielles et autres coquins du monde des affaires. Les prêtres avaient mis leurs habits les plus flamboyants, avec de belles croix en or, des bagues avec des diamants gros comme ça, tout pour nous rappeler que le Christ leur était tout à fait superflu.

Les policiers, évidemment, entouraient tous ces gens d'élite, tellement près du peuple qu'ils ne tolèrent pas sa présence.

Comme tout ce beau monde était rassemblé sous les projecteurs des journalistes et autres propagandistes hors du commun, voilà que Jos Falardeau, un ramasseux de bouteilles vides toujours un peu trop fantasque, tenta de se frayer un passage au travers de cette foule de gens honorables qui lui barraient la route.

-Chu toujours bin pas pour faire un détour tabarnak! Ça va me prendre une demie heure de plus...

Il rencontra tout de suite la résistance des policiers qui lui interdirent de passer avec son vélo auquel était attaché un petit chariot rempli de bouteilles et de canettes vides.

-Vous ne pouvez pas passer monsieur... C'est les funérailles du député Untel...

-Ouin mais moé faut qu'j'passe par-là sinon ça m'fait un christie de détour...

-Vous pouvez pas... Circulez!

-La rue est à tout l'monde! Laissez-moé passer!

On ne le laissa pas passer. Jos fit donc un grand détour.

-Révolution! qu'il ne manqua pas de signifier aux policiers en tendant le poing gauche.

Arrivé chez-lui, dans son modeste studio, son voisin lui demanda comment il allait.

-J'va's bien! Sauf que j'ai faitte un hostie de détour à cause qu'il y a les funérailles du gros christ de pourri de député du comté d'à côté...  T'sais, el gros calvaire qui couche avec des putes pis qu'i' leu' d'mande d'lui chier dessus? Sont toutte là à dire qu'i' était beau pis fin pis, j'te l'dis, c'te christ-là c'tait une ordure qui travaillait pour la mafia! Sarah a couché a'ec lui pis m'a toutte conté c'qu'i' l'obligeait d'faire c'te gros malpropre! C'est pas moé pis toé qui vont avoir des funérailles de même quand on va être mort... I' vont crisser nos cendres dans une fosse commune pis parsonne se souviendra de not' nom...

-T'as bin raison Jos... Veux-tu une bière?

-Pourquoi pas mon ami... Pourquoi pas...

La bière fit pchiit après que le voisin l'eût décapsulé.

Puis les cloches de la cathédrale résonnèrent très fort et très longtemps.

mardi 9 août 2016

Ma rencontre avec Chartrand le jour où Trudeau est mort

Michel Chartrand au journal de rue
Le Vagabond (Trois-Rivières) le 28 septembre 2000
J'ai eu l'honneur de rencontrer Michel Chartrand le 28 septembre de l'an 2000. Je me rappelle facilement la date puisque ce jour-là nous apprîmes le décès de Pierre Elliott-Trudeau, un ancien camarade de combat de Michel Chartrand qui, comme Jean Marchand et tant d'autres, se seront détournés des travailleurs pour servir les capitalistes.

J'étais un organisateur communautaire à l'époque et ma mission consistait à mettre sur pied le journal de rue Le Vagabond. Une équipe de valeureux crève-la-faim m'accompagnait pour mener ce projet à terme avec les maigres moyens du bord.

Michel Chartrand faisait alors la tournée du Québec pour soutenir la cause du revenu de citoyenneté. Je me suis dit que le premier numéro du Vagabond ferait belle figure avec cette icône du mouvement social québécois. Il nous fallait une entrevue avec Michel Chartrand et rien de moins que cet honnête combattant socialiste en page frontispice de notre premier numéro.

J'ai obtenu son numéro de téléphone via l'association étudiante du Cégep de Trois-Rivières où il s'en irait défendre le revenu de citoyenneté. Puis je l'ai appelé.

-Bonjour, j'aimerais parler à Monsieur Michel Chartrand s'il-vous-plaît...

-Lui-même... Qu'est-ce que j'peux faire pour toé mon frère?

Je lui ai expliqué notre projet. Il ne m'a pas dit je vais y penser, je pourrais vous donner ma réponse demain, je vais consulter mon agenda... Chartrand n'était pas un hostie de faux-cul comme tant d'autres. 

-Pas de problème mon frère. Je vais aller vous voir après ma conférence au Cégep de Trois-Rivières...

-Merci camarade, ai-je répliqué avec émotion.

Pour tout dire, j'allais rencontrer l'idole de ma jeunesse, un modèle d'humanisme chrétien et de socialisme qui faisait tant défaut aux larbins de ma génération X. Ce Michel Chartrand qu'admirait tant mon père. Le seul syndicaliste qui trouvait grâce à ses yeux. Comme si tous les autres n'étaient que des bretteurs, des fonctionnaires, voire des incapables. Pour ne pas dire des hosties de profiteurs. Des mangeux d'marde. Des baise-la-piastre. Des opportunistes qui nuisent à l'action syndicale et aux luttes sociales.

-Avec Chartrand, c'est pas le patron, le politicien, le juge... me disait mon père. Avec Chartrand, c'est l'hostie de boss, le christ de député corrompu, le tabarnak de juge vendu à 'a mafia libérale...

Je ne fus pas déçu. Chartrand était pareil en privé comme en public. C'était un modèle d'indignation et de colère du juste. Pas de toc chez-lui. Aucune frime. Un diamant brut de justice sociale.

Je l'ai donc rencontré au Cégep puis on l'a ramené au local du journal de rue Le Vagabond qui, ce jour-là, était plein à craquer.

Chartrand attirait encore les foules comme une rockstar malgré son âge vénérable.

Il n'avait pas de temps à perdre avec ce qu'il appelait le human interest. Pas le temps de parler de ses petits bobos, de son plat préféré, de la fois où il a fait ceci ou cela. Il est tout de suite passé à l'essentiel, au revenu de citoyenneté, en y allant d'un rappel historique des luttes menées par les ouvriers depuis la révolution industrielle en Angleterre.

-Le capitalisme est immoral, asocial et apatride! lança-t-il pour la millionième fois de sa vie.

Puis il enchaîna sur les raisons de faire profiter le peuple de nos richesses naturelles accaparées par une poignée de requins sans scrupules qui prétendent enrichir tout le monde en se graissant eux-mêmes.

Dans les faits, le fossé entre les riches et les pauvres s'élargit. La terre sous nos pieds ne nous appartient plus. Nous ne sommes plus maîtres chez-nous. Mais simplement locataires et déplaçables en tous temps comme on l'a fait avec les Indiens et le faisons encore avec les Palestiniens et bientôt les Québécois.

Je ne vous raconterai pas tout son discours. Vous le trouverez peut-être sur YouTube puisqu'il enfonçait toujours le même clou. On pourrait croire à tort qu'il faisait un spectacle. Chartrand était en mission. En mission pour que ses frères et soeurs humains obtiennent justice.

-C'est bien beau philosopher, tabarnak, mais il vient un temps où il faut s'battre et passer à l'action pour ne pas s'faire écraser par des pourris sans coeur et sans âme! qu'il nous a dit, entre autres.

-Les travailleurs n'ont pas besoin d'avoir lu Le Capital de Karl Marx pour comprendre qu'i' s'font fourrer tabarnak! ajouta-t-il.

C'était beau à voir et bon à entendre.

Un vieux monsieur de quatre-vingts ans dépassés nous parlait avec la verdeur d'un jeune homme.

***

Récemment, j'ai visionné à nouveau la télésérie Chartrand et Simonne. On en vient rapidement à la conclusion qu'il manque d'hommes et de femmes de cette trempe de nos jours.

Le cimetière est bien sûr rempli de personnes que l'on croyait irremplaçables.

Pourtant, il s'est fait un grand vide autour de nous.

Des géants comme Michel Chartrand, Simonne Monet ou Pierre Falardeau disparaissent et on sent qu'il manque quelque chose.

On entend les sophismes des politiciens de métier et on se sent l'envie de les traiter de charognes, de fumiers, de crosseurs corrompus.

C'est ce que je fais chez-moi, je l'avoue. Et c'est ce que je faisais derrière un micro. Et ce que je ferai encore devant mon clavier tout autant que pendant les manifestations. Je vais marcher dans les pas de mon père comme dans ceux de Michel Chartrand, promis.

C'est ma manière de poursuivre humblement l'oeuvre de ces grandes gueules qui se sont tues.

Peut-être qu'il y a trop de propos posés et de paroles feutrées de nos jours.

Peut-être qu'il y a trop de compromissions.

Peut-être qu'on se fait baiser le cul comme des hosties de sans-dessein par le capitalisme.

Peut-être que le mode survie nous a fait oublier qu'on pourrait retrouver au moins notre dignité en mode révolte, en mode désobéissance civile.

Heureusement que j'aurai vécu le Printemps Érable en 2012, la seule fois où j'ai eu l'impression que mon peuple retrouvait ses rêves perdus, sa liberté et sa dignité. La seule fois où mon peuple a pris vaguement conscience que rien ne pouvait nous mettre à genoux, ni les lois spéciales ni les matraques.

D'autres printemps viendront, j'en suis sûr.

Et, aussi stupide que cela puisse sembler, nous vaincrons.

Ce n'est plus un début.


Michel Chartrand au journal de rue 
Le Vagabond (Trois-Rivières) le 28 septembre 2000


Nouvelles toiles sans aucun discours sur l'art

Vue du Premier Coteau
Acrylique sur toile, 18 X 24 po.
Ce que j'aime de l'art c'est qu'il me délivre de l'explication. C'est pourtant ce que notre époque met de l'avant, l'explication, la "démarche artistique", comme si l'oeuvre ne s'expliquait pas d'elle-même.

Pourriez-vous imaginer Michel-Ange justifier les traits de ses pinceaux ou bien ses coups de marteau?

-Vous voyez, il y a de l'intériorité dans mes coups de pinceaux... J'adopte une posture résolument hyperréaliste à laquelle s'allie une dimension métaphysique qui transcende les contingences de l'art à l'ère de sa reproductibilité technique... Donc je... prout... caca... poil...

Les discours sur l'art sont pour moi de la merde. Et encore moins que ça. La merde est vraie.

Pourtant, tentez d'obtenir une subvention sans faire référence à votre démarche artistique et sans s'appuyer sur la reconnaissance de vos pairs, essentiellement des incapables qui parlent plus de leurs oeuvres qu'ils ne savent en produire d'authentiques.

Ce qui fait que je ne mendie pas de subvention et ne fais partie d'aucune association artistique, littéraire, politique, religieuse ou sportive. Je me fous du marché de l'art. Je marche comme je veux. Et j'en suis le plus heureux des hommes.

J'en ai soupé des coteries à la con et de ceux que René Daumal appelait les "fabricateurs de discours inutiles" dans La grande beuverie. Parmi ceux-là, je me sentais comme un chien dans un jeu de quilles. Et ce chien aurait fait passer un pitbull pour un chihuahua. Bref, c'est dans l'intérêt de tout le monde que je me tienne loin de ces regroupements d'empêcheurs de l'art.

Je produis donc une oeuvre tout à fait indépendante. Des particuliers me soutiennent, ici et là, dans la mesure de leurs moyens. Et, qui plus est, je ne leur demande rien. J'avance sans regarder devant ni derrière. Je ne suis jamais décentré face à moi-même. Et c'est vraiment tout ce qui compte.

J'écris déjà trop. Cela pourrait presque ressembler à une démarche artistique. Une pose postmoderne à laquelle l'on peut ajouter un zeste d'expressionnisme anarchisant... J'en dégueule rien que d'y penser.

Pardonnez-moi ces saillies. Je vais plutôt me contenter de vous montrer quelques photos qui témoignent de la continuité de mon travail d'artiste en marge de l'Art avec un grand A. De cet Art rampant qui permet de récolter des médailles et des soupirs de vieilles pantoufles séniles structuralistes. Cet Art-là ne vaut pas un barbouillage d'enfant, ni même un bout de bois gossé par un pêcheur de la Gaspésie. C'est un discours, comme le discours des escrocs du conte de Andersen qui vendent du vent à l'Empereur tout nu comme le dernier des vers de terre.

Voilier, acrylique sur toile 8 X 10 po.
Toile en chantier avec une pancarte utilisée lors d'une manif intitulée tout bonnement Dehors Couillard!

Fresque peinte dans la cave de mon atelier. Au printemps, avec le dégel, il arrive qu'il y ait de l'infiltration d'eau. Ma chute devient alors plus vraie que nature. 

Une partie de mon atelier-galerie d'art.






samedi 6 août 2016

Canicule

C'est la canicule. On se sent comme dans le cul d'un chien. Lorsqu'on passe près d'une bouche d'égout ça sent mauvais. L'eau du robinet est chaude comme de la pisse. Que le soleil soit au rendez-vous ou pas on vit sous l'impression d'être dans le brouillard. Une grosse fumeuse peine à pomper son oxygène. Elle s'enferme dans sa voiture stationnée et laisse tourner le moteur pour faire fonctionner son air climatisé afin de fumer au frais. Il fait chaud, ça pue et on n'est pas bien. Rien ne va changer. Ou si peu. Dans vingt ans, on va se promener l'été avec une bonbonne d'oxygène dans le dos. On va pomper l'eau des mers pour en extirper l'oxygène et on se débarrassera de l'hydrogène d'une manière ou d'une autre. Des millions de réfugiés climatiques seront refoulés aux frontières. Les pétrolières seront encore là. Il y aura encore des grosses niaiseuses qui laisseront tourner le moteur de leur auto pour fumer à l'air climatisé en pleine canicule. On se moquera des écologistes. On parlera encore de croissance économique et il y aura encore des politiciens corrompus qui s'en mettront plein les poches en nous regardant tous crever. La minorité qui vote votera pour la pourriture, comme toujours. Et la grande majorité de ceux qui n'iront pas voter devront subir la politique, comme d'habitude. Ceux qui s'indigneront de la situation passeront pour des gens négatifs et chicaniers. L'harmonie, aujourd'hui comme demain, ce sera de fermer sa gueule en respirant sa part de marde.


vendredi 5 août 2016

Conrad Bouchard (18 août 1933-1er août 1996)

Mon père autour de 1985. Il avait 52 ans.
Mon père, Conrad Bouchard, est décédé jeudi le 1er août 1996. C'était il y a vingt ans. Il est décédé d'un cancer colorectal. Il avait 62 ans.

C'est peu dire que d'affirmer qu'il était non seulement mon père mais aussi mon ami, aussi stupide que cela puisse paraître. Même s'il m'arrivait de me disputer avec lui sur des questions politiques, je provenais du même moule. Je lui ressemblais comme deux gouttes d'eau, physiquement et moralement. C'était un homme bon qui pouvait se montrer soupe au lait, pour ne pas dire explosif. On pouvait le niaiser pendant des heures jusqu'à ce qu'il pète les plombs et vous montre qu'il est dangereux d'aller trop loin.

Lorsque je me rase dans le miroir, je vois mon père. Je vois ses yeux. Je vois sa calvitie.

J'ai hérité de quelques traits de ma mère, dont son tempérament artistique, mais tout un chacun qui a connu mon père ne s'y trompe pas.

-Toé, c'est sûr que t'es le fils à Teddy!

Teddy, c'était le surnom de mon père. Probablement que les gars de la Reynold's Aluminium, où il travaillait à titre de cranemanvoulait dire Teddy Bear. Parce qu'il tenait beaucoup de l'ours, taciturne, plutôt tranquille, jusqu'à ce qu'on le provoque.

Mon père prétendait que son surnom provenait de Télésphore-Damien Bouchard, alias T.D. Bouchard. le député anticlérical de Saint-Hyacinthe, un ennemi juré de Duplessis qui a favorisé le droit de vote des femmes. Bref, un homme digne d'admiration.

Les gars de la shop ne devaient même pas savoir qui c'est ce T.D. Bouchard. Ils l'appelaient Teddy parce qu'il était à la fois doux et colérique comme un ours.

Connaissant sa nature raconteuse du Bas-du-Fleuve, je me doute que cela tenait sans doute de sa mythomanie de s'attribuer un peu du mérite de T.D. Bouchard plutôt que de celui de Yogi l'ours.

Popa détestait Duplessis et tous les charognards conservateurs de l'Union Nationale. Mon père était un Rouge, voyez-vous. Du même Rouge que René Lévesque qu'il ne se gênait pas d'appeler Ti-Poil.

Moi-même j'ai hérité d'un surnom d'ours. On m'appelait Grizzly Bear dans l'Ouest canadien. Ce qui a fini par se traduire par Makwa en langue anishnabée, d'où l'on tire l'expression trifluvienne "c'est un hostie d'Magoua"... J'assume avec grand honneur ce surnom. Comme tous les autres: Boutch, Gros Boutch, Gate, Guétan, etc.

On ne sait pas quand est né mon père. Il y avait plus de seize enfants dans sa famille. Retenir les dates de fête n'y était pas une priorité. Était-il né le 16, le 17 ou bien le 18 août 1933? Je n'arrive pas encore à démêler ça.

Popa est mort pendant le Grand Prix de Trois-Rivières. Je me souviens qu'il détestait le Grand Prix autant que les automobiles. Du vendredi jusqu'au dimanche, nous avons eu à supporter le bruit des voitures de course pour faire notre deuil. Nous l'avons finalement enterré au cimetière Saint-Michel, vers deux heures de l'après-midi, en pleine finale du Grand Prix... Il n'y a pas eu de silence pour favoriser le recueillement. Seulement du bruit, et encore du bruit, ce bruit qu'il avait toujours tant détesté.

Chaque fois que le Grand Prix revient j'ai une pensée hargneuse contre cet événement qui vint gâcher les funérailles de l'homme le plus important de ma vie.

Même si c'est de l'histoire ancienne, je la digère encore très mal.

Cela dit, mon père ne m'a jamais vraiment quitté.

Il est encore là, tous les jours.

Je ressens toujours sa présence malgré les années qui me séparent de la dernière fois où je l'ai vu vivant.

Il m'accompagnera jusqu'à mon dernier souffle.

Et jusqu'au dernier moment, je saurai lui rendre hommage, où qu'il soit.

Mon père avec moi dans ses bras, en 1968, lorsque j'étais moins pesant. Il avait 35 ans.

Moi en 1968.

Mon père en 1981 à Sainte-Luce-sur-Mer face au grand fleuve Magtogoek qu'il aimait tant. Il a 48 ans sur la photo. L'âge que j'ai aujourd'hui.





jeudi 4 août 2016

Encore le Grand Prix de la bêtise...

Comme à chaque année que le Diable nous amène le Grand Prix de Trois-Rivières revient en fin de semaine.

Cet événement en l'honneur de la pollution sonore et atmosphérique viendra une fois de plus perturber la quiétude d'un tas d'être vivants qui n'y voient pas une occasion de célébrer. Les pigeons comme les piétons n'auront qu'à bien se tenir!

Le Grand Prix de Trois-Rivières, comme vous le savez peut-être, a lieu dans les rues de la ville. On trouve à proximité du circuit automobile un hôpital (avec un panneau où l'on voit un H qui suppose le silence...), une résidence pour cancéreux en phase terminale, des centres d'hébergement pour personnes âgées et une piscine publique dont l'accès sera uniquement réservé aux spectateurs du Grand Prix pendant la durée de l'événement. Quoi de mieux que de se rafraîchir avec de l'eau fraîche et pure après avoir assisté à des pétarades, des émissions de gaz carbonique à volonté, des odes à la gloire de notre culture du déchet...

Trois-Rivières, la ville la plus polluée du Québec selon l'Organisation mondiale de la Santé, va se pencher bien bas pour se faire enfiler par toute cette meute d'amateurs de grosses totos qui puent et font du bruit au centre-ville. On va leur montrer nos saltimbanques. On va sortir la boisson. On va faire péter des feux d'artifices au-dessus du fleuve comme l'on ne fait même plus pour la Fête Nationale...

Les visiteurs vont se comporter comme des caves dans nos rues. Ils vont faire vrombir le moteur de leurs voitures comme s'ils faisaient eux-mêmes partie de la course. Ils vont signaler aux piétons et aux cyclistes qu'ils n'ont pas d'affaire dans la rue et que même les pistes cyclables sont de trop. Tout ce qu'il y a d'épais va déferler sur la ville. Les douchbags et les plottes de char vont jouer des biceps et gonfler leur poitrine à l'hélium pour en ricaner un coup en se gaussant du réchauffement climatique et de tout comportement éco-responsable. On va balancer des verres de plastique, des contenants de MacDonald's et autres déchets par la fenêtre de l'auto en hurlant comme des macaques. Des équipes de nettoyeurs vont se charger de ramasser le vomi dans les rues du centre-ville au petit matin pour que Trois-Rivières ait l'air propre même quand elle se fait souiller.

Je gueule à chaque année contre le Grand Prix de Trois-Rivières et me sens franchement impuissant d'y changer quoi que ce soit.

Je devrai fermer mes fenêtres ou bien quitter la ville pour toute la durée de l'événement.

Trois-Rivières appartiendra à ce qu'il y a de plus superficiel et de plus insignifiant dans ce monde. Ne vous étonnez pas d'y rencontrer des tas de politiciens qui viendront s'y sécher les dents et distribuer leurs poignées de main de faux-culs.

Ce sera beau, le Grand Prix de la bêtise...


mercredi 3 août 2016

Exorcismes de style

Je suis tombé sur Exercices de style, une oeuvre de Raymond Queneau. Il y raconte la même anecdote en plusieurs styles.

Un type dans la vingtaine rencontré dans un autobus qui porte un chapeau mou. Le ruban qui devrait entouré son chapeau a été remplacé par une corde. Le jeune homme gueule chaque fois qu'on le pousse dans l'autobus de la ligne S. Puis l'auteur le rencontre quelques minutes plus tard à trois kilomètres de la Bastille. Un autre type lui recommande d'ajouter un autre bouton à son pardessus. Et puis c'est tout. Et c'est raconté sur le mode précieux, ampoulé, hellénistique, coloré ou gastronomique au moins cent fois, sinon plus. Cela rappelle Prévert. Mais c'est du Queneau. Un livre amusant et fort heureusement inutile.

Feu Alexis Klimov, mon bon vieux prof de philo, avait bien raison de faire l'éloge de l'homme inutile.

Je ne serai pas en reste. Ce matin, je me sens dégoûté de tout ce qui pourrait sembler utile: défendre une noble cause, argumenter sur un point de vue, développer une haine pour ceci ou cela.

Je vous proposerai plutôt ces "exorcismes de style" que je dédie aux mânes de Raymond Queneau pour l'inspiration.

***

Exorcismes de style

Factuel

Août 2016. À Sainte-Angèle-de-Monnoir.

Un homme qui ne croyait pas en Dieu est soudain pris de convulsions au cours d'une cérémonie de mariage dans l'église paroissiale.

Il faisait une crise d'épilepsie mais les croyants autour de lui étaient certains que l'homme était possédé du démon.

Le curé l'aspergea d'eau bénite et se mit à réciter des incantations latines en vue d'extirper le démon.

L'athée se coupa la langue tout en frémissant

Lorsqu'il revint à lui, tous les fidèles crièrent alléluia. Et le mariage put se poursuivre.

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Joual

En oûtte 2016. À Sainte-An'èle de Mon-nouère.

Un gars qui croyait pas en Yeu fait la danse du bacon pendant un mariage à l'église d'la paroisse.

I' f'sait une crise d'épilepsie mais les hosties d'niaiseux autour de lui pensaient qu'el gars était possédé par le Yab.

El curé lui a pitché d'l'eau bénite pis s'est mis à scander des slogannes pour chasser l'Yab.

El gars qui croyait pas en Yeu s'est coupé 'a langue pendant qu'i' f'sait 'a danse du bacon.

Quand y'est r'venu d'sans connaissance, les épais y'ont crié alléluia. Pis el mariage a continué.

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Littéraire

C'était au temps où les grillons faisaient entendre leur longue plainte dans la Vallée du Saint-Laurent. Sainte-Angèle-de-Monnoir semblait frire sous le grésillement de tant d'insectes par cette chaleur torride et dantesque.

Un mécréant qui ne croyait ni en Dieu ni en Diable fût soudainement frappé par ce qu'on appelait autrefois le "mal sacré".  L'événement survint au cours de la célébration d'une union conjugale dans l'église de la paroisse à l'architecture romane mâtinée de panneaux d'aluminium pour ajouter au mauvais goût.

Ce mal sacré, maintenant connu sous l'appellation de crise d'épilepsie, suscita l'étonnement des paroissiens qui formèrent un cercle autour de l'homme terrassé dont le corps était secoué de mouvements saccadés comme s'il eût été électrocuté.

-Damnation! Il est sans doute possédé du démon! déclara la doyenne des paroissiennes, Florida Lavertu, une vieille mégère qui fumait des Du Maurier.

-Il faudrait un exorcisme! enchaîna le bedeau, Yoland Gingras, un vieil homme bedonnant à l'oeil méchant qui couchait avec des jeunes hommes qui n'allaient pas lui faire d'histoires pour ses péchés charnels.

Siméon Laprise, le bon curé haïtien de la paroisse, eût vite fait de pratiquer sur le soi-disant damné le rituel romain attribuable à l'exorcisme.

-Vade retro Satanas! Credo quia absurdum! Audit alteram partem! Curriculum vitae! Deus nobiscum quis contra! Amen! vociféra-t-il tout en agitant sa croix, son livre sacré et son goupillon.

L'incrédule se trancha le muscle de la parole dans la poursuite de son agitation incontrôlable.

Lorsqu'il revint à lui, tout un chacun lâcha son alléluia!

On prit soin de l'asseoir sur un banc et de s'assurer que tout allait bien pour cet homme qui venait d'être délivré de son haut mal.

Le curé Siméon Laprise, l'air satisfait, pria les fidèles de retourner à leurs places.

Puis il reprit la cérémonie là où il l'avait laissée.

Les grillons se faisaient toujours entendre dans la plaine morne mais ensoleillée de Sainte-Angèle-de-Monnoir. Les vergers débordaient de pommes vertes. Les guêpes et les abeilles faisaient comme d'habitude. Un bébé pleurait dans l'église tandis que les cloches résonnaient pour souligner la sainte distribution des anneaux nuptiaux et le chaste baiser des mariés devant l'assemblée de ces chrétiens pratiquant le culte catholique romain en langue vernaculaire, tel que préconisé par le concile Vatican II.

La langue de l'athée allait guérir puisque ce n'était qu'une petite coupure, presque rien, à peine de quoi rosir un papier-mouchoir.

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Ouf! C'est assez pour aujourd'hui!